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 [Récit] Méditations d'un barbare bougon

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Leandrys

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MessageSujet: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:12

"J'me suis comme qui dirait installé dans le bourg. J'ai même ma propre chambre à l'auberge, c'est dire. 'fin bon, le coin a l'air plutôt accueillant : je crois bien que je vais en profiter pour reposer ma carcasse pendant quelques mois du moins. D'autant que j'aurai visiblement de quoi faire pendant ce temps là. Me reste plus qu'à trouver un gagne-pain parce que bon... Je vais certainement essayer de chasser un peu dans les environs. Il parait qu'il y a pas mal de gibier dans la forêt royale. Faut voir...

Il parait qu'il y a moyen de trouver du travail sans trop de problème pour peu qu'on soit de bonne volonté... Grmmmbll... J'espère qu'un bûcheron ou un artisan saura quoi faire des services d'un voyageur comme moi. Quoique j'aurais peut-être même pas besoin de me fatiguer. Visiblement, la région est loin d'être calme. Je vais peut-être enfin trouver une utilité à la hache que j'ai acheté pour voyager en étant protégé.

Rien que ce soir tiens. J'me suis laissé entraîné par les quelques aventuriers locaux. Pas des légendes certes mais ils m'ont paru plutôt costauds : un nain visiblement plus intéressé par sa bourse qu'autre chose, une espèce de chevalier servant qui m'a l'air plus obéissant qu'intelligent, et deux jeunes femmes. Je sais pas trop quoi penser des deux là. M'ont l'air de mener un drôle de manège. Toutes les deux prêtresses. Mélodie est méfiante, pas du genre à faire confiance comme ça visiblement. Jaia semble plus encline à discuter. P'têtre parce qu'elle sert Sunie après tout.

'fin, voilà pas qu'on s'aventure le long de la rivière locale pour aller chercher quelques ingrédients pour la préparation d'une potion pour soigner le charpentier local, qui aurait été maudit par une espèce de mage qu'on appelle une guenon... Ou une guenaude : quelque chose dans ce goût-là. Bref, une histoire à dormir debout. On se retrouve d'abord dans une grotte à chercher de la mousse. Malgré quelques loups aux dents bien acérées, on s'en sort avec la mousse en prime. Faut dire que Mélodie a été bien efficace. On a continué ensuite jusqu'à une espèce de tour à moitié en ruine, suffisamment lugubre pour me faire hésiter à entrer. L'endroit est rempli de squelettes : je déteste ces trucs là et c'est visiblement réciproque car sans les soins de l'autre-là, j'y restais. On avance un peu mais devant le nombre d'ennemis, on décide d'aller chercher des renforts.

Bien la peine d'avoir fait tout ce chemin. 'fin bref, c'est là qu'on retrouve ce Ferostil, un garde et Jaia. Après quelques palabres inutiles, on finit par repartir. Personne ne parle pendant le trajet. Comme si on savait tous de quelle manière ça allait se finir. Parce que faut dire que notre survie tient du miracle. On monte en haut de la tour après avoir éliminé un zombie. Arrivé en haut, on voit toute une troupe de morts-vivants. Les prêtresses ne bougent pas mais le garde fonce tête baissée. Pouvais pas vraiment lui laisser le rôle du héros dans l'histoire alors je suis allé l'aider, suivi du nain. Oui mais voilà, z'étaient costauds les bougres. V'là pas qu'on se retrouve tous étourdis et quand je retrouve mes esprits, j'ai à peine le temps de me rendre compte que les prêtresses sont pas là que je vois une boule de feu m'arriver en pleine face.

Tu parles d'une journée. Troisième fois que je me retrouve au sol. Et les zombies autour continuent de me taper alors que je me tords de douleur. Ces enfoirés veulent me bouffer. Et dire qu'on était là pour prendre un peu de leur chair. L'ironie du sort je suppose. 'fin bon, le trou noir arrive évidemment. Plus surprenant par contre, je me réveille ensuite à côté des deux prêtresses. Mon corps a du dévaler l'escalier alors que j'étais inconscient. J'essaie de pas trop m'engueuler avec les deux bougresses. Visiblement, elles n'ont pas pu aider. Possible après tout, mais bon. Reste que j'apprends que les deux autres sont aussi tombés. Nous v'là pas repartis à l'étage à tenter de les sauver. Une quatrième fois, je m'effondre et devant les deux femmes. Z'ont du me prendre pour un faible avec tout ça. Je finis par me relever grâce à Jaia.

A ce moment-là, je suis suffisamment énervé pour faire face à la mort sans scrupule et je le fais. Heureusement, les pouvoirs de Jaia me permettent d'affronter les zombis restant sans trop de mal. Saletés. Le temps de soigner Mélodie et de récupérer les affaires des deux autres, on déguerpit. On tombe en dessous sur le chef de la clique de zombis, une espèce de sorcier : celui qui m'a gentiment expédié sa boule de feu. Je lui assène le coup le plus fort dont je suis capable et même si ma hache ne pénçtre pas moitié autant que je l'aurai pensé la chair de cette raclure, il s'effondre au sol. Je vois une baguette dans la main du sorcier. Mais alors que je l'effleure, elle disparaît. Je suppose que c'est une des deux qui l'a pris mais elles nient aussi bien l'une que l'autre : tant pis.


Bref, on revient avec les corps à bout de bras au temple et on les remet au bon soin des prêtres. Des chics types même si j'apprécie pas vraiment Lathandre et le prêchi-prêcha autour du soleil. Z'ont soigné Gronthar et Férostil sans rien demander ; ça doit être ça la bonté je suppose. Malgré tout, je me suis pas attardé dans le coin. Après avoir piqué un petit somme à la Chopine, l'auberge locale, je suis allé à la Lanterne Basse. Une taverne sympa, y a pas à dire, genre cossu quoi. J'ai vu Mélodie y entrer se faire masser par une courtisane : marrant. Et Jaia y est serveuse. Drôle de donzelle celle-là. On a pas mal discuté quand elle me cherchait pas en m'invitant à aller me faire masser.



J'ai bien essayé de fermer son clapet en jouant les goujats mais c'est elle qui m'a cloué le bec. Sacré bout de femme. C'est l'aventurière la plus ancienne du coin, va même monter sa propre chapelle, c'est dire."


Leandrys posa la plume en se demandant pourquoi il s'était embêté à écrire dans ce carnet. 'fin bon, exercer un peu sa main à écrire ne peut pas lui faire de mal après tout" pense-t-il. Et il ferme alors le carnet avant de s'adosser à son tronc sur la place de marché. Il est un peu tôt mais jamais trop pour une petite sieste.
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Leandrys

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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:12

Le matin se lève sur Soirétoile tandis que Leandrys ouvre son carnet. Il n'est réveillé que depuis quelques minutes mais il ressent le besoin de noter ce qui s'est passé au cours des derniers jours.



"Ca fait déjà quelques jours que je traîne mes savates dans le coin. Y a pas à dire, la région est sympathique. J'ai entrepris de faire un tour des échoppes du bourg histoire de voir s'il y avait pas moyen de gratter quelques pièces. Evidemment, c'est la dernière dans laquelle je rentre où je trouve quelque chose. Faut dire que ça sent rudement bon. J'aurais du me laisser guider par mon flair.

C'est chez le boulanger. L'a besoin d'un gaillard comme moi pour lui apporter sa farine. Je grogne un peu sur le coup mais bon, pourquoi pas après tout. Je file au moulin directement et v'là pas que j'apprend que le meunier a des soucis et qu'il a besoin du charpentier. Me voilà reparti pour l'autre bout de Soirétoile. J'adore ça. J'arrive vers chez ce Roarel, à qui on a sauvé la vie, et le bougre m'envoie paître. Visiblement une brouille avec le propriétaire du moulin. Bien ma veine ça.

De retour au bourg, je fais le tour du marché et discute avec le marchand à l'air le moins civilisé. Une espèce de trappeur à qui j'ai acheté mon couteau de dépeçage. J'ai appris quelques p'tits trucs grâce à lui. Le gibier se trouve dans la forêt royale. Bon à savoir ça même s'il semble que les sangliers ne soient pas ce qu'il y ait le plus à craindre : il y aurait des orques là-bas... Evidemment, je m'étonne que les fameux Dragons Pourpres n'aient pas réglé le problème. L'autre me répond genre ils sont débordés. Et là me vient une idée.

Je vais faire un tour à la Chopine et je sympathise avec ce Dunman, un mec bien sympathique d'ailleurs. Il me rencarde sur les possibilités du coin. Quand je lui parle de milice, il me dit qu'il y a rien de semblable dans la région depuis quelques mois alors bon, je me décide à aller voir le capitaine des Dragons. J'ai de la chance : le soldat ne semble pas aussi buté que celui que j'ai côtoyé à Marsembre. Quand je lui dis que pour gagner ma croûte, je m'engagerai bien dans une espèce de troupe citoyenne, il y semble plutôt favorable. J'ai du avoir l'air fin d'ailleurs. Je suis pas habitué à ce qu'on me juge bien en me voyant. 'fin bref, le capitaine semble emballé et me promet d'en parler au seigneur local.

Plutôt content de moi, je décide d'aller faire un tour chez le bûcheron, au nord-ouest du bourg, histoire de. Une bonne inspiration parce que Tuldor me confie aussitôt une commission pour les nains de la mine. Me semble vaguement avoir entendu parler d'eux mais je me souviens plus à quel sujet. Je vais là où il m'a indiqué et je me retrouve dans une espèce de caverne, avec une porte scellée au fond. L'endroit a visiblement été habité mais là, plus personne. Comme je connais pas le coin, je pense que je suis pas dans la bonne caverne. Du coup, je continue au sud. Je cherche, je cherche mais rien... Assez contrarié, je rentre au bourg pour demander à un badaud s'il sait où elle est.

Et v'là pas que je croise la demi-portion, Gronthar. Un bon bougre celui-là, quoiqu'un peu cupide. Peut pas voir une caisse ou un coffre sans se jeter dessus. Ca lui a déjà causé des soucis pourtant. 'fin bon, il est pas méchant non plus et on se décide à partir tous les deux chercher la mine. Malheureusement, il connaît pas plus le coin que moi. On se retrouve une nouvelle fois devant la grotte que j'ai découverte sans savoir quoi faire. Il choisit ce moment pour me dire que cette grotte est certainement la mine naine mais qu'elle serait hantée, à ce que lui en aurait dit Mélodie en tout cas. Je gromelle et me résigne à chercher la prêtresse au bourg. Avant ça, j'ai essayé de chasser le sanglier. Heureusement qu'on était deux au passage. Gronthar s'est pris un coup dans la jambe, j'ai bien cru que je devrais le porter jusqu'à ce satané temple. 'fin bref, on en vient à bout et pour rien en plus... J'essaie de dépecer la bête et il me semble y parvenir mais quand je prend la peau, je me rends compte que ce ne sont que des lambeaux. Bien la peine...

De retour en ville, pas moyen de trouver Mélodie. Heureusement que le bourg est minuscule parce que sinon... 'fin bon, on finit par tomber sur elle à la maison communale où elle est en grande discussion avec un ponte local. Une fois qu'elle finit, elle accepte de suite de nous mener à la mine mais ne confirme que vaguement les propos de Gronthar. Elle prévient néanmoins qu'au moindre signe de présence hostile, elle déguerpit. M'avait pas l'air d'une lâche pourtant. Je trouve ça bizarre sur le moment mais je la suis en espérant que la mine naine n'est pas la caverne que j'ai découverte. C'est pourtant bien le cas mais par chance, on parvient à passer la porte scellée. Pis on descend... Un premier niveau désert. Arrivé au deuxième, même constat... Du moins n'y a-t-il pas de nain... Parce que Gronthar attire rapidement quelques étranges volatiles, heureusement pas coriaces et je vois une espèce de fantôme au bout d'un des couloirs de la mine. Immédiatement, Mélodie se fige et voyant le comportement imprudent du nain, je préfère me ranger à l'avis de la prêtresse et nous rebroussons chemin.

Après un passage chez le bûcheron, à qui je confirme, après lui avoir rendu son bois, que c'est normal que les nains ne soient pas venus récupérer leur livraison, je retourne en ville avertir le capitaine. Quand j'entre dans les baraquements, je tombe sur Mélodie, qui visiblement n'avait pas perdu de temps, mais aussitôt que le capitaine pointe le bout de son nez, la miss prend la poudre d'escampette et me laisse seul expliquer ce qu'il en est. Hondh, un premier temps contrarié par la présence de Mélodie, redevient courtois et écoute le récit de notre découverte. Il est visiblement arrivé quelque chose aux nains car personne ne les a vu sortir. Et c'est comme ça que je me retrouve avec la responsabilité de mener l'enquête sur ce qui s'est passé. Bien ma veine ça.

Je cherche un moment Gronthar. Mais pas une trace de lui dans le bourg. Faut pourtant que je trouve deux ou trois aventuriers pour m'aider dans l'enquête. Je me résous alors à demander à Mélodie même si je m'attends à ce qu'elle m'envoie sur les roses. La donzelle est encore plus dure à trouver que la première fois, du coup, je me pose à la Chopine, en me disant que la nuit tombée, elle finira bien par passer pour se reposer. Heureuse idée puisque après une petite heure à attendre, je la vois débarquer. Elle monte dans sa chambre, pour se changer visiblement, et j'attends patiemment qu'elle redescende, ce qu'elle fait assez rapidement. Elle vient s'asseoir directement à ma table, après tout, je me suis peut-être trompé. Elle sera peut-être d'accord. D'ailleurs, elle semble alors de bonne humeur, et elle est toute pomponnée, robe de soie et tout le tralala. Elle me dit qu'elle va à la Lanterne. Je comprends qu'il faut que je profite de sa visible bonne humeur pour la convaincre.

Malheureusement, ça n'a jamais été mon fort... Convaincre les gens de quoique ce soit et ça se vérifie. J'emprunte quelques détours avant d'arriver à la question mais je ne la trompe pas le moins du monde : elle me répond un non certes souriant, mais ferme. Pas que cela m'ait surpris hein mais bon. Je continue à discuter avec elle un moment. Elle semble malgré tout ne pas trop mal supporté ma présence comme j'en avais eu l'impression l'autre jour. Elle s'attarde même un peu et j'en profite pour lui poser quelques questions, notamment sur les personnes qui pourraient m'aider. Tout au plus me donne-t-elle le nom de deux aventuriers qui traînent souvent en ville : Ethan et Grumvor. Sentant qu'il ne faut pas abuser des bonnes choses, je la remercier et la laisse partir se faire masser. Drôle de p'tit bout de femme quand même. A se demander pourquoi elle veut pas aller dans cette mine. P'têtre que l'expérience dans la tour de la dernière fois l'a refroidie mais je doute que ce soit le genre de la donzelle. Du coup, je me dis que c'est peut-être autre chose. Genre les drôles de rapport qu'elle semble avoir avec le capitaine par exemple.

'fin bon... J'suis pas plus avancé du coup et je vais devoir attendre plusieurs jours pour réunir une équipe pour aller explorer cette mine. V'là pas que je suis devenu chef. Va être bien tiens de jouer les gros bras alors que je viens de débarquer. Vais avoir l'air fin... Et pour un peu qu'une des deux prêtresses soient là, il va suffire qu'elle parle de ma tendance à m'effondrer au sol comme une fillette pour ruiner toutes mes chances. Sale journée décidemment..."
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Leandrys

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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:12

Leandrys marchait d'un air las en traversant le marché. Dépité, il observait la lame que le capitaine venait de lui confier quand un Dragon Pourpre l'interpella : "Hé, pas d'armes en ville toi !". Le barbare rangea la lame dans son fourreau et continua à avancer en marmonnant un vague mot d'excuse. "Nan mais vraiment, quelle plaie ce bled..." pensa-t-il.


Deux jours plus tôt.

La nuit précédente avait été paisible. De bonne humeur, Leandrys rejoignit la grande salle de la Chopine, dans l'espoir d'y prendre un déjeuner bien mérité. Après tout, le zénith approchait et il n'y avait pas meilleur moyen d'entamer la journée. Il s'installa donc et se fit servir par Norema une assiette pleine de fèves au lard et même s'il n'était pas adepte de la cochonnaille en général, Leandrys mangea de bon coeur. Alors qu'il rapportait son assiette au bar, un homme entra dans l'auberge. Un inconnu visiblement mais cela ne l'empêcha d'aborder le Vaasien et de lui proposer amicalement une choppe. Bien que pressé d'aller chasser, il accepta et se prêta à ce babillage inutile que les gens ont l'habitude de pratique lorsqu'ils se rencontrent.

En vérité, Leandrys ne fit pour ainsi dire qu'écouter. Sombre, puisque c'est ainsi qu'il avait dit s'appeler, était un drôle de bonhomme. Le barbare écouta distraitement son histoire et n'en retint pas grand chose, ou du moins seulement ce qu'il jugeait digne d'intérêt. Sombre était un voleur venu se réfugier au Cormyr. Le reste de son histoire portait principalement sur des détails aussi assommants qu'une famille morte et une vie de misère. Pas le genre de refrain dont Leandrys se délectait en général. Néanmoins, le jeune homme lui paraissait sympathique et quand ce dernier lui paya une seconde bière, il l'invita à la chasse avec lui. Certes, ses dernières tentatives avaient été de cuisants échecs, si l'on exceptait le sanglier tué avec l'aide de Gronthar, mais le trappeur du marché lui avait garanti qu'il y avait du gibier dans la région : il finirait bien par le trouver. Sombre sembla plutôt enthousiaste à l'idée d'aller chasser et les deux hommes se mirent en route assez rapidement.

La forêt royale, au sud du bourg, ne fut pas longue à atteindre. La veille, Leandrys s'était frotté malgré lui à deux orques en faction près du sentier forestier et s'il en était sorti sans trop de problème, il prit néanmoins soin de contourner les lieux de l'escarmouche tandis qu'ils s'enfonçaient un peu plus dans les bois. Sombre et Leandrys progressèrent lentement pendant plusieurs lieux, tâchant d'être le plus discret et le plus attentif possible. Malheureusement, ces précautions ne servirent guère : les bois semblaient pour ainsi dire désertés. Pire : plus le temps passait, plus Sombre semblait perdre son sang froid. L'étrange quiétude qui régnait dans les bois semblait à vrai dire presque surnaturelle et Leandrys n'était pas tranquille non plus.

Ils finirent par trouver une grotte et le barbare se dit que la chance leur souriait à coup sûr : dans quel meilleur endroit pourraient se cacher les animaux de la forêt ? Mais dès qu'ils entrèrent, une intense sensation de malaise envahit le Vaasien : toujours le même silence mais pas une once de lumière ne semblait avoir pénétré la grotte depuis un temps infini. Songeant qu'il y avait plus de chance pour que l'endroit fut la tanière d'un ours plutôt que celle de sangliers ou de cerfs, Leandrys en sortit rapidement pour retrouver l'étrange atmosphère de la forêt, qui à ce moment lui parut on ne peut plus rassurante.

Comprenant que cette énième tentative de chasse se transformait en fiasco, le barbare se résigna à reprendre le chemin de Soirétoile. Sombre de son côté ne cachait même plus sa nervosité et douta ouvertement de la capacité du barbare à les ramener à bon port. Tandis qu'il songeait qu'il s'était peut-être mépris sur la trempe de son compagnon, Leandrys aperçut un ours noir à quelques pas... Il admira pendant quelques longues secondes la bête se déplaçant avec une grâce animal, certainement à la recherche d'une proie. Ce fut l'apparition de Sombre à ses côtés qui ramena Leandrys à la raison. Craignant par dessus tout une maladresse de son compagnon, il préféra s'éloigner rapidement de l'ours avant qu'un malheur arrive. Quelques temps plus tard, ils aperçurent les barricades du sud du village et Leandrys s'abstint avec difficulté de signifier à Sombre que son sens de l'orientation ne l'avait jamais trahi après des années d'errance.

Intrigué par ce qu'il avait pu constater en explorant les bois, Leandrys gagna la caserne pour en parler au capitaine, et en profiter pour demander ce qu'il en était de la milice. Sombre le suivit et ils furent reçus l'un après l'autre, le barbare en premier. Le capitaine Hondh ne fit que confirmer avec un certain dépit ce que Leandrys avait pu constater en partie : les Dragons Pourpres se bornant à simplement protéger le bourre, les orques avaient pu faire du sud de Soirétoile leur territoire. Devançant l'initiative du barbare, Hondh en profita pour le relancer sur la milice et lui dire que le seigneur avait donné son aval : ne restait plus à Leandrys qu'à faire ses preuves et il savait comment... Il sortit du bureau du capitaine et saluant rapidement Sombre, il regagna la Chopine pour une nuit de sommeil bien méritée.

Le lendemain matin, levé de bonne heure, Leandrys se résolut à ce que cette journée soit un peu plus productive que les précédentes. Dans la grande salle, il croisa Sombre et lui expliqua ce qu'il savait au sujet de la mine naine. Satisfait d'entendre que son compagnon de la veille était près à le seconder pour une exploration en bonne et due forme de la mine, il s'aventura à lui parler du projet de milice, ce qu'il regretta aussitôt en voyant la réaction timorée de Sombre. Cet imbécile s'était engagé chez les Dragons. Surmontant sa désillusion, Leandrys lui promit de le retrouver plus tard pour qu'ils reparlent de l'expédition.

Le barbare oublia tout ce qui le préoccupait dès qu'il sortit du bourg et sentit sur son visage la caresse du vent. Enivrée par les effluves de rosée matinale, Leandrys prit sa solide hache en main et se mit à courir en direction du dernier endroit où il avait croisé un sanglier. Quelques jours auparavant, il avait en effet tué une femelle, qui venait visiblement de mettre bas comme l'attestait les pis de l'animal. L'espoir de trouver le mâle voire la portée de la bête enflamma le Vaasien qui parcourut la forêt au nord-ouest du village avec empressement et détermination. Malheureusement, il ne distingua que quelques traces éparses et dut se résoudre à reconnaître, une fois de plus, son échec. Comme il n'était pas loin de la mine, Leandrys s'aventura jusqu'à l'entrée pour voir si d'aventure il pouvait recueillir de nouvelles informations avant l'expédition. Malheureusement, ce ne fut pas le cas et il s'aventura jusqu'à la hutte du bûcheron pour le questionner.

Mais alors qu'ils venaient juste de passer les politesses habituelles, Leandrys aperçut un nain s'effondrer sur le sentier à quelques pas d'eux. Le pauvre semblait très mal en point et tandis que le barbare prenait soin de lui comme il pouvait, le bûcheron partit chercher de l'aide au temple. Réunissant certainement ce qui lui restait de force, le nain réussit à souffler quelques mots à Leandrys.
"Ils sont tous morts... Ils les ont tué..."
Le Vaasien ne comprit pas le reste et dut assister impuissant au râle d'agonie du nain quelques instants plus tard. Myrkyr arriva seulement ensuite et sa magie fut impuissante face au mal qui avait emporté le malheureux.



Décidé à tirer l'affaire au clair une fois pour toute, Leandrys rejoignit rapidement la caserne pour tenir Hondh au courant des derniers évènements. Ce dernier adjoignit Férostil au barbare pour l'exploration de la mine et après avoir retrouvé Sombre, les trois aventuriers se mirent en route. Le trajet fut silencieux, certainement parce qu'au final, les trois hommes ne se connaissaient que peu sans compter l'appréhension qui habitait chacun d'eux sans qu'aucun ne daigne néanmoins le reconnaître. C'est seulement quand ils entamèrent leur longue descente dans la mine que Sombre et Férostil recommencèrent à discuter, ce qui ne manqua pas d'exaspérer Leandrys, qui leur ordonna de se taire assez rapidement. Dès lors, le silence régna, interrompu seulement à de rares occasions par de sombres échos provenant des tréfonds obscurs de la mine. Les couloirs se succédaient rapidement et ils n'avaient encore aperçu aucune trace des nains. Parce qu'il était déjà venu dans la mine - en vérité il était à peine rentré dedans -, Leandrys prit le contrôle du groupe. Peu enclin à discuter stratégie avec ses compagnons, il décida de suivre les rails de la mine, pensant que ce serait là le meilleur moyen de rejoindre les nains s'ils s'étaient réfugiés dans les profondeurs mais aussi de retrouver facilement le chemin du retour.

Pendant un certain temps, tout se passa pour le mieux. Prenant soin d'éviter les créatures étranges qui peuplaient désormais la mine, les trois hommes progressèrent sans mal. Mais au détour d'un couloir, Sombre ou Férostil - Leandrys ne sut pas lequel blâmer - trahit leur présence et un fantôme fondit sur eux. Les deux guerriers commencèrent à fuir mais le barbare comprit qu'une course effrénée dans la mine leur permettrait tout au plus de se perdre, voir d'attirer d'autres créatures. Résigné, il brandit sa hache et l'abattit sur la créature sans savoir s'il la blessait vraiment. Ses deux compagnons retrouvèrent visiblement un peu de courage et vinrent lui prêter main forte. A eux trois, ils réussirent à venir à bout de l'ombre démoniaque, avec seulement de légères blessures. Leur confiance s'en étant trouvée renforcée, les trois hommes progressèrent d'un pas plus assuré dans les couloirs de la mine et mal leur en pris… Quelques minutes plus tard, une créature étrange les attaqua. Le combat s'acheva rapidement sans qu'aucun des trois ne fut blessé mais ils étaient tous abasourdis… Férostil était nu tandis que Leandrys tenait dans sa main un simple morceau de bois. Il fallut qu'il voient leur corps de la bête se décomposer au sol et ronger la roche pour comprendre que ce n'était pas une question de chance si les projections d'acide de la bête ne les avaient pas atteints mais simplement que leur cible était le métal qu'ils portaient et pas eux…

Conscients du ridicule de leur situation, Sombre, Férostil et Leandrys se résolurent à rebrousser chemin, penauds. Grâce au sens de l'orientation du barbare, ils sortirent rapidement de la mine et regagnèrent le bourg. L'entrevue avec le capitaine Hondh ne fut qu'une formalité. Tout au plus leur dit-il qu'il fallait poursuivre l'exploration. Ils se virent ensuite remis une arme en dédommagement et furent promptement congédié…


Leandrys s'installa au pied du grand arbre de la place du marché et examina pendant quelques minutes la lame qu'on lui avait confiée d'un air sceptique. D'un air las, il fouilla dans son paquetage pour trouver son carnet. S'appuyant contre le tronc, il réfléchit un moment à ce qu'il pourrait écrire. Songeant que les deux derniers jours nécessitaient un récit beaucoup trop long pour son humeur actuelle, il jeta un dernier coup d'œil à l'épée et écrivit quelques mots en grommelant.

"J'ai perdu ma hache et on m'a donné une épée à la place. 'fin bon…"
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Leandrys

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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:13

Leandrys était installé près du feu dans la salle de la Chopine. La nuit était déjà bien avancée et il aurait du se trouver au lit mais l'alcool lui causait parfois de drôles d'insomnies. Un effet désagréable dont il se serait bien passé et ce soir là, une fois de plus, il avait oublié comment plusieurs choppes de bières et quelques pichets de vins pouvaient l'affecter. Une profonde nostalgie l'envahissait, encore que cela fut plutôt banal. Ce qui l'était moins, c'était l'acuité intellectuelle qu'il semblait posséder dans ces moments d'ivresse. Acuité, qui l'amenait à poser un regard objectif sur sa vie ce qui ne manquait pas de renforcer son humeur morose. Malgré l'heure tardive, Leandrys sortit donc son carnet et sa plume pour se changer les idées. Les grandes bougies de l'auberge étaient alors déjà atteintes et l'obscurité avait étendu son ombre dans la salle : l'aube était plus proche que le crépuscule et Dunman s'était retiré depuis déjà quelques temps ; seuls quelques bruits diffus parvenaient de la cuisine par intermittence. La flamme de l'âtre était l'unique compagnon du barbare. Il s'en rapprocha donc pour profiter de sa chaleur aussi bien que de sa lumière.
Assis devant le foyer, Leandrys commença à griffonner quelques mots sur le petit carnet qui lui servait de journal.

"Deuxième fois que je laisse deux jours passer sans prendre le temps de marquer ce qui s'est passé. Faut dire que c'est pas comme si j'en avais vraiment eu le temps. Encore que…
J'ai pas arrêté aujourd'hui mais en fait hier a été plutôt calme, trop calme. J'espérais bien voir Mélodie en fait et quelques uns de ses aventuriers qui traînent dans le coin. Toujours cette mission pour le capitaine pour faire mes preuves. Suis resté un temps à l'auberge à attendre. Je crois même que j'ai fini par m'endormir. A mon réveil, y avait toujours personne, du coup je suis allé chasser.

Depuis que je suis arrivé, c'est plutôt la misère pour trouver du gibier. C'est à peine si j'ai trouvé un sanglier. Et encore, c'est à peine si ça m'a servi à quelque chose : sa fourrure était dans un tel état que j'ai rien pu en retirer et l'animal trop vieux pour espérer récupérer la viande. Quand je pense que Gronthar a failli laisser sa peau pour ça.
J'en avais marre des excursions hasardeuses dans la forêt royale. Tout ce que j'y ai rencontré, ce sont des orques et un ours, mais de gibier aucune trace. Pour ça que j'ai eu l'idée d'explorer un peu d'autres coins. Je suis d'abord allé à l'est du village. Pas grand-chose d'intéressant. Pas de gibier évidemment. J'ai rencontré un fermier par contre. Un pauvre bougre qu'avait quelques soucis avec son verger. Genre des striges avaient envahi les lieux et l'empêchaient de récolter ses fruits. Vu que j'avais déjà eu à faire à des saletés du genre et que j'avais rien à faire d'intéressant dans l'immédiat, je me suis occupé des bestioles. Le paysan m'avait parlé d'un véritable nid. J'en ai trouvé que trois en fait mais ça a eu l'air de le contenter. M'a filé un panier de pommes en récompenses. Faut croire que je fais ça pour la gloire. Remarque, avec un peu de chance, ça reviendra aux oreilles du capitaine. Parce que bon… J'ai jamais aimé les pommes moi. Je les ai revendues une misère sur le marché un peu plus tard. Faut dire que les fruits étaient pas bien beaux. La faute aux bestioles certainement.

Voyant qu'à l'est j'avais pas de succès, je suis allé à l'ouest. Genre le long de la rivière locale. Pendant le voyage vers la tour où on avait botté les fesses à ces satanés macchabées, j'avais repéré, un passage étroit dans la falaise. Il devait mener à une plaine isolée. Le genre d'endroit que je recherchais. J'y suis allé prudemment mais bon j'ai pas eu de chance… A peine j'arrive dans la plaine en question que j'aperçois non loin de là une espèce de félin, genre grandes dents, grandes griffes et jolie fourrure. C'est dans ces moments là que j'aimerais avoir un arc solide. Mais bon, j'ai brisé celui que j'avais pendant le voyage en arrivant et les prix dans le bourg sont invraisemblables. Du coup, je me retrouve avec mes haches de lancer. Puissantes certes mais niveau précision, on a vu mieux. Je me positionne sur une petite colline et je commence à canarder la bête qui se trouve alors à quelques enjambées de moi. C'est là que je me suis dit que j'aurais du un peu m'entraîner. Je savais pas que c'était possible d'avoir du mal à viser à ce point. Je touche avec ma première hache mais les suivantes passent au large du félin. Il regarde autour de lui en me cherchant des yeux mais me voit pas de suite et je profite pour essayer de le blesser. Mais le sort s'acharne, ma maladresse s'aggrave lorsqu'il finit par foncer sur moi. J'ai beau laissé tomber les haches et sortir ma lame, sans bouclier, je n'arrive pas à me protéger et le cougar me lacère les jambes de puissants coups de griffes. J'essaye de le repousser mais mes tentatives ne sont que pure perte et un dernier coup à l'abdomen me fait sombrer dans l'inconscience.



Je sais pas ce qui c'est passé à ce moment-là. Normalement, ça aurait du être l'heure de la tambouille pour la bête mais je me suis réveillé sans qu'aucun de mes membres ne manque à l'appel. Avec un peu de chance, l'odeur du cuir que je porte m'a pour une fois servi. Depuis le temps que je la porte, mon armure a eu le temps de faisander. 'fin bon, j'étais pas bien vaillant pour autant et les blessures reçues me brûlaient les entrailles. J'ai clopiné jusqu'au bourg, non sans dégobiller deux fois en route. Les passants m'ont jeté de drôles de regards tandis que je me dirigeais vers l'auberge. Y en a même qui m'a dit d'aller au temple. Comme si j'avais que ça à faire de leur refiler ce qui reste de ma bourse. Nan, au lieu de ça, je suis rentré à la Chopine et le temps de grimper les escaliers, j'ai pu aller dans ma chambre et recoudre comme je pouvais mes plaies. Alors que je descendais demander un peu d'eau en cuisine, j'ai croisé Gronthar. L'était avec un ami elfe à l'allure étrange. Le temps de lui expliquer ce qui m'était arrivé et de lui assurer qu'il pourrait m'accompagner lors de ma prochaine chasse, je suis remonté m'effondrer sur mon lit. La nuit a été longue.

Le lendemain matin, j'étais pas bien vaillant. Mais j'avais du pas trop mal me débrouiller parce que je ne ressentais presque pas les blessures de la veille. Faut dire que ma chambre est tout confort aussi. Quand je suis ressorti, j'ai croisé Gronthar assez rapidement. Le temps d'échanger quelques mots, on s'est mis en route pour la chasse. Je nous menais au passage de la veille. J'espérais que le cougar y serait toujours et je n'ai pas été déçu. A deux, la tâche était aisée. Quelques hachettes et un bon coup d'épée ont eu raison du félin. Après ça, j'ai pris le temps de dépecer la bête et je crois avoir plutôt réussi. Le nain était enthousiaste. Il voulait continuer la chasse et profiter pour explorer un peu. Après tout "pourquoi pas" que je me suis dit.

On a continué en avançant vers le nord-ouest. Le coin semblait assez calme jusqu'à ce que Gronthar fonce tête baissée sur un groupe de gobelin, ce qui ne les a pas empêcher de me viser moi plutôt que lui. Une flèche dans mon avant-bras et une à la cuisse m'ont décidé à écraser ces nuisibles avec ma foutue lame. Ah comme je regrette ma hache. C'était pas un modèle de luxe mais je crois pas que je m'habituerai un jour aux épées… Je serai bien rentré à ce moment-là. Mes deux blessures n'étaient pas graves mais je suis pas adepte des infections. Mais bon, Gronthar, toujours aussi enthousiaste - évidemment c'est pas lui qui a joué les cibles de champ de tir -, voulait continuer. Alors on a avancé encore un peu. Et là, voilà pas qu'on aperçoit une araignée énorme. Elle faisait la moitié de ma taille et était donc presque aussi haute que le nain. J'étais pas bien chaud pour jouer les nettoyeurs mais alors qu'on en parlait avec Gronthar, elle a foncé sur moi. J'étais décidément en veine. J'ai failli me foutre en rogne. En fait, j'en ai même pas eu le temps. Quand elle m'a mordu le bras, j'ai tellement eu peur d'être empoisonnée que je lui ai collé un coup dans la poire. L'araignée a pas apprécié. Elle s'est écroulée direct.

Il était pas question de continuer. On est rentré. Assez rapidement d'ailleurs. Arrivé à Soirétoile, je voulais m'acheter un petit bouclier mais me manquait deux lions d'or. Gronthar m'a dépanné. Sympa quand même le petit. Par contre, j'ai aucune idée de la façon dont je vais pouvoir le rembourser. Après avoir acheté une targe de piètre qualité, je suis rentré à l'auberge où je devais retrouver le nain. La journée était encore loin d'être terminée et rapport à un défi d'Oswald, je cherchais un orque à égorger. Evidemment, Gronthar était partant mais il voulait absolument que la commune nous paye si on tuait quelques orques. J'étais assez sceptique, du coup je l'ai laissé allé à la maison communale et j'en ai profité pour piquer un petit somme. Quand je me suis réveillé, il était toujours pas revenu alors je suis parti à sa rencontre. Je tombe sur lui rapidement et il m'annonce fièrement qu'il a obtenu un contrat. A ce moment-là, je me maudis. J'ai presque plus de quoi payer ma pitance et c'est le genre de choses qui m'aideraient. Mais bon, quand il m'a dit une minute plus tard que la récompense, c'était pour tuer le chef orque, j'ai du me retenir de lui rire au nez. Aller seul à la chasse à l'orque me semblait assez hasardeux du coup j'ai joué les bons compagnons comme j'ai pu et on est parti au sud du bourg dans la forêt royale, parce que j'y avais aperçu deux sentinelles orques quelques jours plus tôt.

Manque de chance, pas moyen de mettre la main dessus. Alors, on a continué vers le sud et on allait traverser un petit pont quand la demi-portion s'immobilise en pointant du doigt deux arches sur une butte à quelques pas. Les types avaient une sale tête. Gronthar m'assure que ce sont des bandits et vu leur mine, je n'en doute alors pas une seconde. Et voilà pas que mon compagnon propose de les approcher discrètement. Un colosse et un nain essayer de jouer les aventuriers furtifs, c'est pittoresque et pas bien efficace. Le nain avait pas fait deux pas que les archers le voient et encoche leur flèche. Une chance que j'avais mes hachettes en main. Gronthar a pas eu le temps de réagir que j'avais tué les deux bandits. Je m'étais - encore - pris une flèche pendant l'échauffourée et j'ai décidé de rentrer : ça suffisait pour la journée et que ce Oswald aille au diable s'il était pas content.

Après ça, on est donc rentré. La maladresse du nain m'avait passablement énervé et je lui répondais que distraitement quand un garde lui fonce dessus et le tabasse jusqu'à ce que le nain s'effondre. J'ai bien voulu l'aider au début mais bon la milice sait ce qu'elle fait hein… Sans compter que je voudrais pas me mettre à dos Hondh. Gronthar se relève au bout de plusieurs minutes. Il allait commencer à m'expliquer ce qui se passait quand un autre dragon débarque et lui inflige le même traitement. Cette fois-ci, le petit s'est pas relevé et il a été porté au temple. J'ai récupéré quelques unes des affaires qui traînaient au sol et j'ai pris ça comme prétexte pour aller demander à Bran ce qu'il en était. Il a pas voulu me le dire. M'a sorti une histoire de plaisanterie entre Gronthar et Durthal, je crois. Ca m'a semblé louche mais comme j'apprécie Bran, j'ai changé de sujet pour discuter des bandits qui nous avaient attaqué. Il m'a expliqué que pas mal d'entre eux avaient élu domicile dans la région et que leur chef a son repaire dans la forêt. Encore un. Après ça, on a discuté de tout et de rien. Y avait eu une drôle d'histoire la veille. Auldo Morrim, celui-là même qui devait être jugé le jour même, avait été assassiné dans sa cellule ainsi que les deux dragons qui le gardaient. Les coupables étaient d'ores et déjà arrêtés mais l'affaire était encore inexpliquée.

Lorsque je ressortis un peu plus tard de la caserne, il faisait nuit. Dans quelques heures devrait avoir lieu la remise des trophées d'un concours de poésie auquel je me souvenais vaguement avoir participé. J'avais cependant le temps d'aller me changer et de boire un verre avant. Le temps d'enfiler une tenue un peu moins rustique que mon armure, je descendis dans la salle de la Chopine. Cet Ethan que Gronthar m'avait présenté la veille était assis au bar. Je m'installai près de lui. A ce que j'en ai compris, il est parti quelques temps en voyage et cherchait à se tuyauter sur les évènements récents. Voyant qu'il posait des questions sur la mine et les nains, j'en ai profité pour lui faire topo que je suis désormais habitué à déblatérer. Ca n'a pas eu l'air de l'enthousiasmer plus que ça et il a fini par m'interrompre en me disant qu'il partait pour la Lanterne Basse assister à la fameuse remise de trophée. Agacé, je le suivis néanmoins en espérant y voir Mélodie et en effet, la donzelle buvait un verre avec Maéa quand on entra. Après avoir échangé quelques politesses, j'ai pu enfin tâcher de convaincre Mélodie de m'accompagner dans la mine. Quand j'eus fini, elle m'annonça simplement qu'elle avait d'autres choses à faire en ce moment. Ethan fit de même sans que je lui ai demandé. C'est alors que la propriétaire des lieux fit l'annonce des résultats du concours. Je me rappelle pas vraiment ce que j'avais écris mais après avoir lu que le prix était de 50 lions d'or, j'espérais toucher le pactole. Evidemment, ce ne fut pas le cas. Ethan et Mélodie ont gagné le concours. Après la remise des prix, je me suis pas attardé. J'aurai bien collé aux basques de la prêtresse encore quelques temps pour la convaincre, mais je supporte pas la façon dont elle me regarde. J'ai toujours l'impression qu'elle me prend pour les derniers des abrutis et que je la dérange alors qu'elle a des affaires bien plus importantes à traiter."


Leandrys posa alors la plume en baillant mais après quelques instants, il la reprit en main et ouvrit le carnet en grommelant.
"Je suis pas un simple abruti. Je suis juste un homme simple."

Leandrys vit alors les premiers rayons du soleil percer les fenêtres de l'auberge. Il remit carnet et plume dans le paquetage et s'empressa de regagner sa chambre avant de s'affaler sur son lit.
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:13

Le barbare tournait en rond dans sa petite cellule en prenant bien soin de ne pas s'approcher de la grille. Au début, il n'avait pu contenir sa colère et avait agrippé les barreaux comme s'il espérait pouvoir les tordre de la seule force de ses mains. Les duergars en avaient d'abord ri mais les cris de rage de Leandrys avaient fini par les importuner. Quelques uns, il n'avait pas eu le temps de les compter, étaient rentrés dans sa cellule et l'avaient passé à tabac pendant plusieurs minutes. Il avait compris la leçon et tâchait désormais de se contenir. Pendant un moment, il avait espéré que ses compagnons viendraient le délivrer mais au fur et à mesure que les heures passaient, son espoir s'amenuisait. Tout s'était passé si vite. A peine l'entrée franchie, ils leur étaient tombés dessus et la panique les avait tous gagné. Comment le leur reprocher. Une horde de nains gris en furie constitue un spectacle effrayant, d'autant plus lorsqu'on est la cause de cette furie.
Le temps passait et dans sa cellule, pas une fenêtre. Impossible de savoir qui de la lune ou du soleil régnait alors sur les cieux. Leandrys perdit progressivement tout repère temporel et il lui sembla finalement que cela faisait des jours qu'il était là. Son dernier repas datait du matin du départ de l'expédition. O combien le lait chaud et les œufs frais lui semblait alors lointain. Seule une auge pleine d'eau croupie lui permettait de subsister. Pour oublier la faim qui le tiraillait, le barbare finit par s'asseoir et sortit de son paquetage son petit carnet. Il n'avait même pas pris la peine de lui enlever ses affaires.

"Mais qu'est-ce que je fous ici ?
Je comprends pas. Quand j'ai senti que je n'avais plus la force de tenir ma hache en main, j'ai cru que la fin était venue et voilà pas que je me retrouve dans cette foutue cellule. Maintenant que je suis là, j'arrête pas de me demander ce qui a bien pu me passer par la tête quand j'ai accepté d'enquêter sur ce qui s'était passé à la mine de cuivre pour Hondh. C'est là qu'on voit à quoi mène l'appât du gain. Ca m'apprendra.

J'aurai savoir qu'il fallait pas que j'aille avec les trois donzelles explorer le coin. J'étais pas en veine ces derniers jours. Quand je repense à cette damnée chasse l'autre jour… J'inspectais tranquillement les abords de la forêt royale à la recherche d'une sentinelle orque isolée quand j'ai aperçu ces deux cerfs. La chance me souriait enfin. C'est ce que j'ai cru, ouais. Imbécile… Je cherchais un gué pour traverser quand j'ai vu ce sanglier. Il avait l'air costaud mais j'avais sur moi de quoi calmer ses ardeurs. Foutu orgueil. Je lui envoie quelques hachettes et je réussis à le toucher. Evidemment, la bête me fonce dessus. C'est fou comme une défense de sanglier peut faire mal. En moins de temps qu'il en faut pour le dire, je me suis retrouvé couché au sol, prostré, essayant d'oublier la douleur qui me fouaillait le ventre. Au bout de quelques minutes bien trop longues à mon goût, j'ai fini par me relever. J'étais en piteux état et j'allais rentrer penaud quand j'ai vu le sanglier à quelques pas de moi. Il avait mal en point aussi, et pas qu'un peu. Une hachette bien placée et j'aurai suffisamment de cuir pour réparer mon armure et assez de viandes pour avoir enrichir Dunman pendant quelques jours. Ouais mais voilà, les haches, c'est pas fait pour être lancé visiblement. J'ai pas réussi à l'abattre avant qu'il me fonce à nouveau dessus. J'ai cru que j'allais pas réussir à me relever cette fois et quand j'ai fini par récupérer un peu, j'ai pas joué les fiérots une deuxième fois. J'ai ramassé mes affaires et je suis rentré aussi vite que mon état me le permettait au bourg.

C'est fou comme un truc pareil peut te miner le moral. A croire que je suis plus capable de chasser correctement. J'ai passé une bonne partie de la journée à panser mes plaies et à réfléchir, allongé sur ma couche. Finalement, je suis redescendu dans la salle de la Chopine. Y avait seulement Ethan qui traînait au bar. Il a pas fait attention à moi, visiblement occupé avec de la paperasse alors j'en ai profité pour me mettre à mon nouveau projet : la cartographie. Je suis pas aussi doué avec une plume qu'avec une hache mais je me débrouille. J'ai commencé à noter tout ce dont je me rappelais sur les environs et je suis ensuite sorti pour repérer les lieux de mes yeux. Jusqu'à ce que le soleil décline, j'ai traîné mes guêtres dans les alentours du bourg pour noter tout ce que je voyais sur ma carte. Le résultat était loin d'être artistique mais il était aussi fonctionnel qu'on peut le souhaiter. J'ai rangé ma carte et je suis rentré à la Chopine. Y avait Ethan et j'ai décidé que ce serait pas un mal que de faire un peu plus connaissance avec le bougre. Maintenant que j'y pense, c'est surtout moi qui ai parlé, mais bon, il m'a quand même l'air plutôt sympa comme type. Un peu plus tard, Mélodie a débarqué et voilà pas qu'elle me dit qu'elle est d'accord pour visiter la mine et Ethan confirme que lui aussi. J'avais vraiment pas envie moi, mais bon. Je pouvais pas me permettre le luxe de refuser d'y aller. J'avais suffisamment galéré pour trouver des compagnons les jours précédents. Alors, on s'est donné rendez-vous pour le lendemain matin et je les ai laissé à leur parlote avant d'aller profiter d'une bonne nuit de sommeil.

Le lendemain matin, j'étais le premier dans la salle. J'en ai profité pour prendre un déjeuner consistant. Pouce-Cailloux aime pas trop ça mais je suis resté à l'entrée de la cuisine pour l'observer faire. D'abord le lait, tiré le matin même évidemment. C'est un plaisir que les gens de la ville oublient trop vite. Quelques minutes dans la marmite avec quelques gousses de vanille et un peu de blé moulu pour lui donner de la consistance. Royal. Avec ça, une plâtrée d'œufs. Revenus pendant quelques minutes à la poêle. Je les aime brouillés. Je sais pas pourquoi. Certainement parce qu'il y a rien de mieux pour se marier avec quelques tranches d'épaule fumées. Et le jambon du coin est fameux, je suis un connaisseur. Enfin, un pain chaud. L'halfelin fait tout ça d'un air distrait. S'il savait quel bonheur elle m'apporte avec "ces petites broutilles" comme elle dit. L'inconvénient dans ces cas-là, c'est que la boustifaille disparaît trop rapidement de l'assiette. Il ne me restait plus que mon lait chaud quand Ethan a fini par arriver. Je l'ai savouré… J'ai bien fait… Par Ulutiu, ce que j'ai faim…

Mélodie a fini par montrer le bout de son nez et dans la foulée, Jaia aussi. Les choses se présentaient pas si mal finalement et j'en venais presque à ne pas rechigner à explorer cette satanée mine. On voulait partir le matin mais Ethan et Jaia avaient quelques affaires à régler. Je sais pas ce qu'ils ont bricolé dans la chambre de la prêtresse en haut mais ça leur a pris toute la matinée. Cache bien son jeu l'elfe. Enfin bref, on a fini par se mettre en route alors que le zénith était déjà passé depuis quelques temps. Le trajet jusqu'à la mine ne fut pas bien long et on est entré dedans armes en main. Pendant un temps, tout s'est bien passé. Je me rappelais vaguement des lieux et j'ai pu guider le groupe sans problême. Les lieux semblaient abandonnés. Le peu de créatures qu'on croisait ne ressemblait pas vraiment à des nains : spectres, striges, araignées ou encore scarabées. Saleté d'insectes. Je déteste ça. C'est petit, ça gicle quand on l'écrase et ça pue. Mais, le pire, c'est que certains sont vraiment dangereux. J'imagine même à quel point j'ai du paraître faible aux yeux des deux prêtresses quand je me suis effondré, victime de plusieurs morsures. Grâce à leurs soins, j'ai pu me relever mais pendant quelques temps, j'ai essayé de pas trop l'ouvrir. Une chance qu'il n'y ait rien à voir.

On a progressé dans la mine pendant quelques temps comme ça. On s'en sortait bien. Même le dévoreur de métal a succombé à nos attaques conjuguées. On est descendu au second niveau, puis au troisième, puis au quatrième. Et là, les choses se sont corsées. On sentait bien qu'on arrivait au fond de la mine. Mais, toujours aucune trace des ces imbéciles de nains. Alors qu'on entrait dans une sorte de salle, un duergar et une créature énorme nous foncent dessus. Je soulevais ma hache quand je vois que les autres étaient déjà en train de décaniller. Du coup, je les imite. Oui mais voilà, elle semblait tenace la bestiole. On s'est mis à l'attaquer de loin avec tout ce qu'on pouvait. Non sans un certain succès d'ailleurs. Tout aurait pu se passer parfaitement si j'avais pas fait l'imbécile. La créature rattrapait une des deux prêtresses. De suite, je prends ma hache en main et j'attaque la bête dans le dos. Le courage est une vertu d'idiot. Je sais pas ce qui m'a pris. Toujours est-il que dans l'instant qui suivit, je me suis pris une sacrée torgnole en pleine tronche et je me suis évanoui. Enfin, c'est ce que les autres m'ont dit : je me rappelle plus de rien. Quand je me suis réveillé, la bête était effondrée et mes compagnons guère en meilleure forme que moi. Mais on a continué. Les imbéciles.



On a fini par trouver l'accès au cinquième niveau. Des champignons, voilà ce qu'on y a vu. Incroyable. Mais de drôles de champignons évidemment. Du genre à avoir des bras et des jambes et à s'en servir pour attaquer le premier aventurier qui passe. Une chance qu'il ne soit pas difficile de les hacher. On a du en éliminer quelques uns avant de tomber sur deux nains. Enfin ! Par contre, ils étaient morts. Visiblement en défendant une espèce de barricade. Le temps de récupérer leur arbalète, on a emprunté le chemin que leur barricade semblait protéger. Je me rappelle plus qui a eu cette brillante idée. Peu importe après tout. Toujours est-il qu'au bout du chemin, les duergars nous attendaient et ils ont pas été tendres. Je me demande ce qui est arrivé aux autres. Je me demande pourquoi ils me gardent en vie.
Mais qu'est-ce que je fous ici ?"
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:13

Comme souvent lorsqu'il se trouvait à la Chopine, Leandrys était affalé dans le sofa au coin du feu. A son arrivée dans le bourg de Soirétoile, il avait d'abord pris plaisir à s'installer dans un coin de la place du marché contre un vieux chêne. Le barbare nota avec cynisme qu'il devait s'embourgeoiser pour préférer s'installer près du feu, mais après tout, peut-être était-ce simplement que cela lui rappelait les soirées glacées de Delhalls. Le genre de soirée où il sortait sa plume et apprenait alors à écrire avec sa compagne. Leandrys écarta les tristes pensées qui l'assaillirent alors, et sortit son carnet.

"Moi qui ait toujours pensé que j'avais un genre de malédiction, j'ai l'air fin. Y a pas deux jours, je pensais mourir et me voilà à l'auberge, à m'arroser la panse à renfort de bières. Comme quoi…



Quand je relis la page précédente, j'ai envie de l'arracher. C'est fou ce qu'on peut être à l'ouest quand on a peur de mourir. N'empêche que j'ai toujours pas compris ce qui s'était passé. J'avais l'impression d'être dans ce cachot depuis des jours quand j'ai entendu des bruits de lutte pas loin. Les nains gris ont du sentir le coup fourré parce qu'il y en a un qui est entré dans ma cellule, une hache à la main. Cette raclure voulait me tuer et il s'en est fallu d'un cheveu pour que cela soit le cas je suppose. J'avais à peine la force de bouger mais le mouvement imperceptible que j'ai esquissé m'a vraisemblablement sauvé la vie. Bon, la hache m'a bien raclé le bide mais je respirais encore. J'entendais des bruits de plus en plus diffus de lutte quand la porte s'est à nouveau ouverte mais cette fois, c'était la cavalerie. Enfin façon de parler hein. J'étais étendu sur le sol dans un sale état et Ethan m'a aidé à me relever. J'étais tellement sonné que j'ai pas compris la moitié de ce qu'il me racontait. En gros, ils étaient venus me sauver. Le temps de récupérer mon paquetage, je boitais derrière l'elfe jusqu'en dehors de la cellule. Ferostil, Hondh et Mélodie arrivèrent dans les secondes qui suivirent. La prêtresse, voyant mon état, me soigna sans tarder, ce dont je lui fus gré. Je comprendrai jamais ce que ces gens bricolent avec la magie mais sentir ses blessures se refermer procure un étrange sentiment de plénitude. Et quand on se voyait mourir quelques minutes plus tôt seulement, c'est encore mieux. J'aurai bien serré toute la troupe dans mes bras tellement j'étais heureux. Les nains gris jonchaient le sol de la grande salle et mes compagnons ne semblaient pas blessés, du moins pas grièvement. Ils tiraient pourtant des têtes d'entraînement alors je me suis abstenu. Pas plus mal finalement. J'aurai eu l'air de quoi après ?

Evidemment, on s'est pas attardé dans le coin et j'avais rêvé tellement de fois de m'évader que le chemin était comme gravé dans ma mémoire. Au risque de passer pour un lâche, je fonçais tête baissée à travers les tunnels de la mine et malgré quelques poursuivants hargneux, on a pu regagné la surface. J'ai jamais adoré le soleil, certainement parce que je ne supporte pas la chaleur mais bon je n'ai jamais été aussi content de le voir que quand je suis sorti. Je crois pas que je rentrerai de nouveau dans une caverne avant longtemps. La surface me convient parfaitement. Et à mes compagnons aussi visiblement. Malgré quelques blessures, on a tous pu sortir. Le chemin jusqu'au bourg n'a été qu'une formalité ensuite. La nuit tombant, on s'est tous séparés en se donnant rendez-vous le lendemain. C'est marrant, je n'ai pensé qu'à un repas chaud pendant toute la durée du retour mais tout ce que j'ai fait en rentrant, c'est m'allonger sur ma couche et dormir. J'ai dormi moins que je l'aurai pensé. Après tout, mon emprisonnement n'a duré qu'un jour entier et pas toute une semaine comme je le pensais.
Enfin bon, tout ça pour dire que je me suis réveillé de bonne heure et je n'ai eu qu'à descendre dans la grande salle pour me faire servir une bonne assiette d'œufs au bacon avec un bon verre de lait. Les autres n'ont pas tardé et on a pu commencer notre petite réunion.

Drôle de réunion, hein. Je pensais que les autres pourraient m'expliquer le fin mot de l'histoire, mais rien. J'avais l'impression que Mélodie était du genre à savoir plein de secrets et qu'Ethan était une espèce de savant mais rien. Hondh en savait à peine plus qu'eux. Tout ce qu'on a fait, c'est étaler quelques hypothèses sur cette histoire de nains. Ce qui était sûr, c'est que les mineurs étaient morts et qu'ils n'étaient peut-être pas de simples mineurs. L'endroit où les duergars se trouvaient ressemblait beaucoup à un sanctuaire, ou à un truc du genre. Peut-être qu'il y a quelque chose là-bas… Les autres voulaient soit condamner la mine, soit éliminer cette "menace". Je l'ai pas dit aux autres, mais pour moi, tant qu'ils viennent pas nous embêter, j'ai aucune raison de retourner dans ces horribles cavernes. Notre discussion touchait à sa fin quand j'ai vu que le capitaine me regardait. Avec ma capture, je pensais avoir ruiné toutes mes chances de gagner sa confiance mais visiblement, le fait que je me sois pas démonté a du lui plaire. Il m'a annoncé que je devenais à partir de ce jour le chef de la milice régulière de Soirétoile. Ca m'a un peu estomaqué sur le coup je dois dire, même si ma surprise semblait faible en comparaison de celle d'Ethan et Mélodie. Ils m'ont félicité mais j'ai lu quelque chose dans leur regard qui m'a pas plu. Je saurai pas dire quoi. Je me fais peut-être des idées. Enfin voilà, je me retrouve avec un solde et je devrais avoir un local si j'ai bien compris d'ici quelques temps. Reste à discuter de tout ça avec le capitaine. Les choses se passent plutôt bien ici. Ca a de quoi mettre de bonne humeur. Et comme cela ne devait pas s'arrêter là, j'ai même réussi à conclure un petit arrangement juste après avec Pouce-Cailloux. Il manque de viande pour la cuisine et moi je chasse : si c'est pas la providence qui nous a fait nous croiser, qui alors ?"


Sentant qu'il commençait à avoir des crampes dans les doigts, Leandrys ferma son carnet, rangea sa plume, referma la fiole d'encre, et rangea le tout dans son sac. N'ayant guère envie d'aller chasser dans l'immédiat, il se plongea alors dans une silencieuse contemplation de Norema, qui s'affairait alors dans la salle, et finit par s'endormir, un sourire béat sur les lèvres.
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:14

Leandrys rentrait à la Chopine, plutôt content de lui, malgré les quelques mésaventures de la journée. La nuit était déjà bien avancée mais le barbare n'avait guère envie de se coucher. S'il avait quitté Mélodie et Aliandre, c'est surtout parce qu'il ne se sentait pas à l'aise en présence de la jeune femme. Aussi s'installa-t-il confortablement sur son lit quand il arriva dans sa chambre. Pendant un moment, il laissa ses pensées vagabonder, tentant de se rappeler chacun des évènements ayant animé les journées précédentes. Au bout de quelques minutes, il sortit son carnet et commença à écrire.

"Y a des jours, on se lève et on sait que la journée va bien se passer. Avant-hier était un jour de ce genre. Je suis sorti de la chopine au petit matin, avec ma hache, mon arbalète et mon dépeceur. J'avais du gibier à trouver pour Pouce-Cailloux. Même si ça m'enchantait pas vraiment, je savais qu'il fallait que j'aille dans la Forêt Royale. J'ai marché quelques temps tranquillement guettant le moindre bruit dans les bois mais visiblement les animaux du coin sont des lève-tard : j'ai pas croisé le moindre écureuil avant d'arriver près des rives de l'Etoilée. Finalement, j'ai fini par me retrouver à l'endroit même où j'avais failli clamser quelques jours auparavant et comme s'il m'attendant ce sanglier, parce que je suis certain que c'était le même, m'attendait. J'ai pas hésité longtemps avant d'encocher un carreau mais faut croire que je suis aussi maladroit avec ça qu'avec des haches de lancer. J'ai du laisser tomber et me résoudre à combattre la bête au corps à corps. Mais, ça ne s'est pas passé comme la dernière fois : là, j'avais une hache… Le sanglier m'a bien blessé à la jambe avec ses défenses mais c'était juste avant que je lui fracasse le crâne. Je tenais ma revanche. Et de quoi contenter Pouce-Cailloux au passage. Enhardi par ma victoire, je me suis mis en tête de rechercher un gué pour tenter de mettre la main sur les cerfs que j'avais aperçu l'autre jour sur la rive sud de l'Etoilée.

J'ai marché pendant quelques temps avant de trouver ce que je cherchais mais ça me dérangeait pas vraiment. D'une part, parce que ça me permettait de compléter la carte que je suis en train de dresser. D'autre part, parce que je suis tombé sur un coin intéressant. Alors que je marchais vers l'Est, j'ai découvert une vieille cabane au milieu des bois. Le genre abandonné depuis des lustres. Un petit paradis. Alors que j'y piquais un petit somme, je me suis mis à rêver que ce fût ma tanière. Après ça, j'ai marché encore un peu mais arrivé dans un drôle de coin, je me suis dit que c'était pas bien futé de s'enfoncer dans les bois comme ça tout seul. J'ai rebroussé chemin : tant pis pour les cerfs. J'étais revenu à la hauteur de la cabane quand j'ai senti un carreau fendre l'air à l'endroit où j'étais une seconde plus tôt. Un rapide coup d'œil me permit d'apercevoir deux orques en faction sur une petite colline. La hache à la main, je fonçais sur eux en hurlant. Bon, ça les a pas déstabilisé mais leur arbalète n'a pas pu faire grand-chose face à mon hachoir. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ils agonisaient au sol. Je les observai d'un air satisfait et me rappelant d'un défi que m'avait lancé Oswald, je coupai la tête de l'un d'eux avant de l'envelopper dans un tissu pour pas saloper mon sac. Autant dire que j'étais franchement content de moi. J'avais plus qu'à rentrer en ville et ça aurait été tout seul si deux autres orques avaient pas décidés de me tendre une embuscade, à seulement quelques pas du bourg en plus. Malheureusement pour eux, j'étais en veine. Je les ai laissés là, ça donnera de quoi manger aux loups.

Une fois arrivé au bourg, j'avais quelques bricoles à régler. Je suis d'abord aller voir le cuisinier de la Chopine pour lui refiler la viande que j'avais récupérée. Pouce-Cailloux sembla enchanté : ça m'a valu trois lions d'or et la promesse d'un bon repas. Je suis allé voir ensuite le capitaine. Fallait qu'on parle de la milice. Je savais pas trop quoi dire en fait. C'est moi qu'avait parlé de former un truc du genre mais quand Hondh m'a demandé quel serait son rôle, j'ai du avoir l'air fin. Une chance qu'un éclair de lucidité m'ait frappé : ça m'arrive rarement pourtant. Enfin bref, je lui ai présenté la chose comme une façon d'éprouver les jeunes qui voudraient entrer chez les Dragons Pourpres. Les temps sont suffisamment agités pour qu'on évite si possible d'avoir des incapables chez les Dragons. Une milice constituée de bleus permettrait de décharger l'armée des affaires peu importantes du quotidien et lui éviterait d'abandonner sa surveillance du bourg pour les missions lointaines. Le capitaine semblait emballé quand on a soudain entendu quelqu'un brailler dans la caserne. Deux secondes plus tard, un Dragon entrait et fit le récit, essoufflé, de la fuite d'un prisonnier, détenu au temple. Je m'étais pas trop tenu au courant de l'affaire mais visiblement le fugitif en question était un des deux loustics qui avaient voulu s'en prendre à Tzin, tuant des Dragons Pourpres au passage. Evidemment, le capitaine était furieux. Une battue serait organisée le lendemain et Hondh me demanda d'y prendre part. Il me congédia ensuite, reportant notre discussion à une autre fois.



Sur le moment, je l'ai eu mauvaise. Mais bon, c'est pas comme si j'avais été vraiment pressé et de toute façon, le capitaine semblait apprécier mon idée. Autant ne pas le brusquer. La nuit s'approchait alors à grand pas et je me suis dit que ça faisait longtemps que j'avais pas fait un tour à la Lanterne Basse. Peut-être même bien que Jaia serait dans les parages. Ouais, mais voilà, la dernière fois que j'y étais allé, un imbécile avait ricané en voyant ma tenue. Comme j'avais, pour une fois, quelques pièces en poche, je suis allé chez le tailleur. Un drôle de type. Pas du genre que j'aime et c'était apparemment réciproque. Enfin bon, c'est pas comme si ça m'avait gêné. Je voulais un truc pour avoir l'air un peu mieux fagoté et pas me cailler les miches cet hiver. Il m'a proposé une tenue de chasseur. Un truc affreux, genre avec le chapeau et la plume, et des manches courtes par-dessus le marché. Ca m'a pris quelques temps pour lui faire comprendre ce que je voulais mais je crois bien qu'il a saisi le message. Faut que je passe récupérer ça dans deux jours. Pour le coup, j'ai du aller avec ma tenue pouilleuse à la Lanterne.

Dès que je suis entré, je l'ai aperçue. On aurait limite envie de se faire ordonner prêtre de Sunie, en la voyant des fois. Je sais pas où elle s'était dégottée sa nouvelle tenue mais c'était plutôt dans le genre charmant. J'ai pris un pichet d'hydromel et elle s'est assise avec moi comme il n'y avait pas beaucoup de monde. On a discuté comme ça pas mal de temps. De mon sauvetage d'abord et de l'histoire des nains en général. C'est pas comme si ça m'avait ravi de parler de ça mais je passais un moment agréable.



Au bout d'un moment, y a le petit, Germain, qui est entré. Je l'avais croisé en sortant de la caverne et j'en avais profité pour l'avertir de la traque prévue le lendemain. En tant que jeune recrue, il y était convié. Il m'avait pas l'air d'être un mauvais bougre, malgré sa taille et mon impression s'est confirmé lorsqu'il nous a rejoint à notre table. On a blablaté pendant un moment, de la milice surtout, puisque ça semblait l'intéresser. Quelques heures plus tard, on est tous partis de notre côté pour se coucher.

Après une bonne nuit de sommeil, le petit et moi sommes allés attendre devant la caserne. Férostil s'est fait désirer mais il a fini par arriver un peu avant midi. On s'est mis en route rapidement. Il ne fallait pas perdre plus de temps. On recherchait un gnome aux cheveux ébouriffés. Tu parles d'une description. Toujours est-il qu'arrivé près de l'Etang de la main rouge, un loup nous attendait. Manque de bol, on était trois et bien armés. Il a pas eu le temps de dire ouf que je l'avais dépecé. Quelques secondes plus tard, une espèce de demi-portion apparut devant nous. Le genre fier-à-bras. Le genre que j'aime pas. Férostil lui a posé quelques questions de routine et voulait continuer. Le loustic me paraissait louche alors j'ai pris le Dragon Pourpre à part pour lui dire deux mots. La coïncidence était douteuse : on tombait sur un petit homme, disparu depuis quelques temps, à l'endroit même où le gnome était censé s'être dirigé. On me reproche tout le temps de pas être subtile mais y avait pas besoin de l'être là pour voir que c'était louche. On a donc embarqué ce Alton pour le ramener au capitaine, non sans qu'il nous assaisonne pendant tout le trajet. On a croisé Mélodie en route qui nous a confirmé que le petit était un aventurier émérite du bourg et lui avait rendu maintes fois rendu service. Ca sentait le vinaigre.

Quand on est arrivé, le capitaine attendait et y avait une espèce de bellâtre dans le coin aussi. Avec le petit qui ne cessait de geindre, on aurait dit un spectacle de foire. Malheureusement pour moi, Hondh confirma de suite que j'avais fait fausse route : Alton ne pouvait être soupçonné. Même après que j'ai discuté un moment avec lui, le capitaine maintint sa position. Sachant que je l'avais mis dans une position pas confortable, je lui ai proposé de rejeter le blâme sur moi mais il a tenu à me défendre. J'ai rien dit sur le moment mais je suis bien content qu'il l'ait fait. Il a expédié l'affaire rapidement en renvoyant tout le monde dans ses pénates. De toute façon, le prisonnier devait être bien loin maintenant. Après que les autres furent partis, je suis resté avec Hondh pour finir notre discussion de la veille. Les détails principaux étaient réglés alors on a abordé les questions annexes comme le solde, l'équipement ou une éventuelle base pour la milice. Mais visiblement, le capitaine lui-même n'avait pas pu régler ces questions. En tous les cas, le rôle de la milice était défini et j'en étais le chef, ce qui n'était pas pour me déplaire après tout. J'ai quitté la caserne peu de temps après. Je l'aime bien ce capitaine au prénom incompréhensible. Comme il l'a dit, je pense qu'on va faire du bon boulot ensemble.

Une fois sorti, j'ai cherché Mélodie. En effet, lorsque j'eus posé quelques questions à Hondh sur la cabane au bord de la rivière, il m'a orienté vers elle, l'intendante du bourg. J'ai pas mis longtemps à la trouver. Elle était à la Lanterne Basse, en compagnie de ce Alton et du bellâtre aperçu plus tôt, Aliandre, qu'il s'appelait. Plus sèchement que je l'aurai voulu, je demandai à lui parler seul à seul. Rapidement toutefois, elle détendit l'atmosphère et on a pu discuter tranquillement. Au final, elle m'a promis de trouver rapidement à qui appartenait la cabane en question. Je suis resté un peu ensuite à discuter avec elle et Aliandre. Lui aussi s'était engagé chez les Dragons et de fait, il devenait une des "jeunes recrues" que je devais former. Il m'a posé pas mal de question : le genre consciencieux. Consciencieux et bigot. Il m'a vite fatigué avec des tirades sur la grandeur du seigneur du matin. J'ai décidé de rentrer un peu plus tard à la Chopine."


Leandrys relut rapidement les quelques pages qu'il venait de griffonner et esquissa un sourire satisfait car, à n'en pas douter, il faisait des progrès en écriture, ou du moins le pensait-il.
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:14

"Encore deux drôles de journées. C'est marrant comme on a tendance à penser que le pire est toujours derrière nous. Le destin se charge en général assez rapidement de nous ramener sur terre. Comme d'habitude, tout avait plutôt bien commencé. En milieu de journée, je m'étais rendu à la maison communale pour voir Mélodie et après avoir fini les quelques tâches dont elle s'occupait alors, elle m'avait reçu. C'est allé assez vite. Elle savait tout ce que je lui avais demandé. La cabane appartenait au bourg depuis quelques années déjà parce que le dernier propriétaire l'avait abandonné. Par ailleurs, vu l'état général des lieux, elle ne me coûterait qu'un lion d'or symbolique. Mélodie semble penser qu'il y a beaucoup de travaux à faire mais peu m'importe. Après des années d'une vie nomade, c'est la première fois que je possède un "chez-moi". Pour le reste, je me débrouillerai plus tard.

Je laissais alors l'intendante à son travail et sortit avec l'intention d'aller chasser le loup au Nord. Dans les ruelles du bourg, je croisais Aliandre et acceptais qu'il m'accompagne lors de mon expédition près des Gorges de l'Etoilée. Sa présence ne me ravissait pas particulièrement mais du moins pensais-je alors que ça me permettrait de juger le caractère du bonhomme. Y a rien de tel qu'un bon combat pour se faire une idée précise du caractère de quelqu'un. Si j'avais su à ce moment-là que je serai bien trop occupé à éviter de clamser pour l'observer, j'aurai bien ri. Toujours est-il qu'après avoir prêté une lame et un écu au bougre, on se mit en route. Le trajet n'était pas bien long mais je profitai néanmoins de ce dernier pour donner quelques tuyaux à mon compagnon.

Nous sommes arrivés assez vite dans les Gorges et alors qu'on discutait stratégie, voilà pas qu'une espèce de créature volante passe à côté de moi pour rejoindre l'autre rive. Sur le coup, je fus tellement ébahi que je réagissais pas ou du moins pas de suite parce que quand je vis cet aigle immense attaqué la créature, mon sang ne fit qu'un tour. Quelques secondes plus tard, l'aigle gisait au sol avec deux de mes carreaux dans la panse. Je regrettai à haute voix de ne pas pouvoir récupérer les plumes du rapace quand la créature en arracha deux pour les déposer à mes pieds ensuite. J'eus le temps de l'observer durant son manège : c'était un tressym ou chat ailé, une créature, paraissait-il, fréquente dans la région. Première fois que j'en voyais et c'était suffisamment beau pour m'ôter toute envie de récupérer sa fourrure. Dans un élan de niaiserie, je pensais que Jaia aurait peut-être aimé voir ça.



Alors qu'on avait repris notre marche, je décidai de faire un détour par les Rocterres, où j'avais aperçu il y a quelques temps un cougar. Mais passé le défilé, aucune trace. Il fallut pousser à l'ouest pour retrouver ses empreintes. Paré au combat, on avançait à pas de loup lorsque le cougar est soudainement apparu à quelques pas de nous pour me bondir dessus ! Je l'aime bien ma faucheuse, enfin la hache de Gronthar. Mais pour se défendre des coups de griffe d'un félin, y a mieux. Non seulement, je n'arrivais absolument pas à me défendre, mais en plus impossible de lui asséner un bon coup sur le crâne. Tout se passa très vite. Aliandre, profitant que la bête semblait avoir trouvé en moi un repas parfait, frappe de taille et d'estoc plusieurs fois avant qu'elle finisse par s'effondrer au sol. Le problème était que moi-même, j'étais au bord de tomber dans les vapes. Haletant, dégoulinant de sang d'un peu partout, je n'avais même pas la force de dépecer le cougar, au pelage pourtant magnifique. C'est à ce moment que je me rendis compte qu'en plus, la nuit tombait. J'avais oublié que l'hiver approchait et le seigneur du matin se couche tôt à cette époque de l'année : quelle lavette ! Aliandre me proposa une de ces potions de soin. Malgré sa bonne volonté évidente, je savais à quel point de telle denrée était précieuse et je refusais catégoriquement : je m'étais fourré dans ce pétrin tout seul alors pas question de jouer les poids morts.

J'étais vraiment dans un état lamentable et j'avais du mal à marcher. Le retour s'annonçait périlleux. Quand je pense que j'ai joué au malin quand on est parti en énumérant les quelques règles qu'un bon chasseur se doit de suivre… J'avais oublié une des plus importantes : chasser uniquement le matin. D'abord parce ça évite de se faire surprendre par la nuit et on bénéficie d'une visibilité parfaite. Ensuite, parce que c'est à la tombée de la nuit que la plupart des prédateurs sortent se nourrir. Comment s'étonner de la férocité de ce cougar ? Et ce n'était pas tout… Alors qu'on sortait du défilé des Rocterres, on entendit les hurlements de loups. La lune était désormais haute dans le ciel et si j'avais un peu récupéré de mes blessures, je me voyais mal survivre à un autre combat. Evidemment, quelques instants plus tard, un loup nous fonça dessus ou devrais-je dire me fonça dessus… Par je ne sais quelle chance, je trouvais la force de lui coller deux bons coups de hache dans le gosier. Enhardi par cette rapide victoire, je dépeçais rapidement la bête, mais c'était oublier un peu vite mes blessures… L'effort m'épuisa plus qu'autre chose et la fin du trajet fut un véritable calvaire.

Arrivé enfin à la Chopine, je demandais à Aliandre d'aller quérir Jaia ou Mélodie pour m'aider à me remettre. Je doutais pouvoir me remettre des mes blessures par ma seule robustesse. Une fois dans ma chambre, je ne me souviens de pas grand-chose. Le temps de me débarrasser de mes affaires, je m'affalai sur mon lit, ne me préoccupant aucunement du sang qui se déverserait dessus. Je me suis réveillé le lendemain matin en pleine forme : mes blessures étaient parfaitement guéries. L'œuvre d'une des deux prêtresses certainement. Je me trempais rapidement dans un bac d'eau pour enlever les croûtes de sang séché qui jalonnaient mon corps. Ainsi requinqué, je descendis prendre un petit déjeuner bien mérité dans la salle. Jaia, puis Aliandre me rejoignirent rapidement. Je ne manquais pas de les remercier tout deux. Après tout, même si ça me contrarie de l'avouer, je ne serais peut-être plus de ce monde sans leur intervention.



Décidé à oublier rapidement cette chasse peu glorieuse, je me rendis chez le tailleur pour récupérer ma commande. Le résultat était presque à la hauteur de mes attentes. Les couleurs un peu voyante et il manquait quelques sacoches à la ceinture mais je m'en satisfaisais : je pouvais désormais affronter l'hiver sans problème. J'avais dit à Jaia que j'irai faire un tour dans sa nouvelle chapelle. Je sais pas trop pourquoi d'ailleurs. Je la croisais en chemin, ainsi que Mélodie. Le temple se trouvait à l'entrée est du bourg. Sympa comme endroit ou du moins typique d'un temple sunite je suppose. Un endroit dédié à la femme en quelque sorte et j'étais pas vraiment à l'aise. C'est surtout les statues qui m'ont fait une drôle d'impression. Chacune représentait une des figures traditionnelle féminine : la mère avec son nourrisson, la vierge cachant son visage et la catin offrant son corps - en l'occurrence, sur l'autel principal, puisque c'était Sunie qui était représentée -. Je restais perplexe devant cette trinité pendant quelques instants, m'abstenant de faire remarquer la chose aux deux jeunes femmes. Après tout, c'est pas le genre de réflexion qu'on attend dans la bouche d'un ignorant comme moi. Pendant les minutes qui suivirent, Jaia me taquina légèrement, sous l'œil moqueur de Mélodie, pour que je vienne prier dans sa chapelle. Comme si j'avais besoin de ça.

Sentant que je commençais à m'énerver, je laissais les deux prêtresses et j'allais voir le charpentier Roarel, histoire de lui parler de ma cabane. Il était en train de bâtir une palissade au sud du bourg : une bonne chose. Je lui touchai deux mots du problème qui m'amenait et il me promit de faire un tour avec moi sur place pour me dire combien je devais m'attendre à débourser. Avec un peu de chance, d'ici quelques temps, j'écrirais dans ce carnet, confortablement installé dans ma cabane.


La nuit était encore loin de tomber mais Leandrys s'allongea sur sa couche après avoir rangé ses affaires. Ressassant les évènements de la journée, il se mit à réfléchir à ce que lui avait dit Jaia. Et si après tout, lui aussi avait besoin de sa propre déesse sur qui compter ?
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:14

"C'est marrant comme à force de vivre de drôles de journées, on s'ennuierait presque lorsque la vie suit simplement son cours. Enfin, évidemment, je dis pas "presque" pour rien. A peine levé, je décidais d'aller faire un tour jusqu'à ma cabane, histoire de voir là-bas si j'aurai pas quelques idées d'aménagement. En chemin, je croisai un sanglier mais je n'étais guère d'humeur à jouer les chasseurs. Lui si par contre : quelques minutes plus tard, j'entendis sa charge furieuse derrière moi. Heureusement que j'avais ma hache en main. Dans le même temps qu'il me labourait les jambes avec ses défenses, je m'occupais de sa caboche. J'ai réussi à le faire plier avant moi mais il s'en est fallu de peu. J'ai traîné sa carcasse jusqu'à ma cabane qui se trouvait seulement à quelques pas et j'ai pris le temps de panser mes blessures à l'intérieur. Mon armure était dans un piteux état. D'ailleurs, à ce rythme-là, elle va pas faire long feu.

Quelques heures plus tard, après m'être rapidement reposé en songeant à ce qu'il faudrait que je fasse pour rendre la cabane habitable et avoir dépecé la bête, j'ai pris le chemin du bourg mais en cours de route, j'ai changé d'avis. Faut dire que deux orques en embuscade à seulement quelques pas du village, ça avait de quoi piquer ma curiosité. Du coup, j'ai obliqué en direction du sud après m'être occupé de ces deux déchets. J'ai fouillé un peu les marécages qu'il y avait dans le coin, mais à part des araignées et quelques maladies, il ne semblait pas y avoir grand-chose à attraper. Les bottes pleines de tourbe, je me suis donc enfoncé plus avant dans la forêt royale. Comme d'habitude, les lieux semblaient très calmes. J'en ai donc profité pour compléter ma carte de la région. Pendant un temps, y a pas eu de soucis et on pourrait même dire que les lieux étaient paisibles… Du moins jusqu'à ce que j'aperçoive deux archers avec la même tunique que ceux qui m'avaient attaqué avec Gronthar sur le pont de l'Etoilée. J'étais persuadé qu'ils m'avaient aussi vu mais ils ont continué à patrouiller. Je suis resté un certain temps à les observer : ils devaient sans doute garder quelque chose mais pas moyen de voir quoi.

J'aurai pu rebrousser chemin à ce moment-là. Certainement que j'aurai du d'ailleurs. Mais je craignais qu'ils n'attendent que ça pour cribler mon dos de flèches. J'ai donc fait la seule chose sensée qui me soit venu à l'esprit : leur foncer dessus en hurlant. Ca a du faire son effet parce qu'un des deux a pris ses jambes à son cou. Je voulais pas qu'il aille prévenir ses petits copains que je me promenais dans le coin alors c'est sur lui que ma hache s'est abattu en premier. Si Gronthar savait à quel point son hachoir est efficace… Le bandit ne s'en est pas remis. J'esquissai un rictus de satisfaction lorsque que je sentis une flèche dans ma cuisse : qu'est-ce qu'ils avaient avec mes jambes aujourd'hui ? Je me retournai vers le tireur, avec toujours ce même sourire carnassier aux lèvres. Le pauvre a été tellement effrayé qu'il n'a pas été capable d'encocher sa flèche avant que j'abatte ma hache en plein milieu de son front. On a beau dire qu'il y a pas besoin de faire dans la précision avec une arme pareille, le résultat est toujours impressionnant pour peu qu'on le fasse.



Après avoir nettoyait le sang qui maculait mon armure, je grimaçai en pensant à l'odeur que je devais dégager et résolus de me baigner à la première occasion. Par chance, j'ai réussi à sortir de la forêt une dizaine de minutes plus tard et j'ai pu prendre le temps de me laver dans une rivière qui se trouvait seulement à quelques pas de l'orée.

Considérant que j'avais suffisamment vadrouillé pour la journée, j'ai voulu retourner au bourg. J'étais pas au bout de mes peines… Première fois que ça m'arrivait depuis que je suis dans le coin : je me suis perdu. Et comme je fais jamais les choses à moitié, j'ai bien du passer cinq ou six heures à essayer de retrouver le chemin de Soirétoile. En désespoir de cause, je décidai de rebrousser chemin. Une chance qu'il y ait eu personne pour voir ma mine déconfite à ce moment-là.

J'ai fini par réussir à rentrer, pas bien fier de moi ni de très bonne humeur d'ailleurs. A la Chopine, un drôle de type discutait avec Aliandre et Germain. Je me suis assis un moment avec eux mais le bougre m'a rapidement fatigué, à force de se lancer dans des discours sans queue ni tête. Après m'être entretenu rapidement avec Aliandre, qui semblait se méfier du mendiant, je le laissais surveiller ce Jayth pendant que j'allais à la caserne, où j'avais quelques affaires à régler. Une fois dans le bureau du capitaine, tout s'est passé assez vite. Flaergan est pas du genre à s'étendre. Il m'a d'abord annoncé que la milice tenait sa première mission : on doit escorter un mage du coin, Marimmar, dans une drôle d'expédition qu'il doit mener pour la ville. Une histoire de pierre-tonnerre… J'ai pas tout compris. On aurait du s'en occuper ce matin mais il avait pas fini ses préparatifs. Le problème de l'équipement des miliciens a également été réglé. J'ai bien essayé de nous obtenir une espèce d'armure pour le service mais le capitaine m'a rapidement remis à ma place. Y en aura peut-être pour dire que je demandais ça juste parce mon armure est dans un piteux état, mais même pas…Tant pis.

Avant que je parte, le capitaine m'a remis une espèce de bague étrange, genre magique. Grâce à elle, je pourrai créer une lumière vive autour de moi de temps en temps. Ca m'avait pas l'air bien intéressant mais Hondh avait l'air d'y tenir alors j'ai accepté. Paraît-il que tous les Dragons Pourpres en ont une. Bien ma veine ça."


Leandrys reposa sa plume.

La fin de la journée précédente n'avait rien apporté de plus, si ce n'est quelques pièces pour la viande de sanglier qu'il avait ramenée à Pouce-Cailloux et une nouvelle discussion stérile avec Jayth. Le lendemain matin, ils avaient attendu le mage plusieurs heures en vain et s'étaient séparés lorsqu'ils avaient appris qu'il ne viendrait pas. La mission était reportée. D'humeur morose, le barbare avait regagné sa chambre et s'était mis à écrire. Comme toujours, il ne savait pas pourquoi il faisait cela ou du moins ne comprenait-il pas que c'est grâce à ça que son esprit était ensuite en paix.

Midi venait de passer. Leandrys bailla et s'allongea sur sa couche pour une petite sieste.
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Leandrys

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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:15

Leandrys rentra dans la Chopine en claquant la porte, ignorant les remontrances de Dunman, Helm et des clients. "Qu'ils aillent au diable !" pensa-t-il. Arrivé dans sa chambre, il lança violemment sa hache et son paquetage au sol puis s'installa au bureau sommaire qui meublait la pièce. Il resta ainsi prostré de longues minutes, les poings serrés. Enfin, le barbare exhala un long soupir et enleva son armure pour tenter de réparer les dégâts causés par Jayth et ces maudits orques. Par chance, il avait quelques pièces de cuir dans ses affaires et put la rapiécer, grossièrement du moins. Cela lui permit de recouvrer tout son sang froid et après mûre réflexion, il décida que le moment était parfait pour écrire dans son carnet.

"Les journées se suivent et ne se ressemblent pas. Je me plaignais il y a quelques jours du calme et voilà pas que j'ai failli mourir tantôt. Tout s'est passé si vite, j'en ai du mal à me rappeler ce qui s'est vraiment passé ces deux derniers jours. Pas que je confonde mes délires d'agonie avec la réalité mais bon. Ce type d'évènements, ça a le chic pour tout chambouler.

Je crois qu'hier, j'ai pas fait grand-chose. Enfin… J'étais parti chasser de bon matin le long des gorges de l'Etoilée mais j'ai fait brocouille comme on dit par chez moi. Plusieurs heures à marcher et tout ça pour rien. Du coup, comme je le fais de temps en temps en ce moment, j'ai simplement continué à marcher, à flâner comme le premier elfe venu, à profiter du coin en ajoutant quelques annotations à ma carte de la région. Ma promenade fut plutôt agréable, d'autant que j'ai découvert des coins dans lesquels j'avais jamais mis les pieds auparavant, notamment une futaie particulièrement paisible.



J'allais d'ailleurs du calme pour m'allonger sur un tapis de mousse près d'un vieux saule lorsque j'ai aperçu l'ombre d'un grand manoir. A quoi bon être chef de la milice si on peut pas se faire offrir un repas de temps à autre par les gens du coin. C'est ce que je me suis dit en allant toquer à la porte. J'ai attendu un moment sans qu'aucune servante bien en chair ne vienne m'ouvrir l'huis, un sourire entreprenant aux lèvres.

Un peu déçu, je suis reparti sans faire la moindre sieste finalement. Cette histoire m'avait donné faim. J'ai donc rebroussé chemin jusqu'à la grande route pour regagner Soirétoile. Comme si j'étais pas assez contrarié, deux sagouins m'ont pris pour une cible mouvante avec leurs arcs. Quand j'ai reconnu la tenue qu'il portait, que j'avais déjà vu sur des brigands du coin, j'ai pas hésité à leur asséner quelques coups de hache. Ma faucheuse… Enfin, ma nouvelle hache, parce que comme je le craignais depuis quelques jours, Gronthar était venu réclamer son arme. De mauvaise grâce, je lui avais rendu, en même temps qu'une armure en piteux état. Cet imbécile n'avait ensuite rien trouvé de mieux à faire que de me demander à adhérer à la milice ! Il venait presque de me voler ce que j'avais de plus précieux au monde ! Une chance pour lui qu'il y ait eu Aliandre à côté. J'ai réussi à me maîtriser et j'ai expédié la discussion assez rapidement. En fait, j'espérais bien que le nain vienne renforcer les rangs de la milice donc j'ai pas fait trop de difficultés pour lui donner les quelques réponses qu'il demandait. C'est le premier milicien que j'embauchais moi-même, Germain et Aliandre ayant été mis sous mon commandement par Flaergan. J'ai du avoir l'air fin à hésiter sur la manière de procéder. J'me demandais s'il fallait pas l'adouber ou une autre niaiserie du genre. De toute façon, j'avais plus de hache, la question était réglée. Je devais d'ailleurs allé voir le forgeron, donc je les laissais au bar de la Chopine avec la ferme intention de trouver une bricole qui me convienne chez Durthal. J'ai eu de la chance. Non seulement, j'avais les moyens d'acheter ce que je voulais mais en plus, la hache était en bien meilleure état que celle de Gronthar. Je suis juste embêté pour lui trouver un petit nom. Faucheuse, c'était le nom de l'ancienne. Enfin bref… Je nettoyais ma hache, les deux cadavres de bandits gisant à mes pieds lorsque je me suis dit que ces imbéciles devaient être originaires du coin et peut-être quelqu'un les connaissait-il en ville. Ramener les deux m'était impossible. J'en ai collé un dans un trou rapidement creusé, puis recouvert avec quelques mottes de terre. Avec l'autre sur l'épaule, je suis rentré au bourg.

C'est fou comment la vue du sang d'un homme peut te rendre effrayant. J'ai pas compris de suite pourquoi les villageois me lançaient de drôles d'œillades. C'est seulement quand j'ai vu la traînée de sang qui me suivait que je me suis rendu compte que j'avais une bonne partie de l'armure recouverte par une couche de sang visqueux. Les inconvénients des haches ça. Ca peut pas avoir que des avantages, faut dire. Me voilà donc arrivé à la caserne où je me déleste du poids mort. Manque de bol, Bran semblait mal luné. Il a pas fallu une minute pour qu'il m'ordonne de sortir. Genre j'allais salir le parquet de la caserne. J'ai croisé Aliandre et ce Jayth dehors alors que je me demandais que faire de ce satané corps : mon idée était pourtant bonne mais je me retrouvais avec un cadavre dont je savais pas trop quoi faire. L'idée de le porter hors du bourg et de l'enterrer comme l'autre ne m'attirait pas vraiment. En voyant Aliandre, j'ai eu le déclic : il me suffisait de le déposer au temple de Lathandre et ces bons prêtres s'en occuperaient ! Le jeune milicien semblait enchanté par mon idée. Jayth nous observait visiblement d'un œil narquois mais c'était le cadet de mes soucis. On a donc marché jusqu'au temple de l'aube, ou je sais pas comment ils appellent ça. Aliandre est allé parler au chef des lieux, Myrkyr je crois. Ca a pris quelques temps. Du coup, j'ai déposé le corps. J'ai aussi essayé de me laver un peu dans le bassin de la pièce mais j'ai bien senti les regards hostiles des prêtres du coin donc je suis retourné m'asseoir à côté du cadavre. J'ai somnolé pendant un petit moment avant qu'Aliandre ne réapparaisse avec Myrkyr. Jayth se trouvait également dans le hall, assis dans un coin. Le prêtre m'a demandé pourquoi j'apportais ce corps. J'ai bien failli me fâcher, moi qui croyais que c'était le genre de choses à quoi ces braves mecs servaient : enterrer les gens. Enfin bon, la rapide explication que j'ai trouvée a paru le satisfaire et à vrai dire, il a cessé de s'inquiéter de ma personne quand Jayth est venu le provoquer. J'en ai rapidement profité pour décamper sans demander mon reste.

Après m'être baigné rapidement dans l'étang de la Main Rouge, comme ils l'appellent par ici, je suis retourné à l'auberge. Aliandre puis Jayth m'y ont rejoint, chacun m'exaspérant à sa manière. Le premier a eu le culot de venir s'installer à côté de moi sur le canapé et le second se complaisait toujours dans son verbiage venimeux. Et là-dessus, voilà pas qu'Alton débarque. Genre la soirée ne promettait déjà pas assez. J'ai laissé ces trois imbéciles et je suis allé m'installer au comptoir pour prendre un bon repas. A vrai dire, si on excepte les champignons, le repas fut parfait. La digestion le fut moins. Alors que je finissais ma chope, Helm, le dragon pourpre en faction à la Chopine est venu me saluer. On a discuté tranquillement pendant quelques minutes jusqu'à ce que je fasse remarquer que Norema, la serveuse, était bien potelée comme il fallait. J'ai de suite senti qu'il aurait fallu que je la ferme sur ce coup là : la donzelle était sa fiancée. Je faisais marche arrière assez adroitement quand ce serpent de Jayth commença à glisser de vilaines allusions. Visiblement dans le genre jaloux, le garde était sur le point de se jeter sur moi quand je me suis levé pour intimer au mendiant l'ordre de se taire. S'agirait pas que ce Helm me gâte aussi la soirée. Non pas que j'ai douté pouvoir collé une rouste à ce balourd mais ça m'aurait valu à coup sûr des ennuis avec le capitaine, ça.

Plus tard dans la soirée, alors que presque tout le monde avait quitté la Chopine, j'ai pris une dernière bière en compagnie d'Alton et Aliandre. J'ai pas mal discuté avec la demi-portion, pas si méchante que ça finalement, au sujet des bandits mais il semblait en savoir aussi peu que moi. De fil en aiguille, on a fini par se mettre d'accord pour tenter d'en apprendre plus en explorant la forêt royale au sud-ouest le lendemain. Mais voilà pas que la nuit passée, alors qu'on était sur le point de partir, cet imbécile de Marimmar pointe le bout de son nez. Evidemment, il était dès lors exclu de faire autre chose qu'escorter sa majesté. Quelques dizaines de minutes plus tard, on était parti, en route vers le sud. On pénétrait à peine dans la forêt que j'en pouvais déjà plus. Alton ne nous avait pas encore rejoint parce qu'il avait une course à faire au bourg. Jayth, quant à lui, n'avait pas manqué l'opportunité de se lier au mage prétentieux. Par chance, ce dernier traitait son nouvel ami avec presque autant de gentillesse que nous… Le mendiant venait d'ailleurs d'essuyer une vilaine rebuffade lorsqu'une troupe d'orques nous fonça dessus. Ceux-là semblaient plus costauds que ceux que j'avais déjà affrontés. Il fallut pas une minute pour qu'Aliandre s'effondre. Quant à moi, j'avais déjà quelques vilaines blessures et je m'escrimais comme un chien enragé lorsque je sentis une violente brûlure dans le dos.

Comment on dit dans ces cas-là ? "Après, ce fut le noir, l'obscurité la plus totale semblait régner dans le monde de ténèbres dans lequel j'avais atterri. Et au loin, j'apercevais déjà un tunnel au bout duquel une étrange lumière blanche semblait m'appeler". Une bêtise du genre m'est arrivée, quoique sans la lumière blanche et le tunnel. La seule lumière que j'ai aperçu, c'est les bougies de ma chambre, dans le temple, quand je me suis réveillé, avec évidemment un sacré mal de crâne. Par réflexe, je portais la main à ma blessure dans le dos mais je ne senti que du cuir calciné : j'étais guéri. A vrai dire, j'étais même en pleine forme. Je suis sorti rapidement, après avoir récupéré mes affaires. Je croisai Aliandre dans le couloir et Alton nous rejoignit rapidement. Visiblement, c'est grâce à lui qu'on était encore en vie. Maintenant que j'y pense, je me rappelle pas l'avoir remercié. J'aurais peut-être du. Faut dire que j'avais autre chose à l'esprit sur le moment. Ce n'était pas un orque qui avait tenté de m'achever en me pulvérisant le dos.

Alors que j'allais sortir du temple, Jayth et Marimmar firent irruption devant moi, chacun avec son expression détestable sur le visage. Le mendiant esquissa un sourire étrange en me voyant et la chose ne m'échappa pas. Je n'hésitai pas une seconde, en le regardant, pour dire que la blessure qui avait failli m'être fatale n'était pas l'œuvre de ces satanés orques. Je lus l'indignation dans les yeux des deux mages mais un examen rapide permit à tout le monde de voir que je ne mentais pas. Je doutais que Marimmar puisse compromettre sa situation dans la région en m'attaquant. Et pour quelle raison d'ailleurs ? Certes, il ne me portait pas dans son cœur mais de là à me tuer… Jayth faisait un concurrent bien plus sérieux. Mal intentionné ? Maladroit ? Si j'avais su à ce moment-là ce qu'il en était, j'aurais certainement abattu ma hache sur sa caboche. Histoire d'éviter de faire une bêtise, je suis sorti, bientôt rejoint par Alton qui semblait partager mon antipathie vis-à-vis de Jayth.



Marimmar est sorti quelques minutes plus tard sans m'accorder la moindre attention. L'imbécile. Aliandre et Jayth arrivèrent ensuite. Le mendiant vint se placer juste devant moi et prononça ces quelques mots qui me font encore regretter de ne pas avoir pris ma hache en main : "Je ne suis pas un débutant". Ce n'était donc pas une maladresse. Je suppose que j'ai pris goût à la vie que je mène ici et que je me dis qu'un meurtre, même pour de bonnes raisons, ne ferait pas mon affaire mais je ne peux m'empêcher de regretter de ne pas avoir répliquer. Il doit me prendre pour un pleutre… Manquerait plus à ce que ça vienne à se savoir."


Avec un sourire un peu niais, Leandrys reposa sa plume et feuilleta avec une certaine fierté les dernières pages de son carnet. A ce rythme là, il lui faudrait bientôt un nouveau carnet, voire pourquoi pas un vrai grimoire. Il arracha soigneusement une page du petit livre avant de le ranger dans le coffre. Puis saisissant à nouveau la plume, il se mit à griffonner d'un air las quelques mots sur la feuille qu'il avait gardée. Quelques minutes plus tard, l'encre finit de sécher et il plia soigneusement le papier avant de descendre pour sortir de l'auberge. Leandrys parcourut la courte distance qui séparait la Chopine de la maison communale d'un pas traînant. A l'intérieur, il trouva Tzin et lui remit ce qui s'avérait être la liste des miliciens du bourg.

La nuit tombait déjà lorsque Leandrys sortit. N'ayant guère envie de regagner sa chambre, il s'installa au bord de la rivière à l'est du bourg observant avec indifférence le soleil décliner inexorablement dans le lointain horizon.
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:16

Leandrys passa devant l'échoppe fermée du tailleur en grommelant. Sa bourse ne pesait de toute façon pas bien lourd. Les manches de sa nouvelle armure attendraient s'il voulait payer les frais pour la rénovation de la cabane. Songeant avec amertume que quelques heures plus tôt, il tenait dans sa main une bourse avec plus de 50 lions d'or à l'intérieur, le barbare serra les poings de dépit et finit par se diriger vers la Chopine : en attendant de pouvoir aménager chez lui, c'était le seul endroit où il pouvait dormir - passer une nuit à la caserne n'étant pas une option envisageable. Arrivé dans sa chambre, il s'installa devant le bureau sommaire dont il disposait et sortit les affaires dont il avait besoin : plume, fiole d'encre et carnet. Se frottant les mains pour les réchauffer, l'hiver approchait décidemment à grand pas, il réfléchit aux évènements qu'il devait consigner. L'inspiration ne venant pas, il décida finalement de relire les dernières lignes qu'il avait écrites il y a quelques jours.

"Je dois couver une grippe ou une saleté du genre. Je venais presque de me lever quand je suis descendu dans la salle de la Chopine. Il y avait pas grand monde. Je me rappelle plus qui j'y ai vu d'ailleurs. Me semble bien que j'ai vu Aliandre. Et un nain aussi, avec un nom étrange. Du genre fort en gueule. Il a beau avoir les cheveux couleur cendre, va falloir qui comprenne qu'il y a des façons dont il faut pas me parler. Enfin bref… Je me suis endormi dans la salle sans que les blablateurs environnants me dérangent. Au bout d'un certain temps, j'ai fini par émerger. Les regards soit étonnés soit moqueurs que les clients présents me jetèrent m'ont rapidement agacés et j'ai fini par aller me recoucher. J'avais pas dormi aussi longtemps depuis une paye. Ca ne m'empêche d'être toujours fatigué au réveil. J'en ai même du mal à tenir la plume. Qu'est ce que ça va être avec ma fendeuse ?"

Fendeuse… Il avait fini par trouver un surnom à sa nouvelle hache. Ne sachant par quel bout prendre son récit, Leandrys sortit son couteau et entreprit de graver un sanglier dans le bois de son bureau tout en réfléchissant à l'escorte de la veille.

Le matin, les miliciens s'étaient réunis dans la salle de la Chopine. Aliandre ainsi que Germain étaient là mais Sombre également. Le guerrier avait fait irruption dans la salle de réunion de la milice, la veille, alors que Leandrys avait un bref entretien avec Ethan au sujet de la mine. C'est donc quatre miliciens, accompagnés par l'elfe au grand dam de Leandrys, qui s'étaient mis en route pour escorter Marimmar, aussi agréable en cette fin de matinée qu'il l'était habituellement. Soucieux de ne pas réitérer les erreurs de la tentative précédente, le barbare ouvrait l'œil comme jamais quand le petit groupe repéra un groupe de sentinelles orques prêtes à les cribler de carreaux. Sans perdre un instant, le barbare chargea, suivi de ses compagnons et à l'endroit même où l'escorte avait pris fin quelques jours auparavant, les orques furent tués un à un. L'expédition semblait donc commencer sous un jour favorable.
Leandrys prit sa plume et commença à écrire.

"Si on excepte les attaques des orques, l'embuscade des bandits, la traversée des marais, le retour dans l'obscurité la plus totale, l'expédition s'est plutôt bien passée. Je crois même qu'on pourrait parler de chance pour le coup. Après la première escarmouche avec les orques, des bandits nous attendaient de l'autre côté de l'Etoilée, sur une petite butte : un endroit qu'ils semblent décidemment affectionner... Le combat fut rude car ils étaient aussi nombreux que nous mais il faut croire qu'on était bien organisés parce qu'ils ont pas résisté bien longtemps. C'est pas l'aide du mage qui fut déterminante. Le bougre avait du être refroidi par le fiasco de la dernière fois : il restait en arrière à attendre. Sans doute voulait-il déguerpir rapidement en cas de débâcle. Toujours est-il que pour l'instant, on s'en sortait et avec les honneurs comme dirait l'autre. Je me suis chargé du chef des brigands. Costaud. Et bien équipé. J'ai fouillé dans sa besace histoire de voir si je tombais sur un indice qui permette de localiser leur camp mais je n'ai trouvé qu'une lettre et une chemise de maille. J'ai rangé rapidement tout ça dans mon paquetage et on est reparti après avoir vérifié que personne n'était grièvement blessé.

L'itinéraire choisi par le mage nous a mené dans les marais. Une gigantesque flaque de boue pleine de serpents et d'insecte : l'endroit rêvé… Quoiqu'il en soit, on a fini par en sortir et sains et saufs par-dessus le marché ! Le hasard voulut que l'endroit qu'on cherchait se trouvait juste à côté de ma cabane. On a du traverser la rivière à la nage pour rejoindre l'autre rive - si j'avais su que c'était là qu'on allait, je connaissais un chemin bien plus rapide.



A peine sorti de l'eau, alors qu'on était encore nu, des orques nous ont foncé dessus. C'est là qu'on voit à quoi ça sert une armure. Les trois carreaux que je me suis pris m'ont fouaillé les entrailles au point que j'en avais du mal à tenir debout. On a pourtant réussi à s'en sortir et le calme est revenu assez rapidement. Comme le mage en avait pour quelques temps à trouver ce qu'il voulait, j'en ai profité pour aller bander mes blessures et piquer un petit somme dans ma cabane, toujours dans un état si déplorable au passage. Je sortais à peine, le dos engourdi parce que je m'étais couché à même le sol, qu'une tripotée d'orques nous est tombée dessus. Autant dire que cette fois-ci, l'affaire n'a été ni rapidement ni efficacement expédiée. Ces saletés étaient plus costauds que leurs camarades, rencontrés plus tôt. On a sacrément dérouillé. On s'en serait peut-être mieux sortis si le mage n'avait pas endormi la moitié de la troupe avec un sort.

Marimmar jouait pas les fiers-à-bras quand on a fini par être hors de danger. Il nous a dit qu'il avait ce qu'il voulait et on est rentré aussi vite qu'on le pouvait avec la nuit tombante. Un peu avant d'arriver au bourg, on est tombé sur Jayth. J'ai fermé mon clapet pendant le reste du trajet histoire de pas passer pour un imbécile auprès de mes recrues mais c'est pas l'envie qui me manquait de lui flanquer mon poing dans le museau. Lorsqu'on est arrivé, j'étais dans un piteux état et je suis rapidement allé me coucher. L'escorte avait malgré tout été un succès. Marimmar avait ce qu'il voulait, les miliciens étaient saufs et mon orgueil aussi : c'est le capitaine qui allait être content.

Ce matin, j'ai lu la lettre que j'avais trouvé sur le brigand : le message d'un tourtereau à sa tourterelle. Comme j'avais pas grand-chose de prévu pour la journée, je me suis mis en tête de trouver la donzelle. C'était sans compter sur ce satané Jayth. La fille s'appelait Anabelle. J'en parlais d'abord à Dunman mais lui n'en avait jamais entendu parler. A ce moment-là, j'ai remarqué le perfide en sortant de la Chopine mais j'ai pas fait attention à lui. Quel imbécile je suis par moment…

Je suis allé faire mon rapport sur l'escorte de la veille au capitaine. Il a paru plutôt content mais guère surpris : faut croire qu'il avait confiance malgré tout en la milice. Après ça, je me suis mis à recherche l'Anabelle de la lettre, que Flaergan ne connaissait d'ailleurs pas. J'ai fini par atterrir à la Lanterne Basse où Aliandre et Jayth étaient en train de poser des questions à Maéa sur une certaine Anabelle. Je n'ai pas cru à une coïncidence. Dire que ça m'a passablement énervé serait très loin de la vérité. Non seulement ce Jayth se fourrait encore dans mes pattes mais Aliandre, le milicien que j'estimais le plus, frayait avec ce coquin. Ils m'ont raconté une histoire abracadabrante et les airs faussement sincère de Jayth m'agaçaient presque autant que la détermination d'Aliandre, qui se croyait dans son bon droit. Après que je lui ai exposé les raisons de ma quête, il a semblé fléchir mais pour en avoir le cœur net, il nous a fallu chercher Anabelle. On a passé plusieurs heures à questionner les marchands en vain. Tout au plus a-t-on appris qu'il y avait bien une fille de ce nom dans le coin et qu'elle venait régulièrement faire le marché. Ca m'a rapidement fatigué. J'ai montré la lettre à Aliandre pour lui prouver ma bonne foi. Je lui ai aussi remis les lions d'or que j'avais obtenus de la revente de deux colliers trouvés sur les bandits.

J'aurai du les garder parce que la somme que Roarel m'a demandé pour la rénovation m'a foutu le moral dans les chausses. Car immédiatement après avoir laissé Jayth et Aliandre, je suis allé voir le charpentier, comme on en avait convenu il y a quelques temps, pour qu'il jette un coup d'œil à la cabane. Le trajet a été rapide. Tout au plus a-t-on été retardé par un sanglier, visiblement chagriné que j'essaie pas de le tuer. Pour la peine, je l'ai dépecé et j'ai récupéré une bonne partie de la viande qu'il avait sur les os. Les blessures qu'il m'avait infligées aux jambes méritait bien ça. La visite avec Roarel a été assez rapide. Faut dire qu'il y avait pas grand-chose à voir. Si je veux remettre la cabane à neuf, je vais devoir débourser près de 200 lions d'or. Une fortune : je me demande si quelqu'un au bourg possède une bourse aussi importante. Entre ça et les orques qui rôdent dans le coin, j'ai bien l'impression que mon idée était pas si géniale que ça en fait. Enfin bon, ça m'empêchera de faire tout ce que je peux pour l'avoir cette cabane. S'agirait pas que je passe pour un imbécile au bourg."
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:16

"Il arrive parfois, même plus souvent qu'il n'y semble, que le soleil se couche sans que j'ai failli mourir plusieurs fois dans la journée. C'est le genre de moments agréables qui laisse un doux sentiment quand on se retrouve au calme dans sa chambre, comme je le suis là. A se demander parfois si je suis pas fait pour une vie plus calme tant j'apprécie la quiétude du quotidien quand elle daigne pointer le bout de son nez.

J'ai passé une partie de la matinée à rechercher la donzelle à qui la lettre que j'avais trouvée était adressée mais rien. Pas la moindre trace de cette Anabelle. J'ai pourtant pris le temps de frapper à toutes les portes du bourg. Avec ma veine, elle doit habiter une ferme éloignée... J'ai fini par abandonner. Je voyais pas quoi faire du reste de ma journée. Aucune jeune recrue en ville et aucune affaire pour la milice. Mes dernières expériences à la chasse ne m'encourageaient pas à repartir en solitaire. Je me demandais donc que faire quand la rumeur d'un raid sur les champs lathandrite me revint à l'esprit. Elle avait déjà fait le tour du bourg et après y avoir un peu réfléchi, j'étais motivé comme pas deux pour avoir le fin mot de cette histoire. Je suis donc allé faire un tour dans le coin et j'ai pris la route des Gorges de l'Etoilée, puisque c'est semble-t-il là que les mystérieuses bestioles s'étaient dirigées. J'ai traîné un long moment par là-bas même si le ciel était plus que maussade mais je n'ai pas trouvé la moindre trace d'éventuels assaillants, si ce n'est quelques kobolds à l'entrée des catacombes. Comme j'en avais entendu des vertes et des pas mûres sur ces derniers, j'ai décidé qu'aller y traîner était peut-être pas la plus sage décision à prendre. J'ai donc lentement suivi le chemin du retour vers Soirétoile, sans plus d'information que je n'en avais à l'aller.

Sans trop savoir pourquoi, je me suis installé à l'ombre d'un arbre près de la Maison de l'Aube. Je ne sais pas combien de temps je suis resté ainsi à somnoler mais c'est en tout cas Mélodie qui me sortit de ma torpeur. L'intendante semblait de bonne humeur et je voulais lui poser une question à propos de cette mystérieuse lettre. Le sourire aux lèvres, j'allais me lancer quand le fringant Ethan fit son apparition, la bouche en cœur avec son air joyeux habituel. Voilà pas qu'il se lance dans des salutations chaleureuses sans me prêter la moindre attention et qui plus est s'accapare la prêtresse en lui annonçant qu'il devait lui parler en privé. J'aurai pu m'énerver. D'ailleurs, il y a quelques temps encore, je me serai énervé mais bon, j'en voyais pas l'intérêt. Avant qu'un des deux ne dise quoique ce soit, je les ai salué et j'ai pris la poudre d'escampette, avec certainement un air plus contrarié que je n'aurai aimé qu'il le voit.

La fin de la journée était encore lointaine du coup, je suis allé fureter au sud-ouest près de la rivière Pâlechance. Je connaissais pas trop les environs alors j'en ai profité pour flâner un peu en prenant soin de rajouter quelques annotations à ma précieuse carte. Les heures ont ainsi passé sans que je m'en rende vraiment compte. Il a fallu que j'y vois plus suffisamment pour écrire pour me rendre compte que le soleil se couchait.

Le retour au bourg fut rapide mais sans entrain. Depuis quelques temps, les quelques connaissances que j'ai dans le coin se font rares. A vrai dire, je sais même pas depuis quand j'ai pas vu Jaia ou d'autres. Et comme si ça suffisait pas que les quelques uns qui me paraissent sympathiques ne soient pas là, ceux qui me fatiguent traînent toujours dans les parages. En entrant dans la Chopine, j'ai aperçu Jayth. Ethan était avec lui, à ma place ce qui n'a pas manqué de rendre à mes yeux l'elfe aussi peu sympathique que l'autre va-nu-pieds. Plus par dépit qu'autre chose, je me suis installé avec eux.

On a discuté pendant quelques temps ou du moins Jayth a parlé un moment. Je sais pas quel jeu il joue mais j'ai l'impression même s'il ne me l'avouera pas j'en suis sûr, qu'il regrette ce qui s'est passé et tâche de faire amende honorable. En tous les cas, il a paru concerné par la situation du bourg, l'action de la milice et la mienne en particulier. Le problème fut que son discours était aussi pompeux et ennuyant que les précédents étaient perfides. Je n'ai pas tardé à tirer ma révérence pour passer une bonne nuit de sommeil bien méritée après les heures de marche de la journée.

Ce matin, je suis tombé sur Ethan, encore lui, et Mélodie. Les deux semblaient avoir pour projet, comme moi hier, de s'occuper de cette histoire de champs. Je me suis donc naturellement joint à eux. De fil en aiguille, on a fini par apprendre que c'était une bande de kobolds qui étaient responsables. Et voilà pas qu'on était reparti pour passer au peigne fin les gorges. Je me suis abstenu de dire que j'avais déjà fouillé le coin la veille. Après tout, si ça les amusait de passer leur journée sous des trombes d'eau à chercher les traces de quelques kobolds affamés, ça me convenait aussi parfaitement. Ce que j'avais pas prévu, c'est qu'on finirait dans les catacombes. En effet, après que Mélodie eut observé l'endroit où la foudre avait frappé - juste à l'entrée de l'immense crypte-, on a décidé de jeter un coup d'œil à l'intérieur.

J'étais assez curieux de voir à quoi ressemblait le haut lieu du tourisme local. On peut dire que j'ai été sacrément déçu. D'une part, on est pas resté plus d'une quinzaine de minutes et j'ai donc pas pu voir grand-chose. D'autre part, le peu que j'ai ne semblait pas si enthousiasmant que ça. Quoique les passages secrets et la horde de mort-vivants qu'on a croisé furent pour moi une belle surprise. Visiblement les zombies ont pas mal effrayés mes collèges parce qu'ils se sont dépêchés de déguerpir quand ils ont vu qu'il s'en relevait de nouveaux sans cesse. Je trouvais ça plutôt marrant moi pourtant, surtout qu'ils étaient pas bien solides... Mais bon, une fois seul, j'ai pas eu vraiment d'autres choix que de les rejoindre. On s'est retrouvé dehors quelques instants plus tard. Les lieux avaient changé et cela semblait les inquiétait. Le retour promettait d'être gai...



Entre les gouttes de pluie, on est parvenu à la conclusion que les kobolds avaient du être expulsés des catacombes par ces sympathiques zombies qu'on avait croisé. C'est sympa de voir que ce genre de saletés se battent aussi entre eux. Ethan nous a aussi parlé du fantôme qu'il avait affronté dans la mine. Il devait être impressionnant parce que je crois pas avoir déjà vu l'elfe aussi effrayé. J'étais d'ailleurs en train de l'asticoter lorsqu'on a croisé la route d'un loup. Il a fallu quelques secondes seulement pour que la bête gise au sol. Deux minutes plus tard, je rangeais sa peau dans mon paquetage. Mélodie arborait un air indifférent mais l'elfe semblait contrarié. Genre j'aurai du laisser le pauvre loup en vie parce qu'il ne m'aurait pas attaqué. Tu parles d'un naïf... Quoiqu'il en soit, quand je lui ai dit que c'était un moyen comme un autre de gagner sa croûte, j'ai bien cru voir une lueur cupide dans son regard. Manquerait plus que ce bellâtre fasse fuir le peu de gibier qu'il y a dans le coin.

Une fois de retour au bourg, j'ai pu enfin toucher un mot à Mélodie de mon histoire de lettre. Elle m'a promis de regarder ça rapidement. Une chic fille cette prêtresse. J'aurai bien descendu deux ou trois pintes avec elle mais la donzelle était fatiguée et je me suis retrouvé seul à la Chopine. Pas marrant de boire seul."


Dans un mouvement machinal, presque rituel, Leandrys rangea soigneusement ses affaires. Son coffre était presque vide par rapport à la veille. Il avait vendu le matin même quelques vieilles trouvailles qui ne lui servaient à rien et avait ainsi eu l'heureuse surprise de constater qu'il pourrait d'ici quelques temps retourner voir Roarel. Au fond de son coffre reposaient quelques peaux de sanglier. Le tanneur du coin n'en voulait pas, aussi le barbare s'était-il résolu à les garder comme des espèces de trophées. Sa vielle armure de cuir et sa tenue citadine étaient également rangées. L'espace d'un instant, Leandrys chercha des yeux sa pierre. Auparavant, il avait coutume de passer quelques minutes à observer l'agate sanglante avant de s'endormir. Regarder le cœur de cette étrange pierre lui procurait un sentiment de paix intérieur, sans qu'il s'explique pourquoi. Le premier ingrédient de la quête qu'il eut trouvé. Le seul jusqu'à maintenant. Cette même quête qui l'avait fait quitté les froides contrées du nord. Pendant longtemps, il s'était servi de cette commande comme d'un prétexte pour ne pas retourner à Delhalls. La découverte inopinée d'un des ingrédients principaux l'avait pris de court mais par la suite, il n'avait vu là qu'un argument supplémentaire pour affirmer que sa quête n'était pas vouée à l'échec, et donc retarder ainsi le voyage de retour. Néanmoins, quoiqu'il en dise, cette chimère qu'il poursuivait depuis plusieurs années était profondément ancrée en lui et la perte de l'agate avait été un terrible coup du sort. Grommelant en songeant qu'il lui faudrait retourner dans la mine, Leandrys se jura alors de n'en sortir qu'une fois l'agate sanglante retrouvée.


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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:18

"La nuit tombait déjà quand je suis descendu dans la salle de la Chopine. On ne peut pas dire qu'il y avait du monde. A vrai dire, il y avait même presque personne : seul Jayth trônait dans un coin. La soirée s'annonçait morne et les insinuations déplaisantes de ce bougre de mendiant me parurent presque une aubaine pour accompagner ma bière. Malheureusement, il devait être plutôt bien luné : je me rappelle pas qu'il ait lancé une lancé une seule pique. Faut dire que rapidement on a dévié sur un autre sujet : le mage qui était emprisonné à la Maison Communale. Non pas que ça m'ait vraiment intéressé au début mais au bout de quelques minutes, j'ai réalisé que le mage devait savoir pas mal de choses sur son compagnon le gnome, qui m'avait filé entre les doigts quelques semaines plus tôt. Et comme si la honte n'avait pas été forte, j'avais été jusqu'à accuser un des héros du bourg d'être le fugitif. Sans prendre le temps de saluer le mendiant, j'ai filé au pas de course jusqu'à la Maison Communale.

Après une rapide discussion avec l'intendant Tzin, j'ai obtenu la permission d'interroger le prisonnier. Malheureusement, ce Moth ne semblait pas disposé à aider. J'ai donc tenter de l'amadouer en lui proposant un peu plus de confort dans sa cellule - nourriture, couche, livres ...- en contrepartie d'informations. Ca n'a pas semblé lui déplaire d'autant que j'ai affirmé glisser un mot en sa faveur à ses juges s'il daignait coopérer. Il a néanmoins exigé un document signé des autorités. Vu l'heure tardive, Tzin a proposé de s'en occuper le lendemain matin et en effet, lorsque après une courte nuit de sommeil, je suis revenu, il s'en était acquitté. Mais une fois redescendu, le mage n'a pas voulu me croire alors que je lui présentais pourtant un parchemin signé de la main même de l'intendant et a exigé de voir l'intendant en personne.



Si j'avais su le coup fourré qu'il préparait, je lui aurais certainement collé mon poing entre les deux yeux, mais voilà, une fois entré avec Tzin dans la cellule, une espèce d'œil flottant s'est précipité en dehors de la cellule. Ni une, ni deux, j'ai tenté de le poursuivre. Mais le neunoeil volait littéralement, et une fois qu'il m'eut distancé, impossible évidemment de suivre sa trace. Malgré la fatigue, je sprintai jusqu'aux cellules de la maison communale, et pour cause, je craignais que Moth ait profité de l'agitation pour mijoter je ne sais quel mauvais tour. Par chance, l'intendant le tenait en respect. Il menait un interrogatoire musclé, n'hésitant pas à user de sorts pour faire parler l'assassin, mais sans succès. La découverte du complice du mage me tenait à cœur mais celle des commanditaires du meurtre d'Auldo prévalait pour Tzin. Néanmoins, au bout d'un certain temps, las de n'obtenir aucune réponse, nous avons laissé cet imbécile croupir dans sa cellule et j'ai quitté les lieux, exaspéré d'avoir gâché une partie de la nuit et presque toute la journée avec une entreprise aussi futile.

J'avais besoin de me défouler, de faire quelque chose. Ca tombait bien, j'avais toutes mes affaires sur moi. Je rejetai rapidement l'idée d'une chasse au vu de l'heure tardive mais il fallut plusieurs minutes pour penser à autre chose. Finalement, je décidai de partir explorer la mine de cuire à la recherche de mon agate perdue. Plus les jours passaient, plus le joyau me manquait et l'idée me séduisit donc de suite. Le trajet me permit de me dégourdir les muscles et j'arrivai ainsi en pleine possession de mes moyens à l'entrée de la grotte. Sur le moment, je me rappelle avoir hésité un court instant, songeant que j'étais seul, que je n'avais pas pris mon armure de cuir pour faire face aux monstres rouilleurs, qu'Ethan avait parlé d'esprits puissants qui hantaient les lieux. Malheureusement, la perspective de retrouve la pierre sanglante devait obscurcir mon jugement car je balayai rapidement toute objection à ma future exploration. Longue et laborieuse elle fût. Arpenter la totalité d'une mine immense en progressant au ralenti n'avait somme toute rien de glorieux. Je croisais quelques striges peu dangereuses, évitais quelques scarabées en raison du douloureux souvenir qu'il m'avait laissé, ainsi qu'un esprit qui semblait rôder dans les longues allées de la mine. De mon agate, pas la moindre trace au premier niveau, ni au second.

Je n'ai pas pu explorer complètement le troisième. Au détour d'un couloir, j'aperçus la silhouette d'un monstre rouilleur, qui ne perdit pas une seconde pour se jeter sur moi. Impossible de faire demi-tour, je le savais. D'autre part, avec ma chemise de maille et ma hache en main, je me savais en mauvaise posture. Pestant contre mon imbécillité, je jetais à quelques pas mon arme à défaut de pouvoir enlever mon armure. Il suffit à la créature seulement deux tentatives pour réduire à l'état de poussière ce que je portais. Je songeai alors que par chance, il me restait mon écu de bois mais c'est à croire que le monstre lisait dans mes pensées car une de ses étranges tentacules toucha l'armature métallique du bouclier, dont les planches de bois se désolidarisèrent immédiatement. Ma seule satisfaction est que j'étais seul à ce moment-là. Encore indemne, je faisais face à ce monstre rouilleur tentant de lui asséner des coups de poings maladroits mais cette saleté m'agrippa la main et je ne pus m'en détacher qu'au prix de la chevalière, que je portais au doigt depuis mes noces, une quinzaine d'années auparavant. Le ridicule de la situation était tel que je finis par exploser de colère. Ne me préoccupant plus des tentacules de la bête, je fonçais dessus en la cognant aussi fort que je pouvais.

Je me rappelle seulement m'être réveillé plus tard, le corps recouvert de brûlures nauséabondes, avec le cadavre du monstre étalé à côté de moi. Après m'être relevé avec peine, j'ai récupéré ma hache et filé aussi vite que mon état me le permettait. J'ai bien cru mourir de peur en voyant surgir devant un de ces esprits dont Ethan m'avait parlé. Par chance, j'ai réussi à lui échapper. Sortir de la mine après ça fut beaucoup plus facile. Le retour au bourg également, la fraîcheur nocturne ayant un étrange effet apaisant sur mes blessures. Une fois arrivé à Soirétoile, je courus sans me retourner jusqu'à la Chopine, et me ruai alors aussi vite que possible jusqu'à l'étage.



L'application du seul baume efficace que je possédais me prit presque une heure et la nuit qui suivit ne fut pas des plus agréables, mais au réveil, j'étais en parfaite forme. C'est donc d'un pas décidé que je descendis déjeuner. Et voilà pas que Dunman me parle d'une histoire d'attaque pendant la soirée précédente : un étrange œil volant aurait attaqué le bourg, blessant une pauvre femme et tuant même une enfant. Je l'avais laissé s'échapper et n'avais même pas été là pour protéger le bourg à son retour. Il ne faisait en effet aucun doute pour moi que c'était bien la créature de Moth dont il s'agissait. La culpabilité me rongeait lorsque je sortis à la recherche d'informations. Un Dragon Pourpre en faction m'en fournit suffisamment pour confirmer mes soupçons. Fou de colère, je descendis voir le mage, qui joua les surpris. Par je ne sais quel miracle, j'ai réussi à me retenir l'exécuter sur le champ. Au lieu de ça, je me rendis à la caserne pour raconter toute l'histoire à Flaergan et lui demander par la même occasion son avis mais alors je finissais à peine mon récit, Bran fit irruption dans le bureau du capitaine : Moth venait de se faire passer à tabac par ses gardes et réclamait ma présence.

Sans aucun doute, le mage avait-il compris que sa dernière folie l'avait placé dans une situation critique. L'ire des villageois, causée par la mort de la fille de Bénédicte, entraînerait sou peu sa perte. De fait, lorsque le capitaine, qui m'avait suivi pour l'occasion, et moi arrivâmes, il semblait plus enclin à parler mais surtout dans un sale état. Les gardes, que Flaergan sermonna longuement, ne l'avaient pas manqué. Moth accepta sans plus de cérémonie de parler pour peu qu'on le soigne, et qu'il puisse se laver et manger. Ayant notre garantie, il dévoila suffisamment d'informations pour que nous lui accordions le droit de reprendre ses forces, grâce aux vertus conjuguées d'un repas, d'un bon bain, et surtout de soins réparateurs."


Après un bref entretien avec Tzin et Flaergan, Leandrys avait quitté la Maison Communale quelque peu préoccupé. Dire qu'il regrettait de s'être mêlé de cette affaire ne reflétait que modestement la réalité. Il était près de midi mais le barbare n'avait étrangement pas vraiment faim, aussi ne commanda-t-il qu'un pichet de bière à la Chopine Solitaire. Une quinzaine de minutes plus tard, Leandrys vida sa dernière choppe, songeant avec amertume qu'il se serait bien contenté d'un accident de chasse ou la perte de son armure comme seul souci.
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:18

Le bourg était étrangement calme, comme si une veillée funèbre se préparait. Guère le genre d'ambiance qu'appréciait Leandrys somme toute. C'est pour cela qu'il ne s'attarda pas à la Chopine ce matin-là. Sa grande carte sur l'épaule, il était parti à l'ouest du temple près de la rivière Pâlechance dans l'espoir de compléter son repérage des lieux. Lorsqu'il déplia sa carte et commença à y apporter quelques annotations, seule une légère brise brisait le silence ambiant.

Le barbare n'entendit pas la flèche qui fendit l'air derrière lui, du moins jusqu'à ce qu'elle se loge entre ses deux épaules. Se relevant à grand peine, il regarda d'où venait le tir et aperçut deux bandits de l'autre côté du cours d'eau. Leandrys parcourut la distance qui le séparait des hommes aussi rapidement que sa blessure lui permettait mais il ne fut pas assez rapide : le temps qu'il arrive à eux, deux autres flèches étaient venues se loger dans son armure et chacune d'elle avait atteint ses entrailles. La douleur lui fouaillait le ventre mais Leandrys trouva la force de lever sa hache et de l'abattre sur un des bandits, lequel s'effondra aussitôt. Le second, affolé, recula de quelques pas et tira une flèche qui toucha le barbare à la poitrine, ayant raison de sa résistance. Il s'affaissa lentement jusqu'à finalement s'effondrer au sol, luttant pour recouvrir quelques forces.

La terrible torture dura de longues minutes. Le bandit n'avait pas cessé de tirer sur son adversaire, alors au sol, mais toujours aussi apeuré, ne le touchait que rarement. Le sort voulut qu'il y parvienne en deux moments cruciaux, alors que Leandrys avait trouvé à chaque fois l'énergie de se relever. Et finalement, il s'évanouit, non sans jurer en pensant que s'il se réveillait, il pouvait dire adieu à tout ce qu'il possédait.



Un peu plus tard, il ouvrit les yeux. Les bandits avaient disparu mais le barbare était toujours aussi mal en point. Il rampa jusqu'au cours d'eau pour s'y abreuver et récupérant quelque peu, il songea que ce ne serait pas cette fois-ci qu'il la rejoindrait...
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:18

Il avait fallu quelques jours pour que Leandrys se remette complètement de la rouste qu'il avait reçue sur les rives du cours d'eau que les gens des alentours nommaient Pâlechance. Le capitaine de la milice avait craint pendant un moment que l'histoire ne fasse le tour du bourg mais visiblement, seules quelques personnes avaient entendu parler de sa mésaventure. Son seul souci restait désormais ses affaires. C'est le jeune Sombre, l'ayant ramené au bourg, qui avait conservé ses quelques possessions, sa hache y compris. Il avait certainement voulu bien faire en la conservant mais il ne fallut pas longtemps à Leandrys pour se convaincre presque du contraire.



Le bourg était pour ainsi dire désert. Tout au plus le barbare croisa-t-il Mélodie, qui pour arranger son humeur n'avait pas retrouvé cette Anabelle, et une halfeline qui s'en venait visiter la région. Leandrys aurait bien passé un peu de temps en compagnie de l'intendante, profitant qu'elle semblait pour une fois quelque peu disponible, mais craignant qu'elle interprète cette initiative, il préféra la laisser seule.
Une bien triste journée.

La nuit fut cependant un peu moins calme. A peine Leandrys était-il couché que Toril sembla trembler. Le vacarme fut tel qu'il réveilla le barbare, ce qui n'était pourtant pas chose aisée en temps normal. Croyant avoir rêvé, son sommeil étant tourmenté par d'étranges cauchemards depuis quelques temps, il descendit dans la salle commune et Dunman, qui alors sur le point de fermer l'auberge, lui confirma que la terre avait bien tremblé. Grommelant, Leandrys remonta doucement jusqu'à sa chambre en songeant qu'il aurait volontiers apprécié la présence d'une fille de joie pour égayer sa nuit...
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:19

"J'en étais presque à me plaindre des quelques jours tranquilles qu'on avait ces derniers temps à Soirétoile. Si j'avais su que la mort pointerai à nouveau son nez si vite, j'aurai au moins un peu essayé d'apprécier à sa juste valeur mon ennui. Quand je me suis levé ce matin, tout avait pourtant plutôt bien commencé. Un lait de chèvre chaud, quelques tranches de pain et j'étais parti pour me la couler douce auprès du feu à la Chopine. Faut dire que le temps de ses derniers jours en vient presque à me rappeler celui de Delhalls. Un vent pas possible, de la neige presque en permanence : rien de bien réjouissant. Personne me croirait si je leur disais que je suis dans le genre frileux. La seule chose qu'il y a de bien avec le froid, c'est qu'il suffit de se coller dos à un bon feu de cheminée pour revivre. Le peu de fois où j'ai traîné mes guêtres dans des contrées chaudes, j'ai bien cru que j'allais y laisser ma peau. Ca tanne la peau comme si on voulait en faire un manteau et pour se rafraîchir, il faut avoir la chance de trouver un point d'eau dans lequel on peut plonger sans avoir l'impression de barboter dans la pisse d'âne. La fraîcheur, c'est pas si mal après tout. Reste à voir si ce satané temps va durer. Hier encore, je suis allé dans les bois voir si je trouvais pas une bricole dans les bois pour Pouce-Cailloux. Non seulement j'ai rien trouvé mais en plus, je me suis fait surprendre par la nuit et la neige. J'en menais pas large en rentrant au bourg.



Installé bien confortablement dans le canapé de la Chopine, j'ai aperçu Sombre. Une sacrée chance. Ca faisait une paye que je l'avais pas vu et en plus, c'est lui qui avait récupéré mes affaires lors de l'affaire des bandits. Visiblement, il n'en avait pour ainsi dire pas parlé autour de lui, si ce n'est à Dunman. Deux raisons d'être content de lui. Après une rapide discussion, il m'a remis quelques unes de mes affaires, oubliant seulement l'anneau-lanterne que m'avait confié Flaergan. Sur le coup, ça ne m'a guère perturbé mais lorsqu'un peu plus tard dans la journée, il me dit l'avoir perdu pendant une escarmouche avec des bandits, j'ai regretté de pas lui avoir réclamé plus tôt. Je vais avoir l'air malin si le capitaine me parle de l'anneau. J'ai croisé Mélodie un peu plus tard. Toujours aussi peu affable. Peut-être moi qu'elle a du mal à supporter. Aucune idée. En tous les cas, elle s'était décarcassée pour avoir mon information. Elle a en effet retrouvé la trace d'Anabelle. Paraissait-il qu'elle passait pas mal de temps dans le coin de la quincaillerie. Après l'avoir remercié, j'ai enfin pu aller me débarrasser de cette lettre qui traînait dans mon coffre depuis déjà quelques temps maintenant. La donzelle fut plutôt reconnaissante d'avoir enfin des nouvelles de son fiancé. Je me suis attardé un peu, le temps de la rassurer sur la santé de ce dernier - c'est le messager et pas le fiancé qui s'était fait alpaguer par les bandits, encore eux - et je suis ensuite rentré au bourg. J'ai fait un arrêt rapide chez le capitaine et le temps d'échanger quelques idées avec lui en buvant un verre, j'étais reparti.

J'étais donc de nouveau dans le canapé de la Chopine lorsque j'ai appris que c'est aujourd'hui qu'aurait lieu le procès de Moth. Le temps de saluer Dunman et j'étais en route pour la maison communale. Ils allaient commencer lorsque j'ai frappé à la porte. J'ai senti quelques regards surpris mais ils ont accepté que j'assiste au procès, en tant que maître d'armes de la milice, alors qu'il se tenait à huis clos. Y avait pas grand monde. Un garde ou deux, Flaergan, Tzin, sa seigneurie au nom imprononçable et Mélodie. Elle était assise dans un coin pour coucher sur papier tout ce qui se passait. Que de dire de ce qui s'est passé ? Une mascarade : peut-être. Une perte de temps : à n'en pas douter. La culpabilité de cette saleté de mage n'était pas à prouver. J'aurai bien aimé avoir quelques informations sur ses fameux collaborateurs, mais cet imbécile s'est contenté de jeter leurs noms au visage des juges, sans apporter la moindre preuve. Mélodie et Alton. Devais-je m'en étonner ? Ca ne pouvait être qu'eux. Reste que sans aucune preuve à réfuter, l'intendante n'a eu qu'à inventer une minable histoire de soupirant éconduit. Autant dire que la révélation de Moth n'a donc pas servi à grand-chose. Visiblement déçu qu'on n'accorde aucune considération à ces paroles, le bougre s'est jeté sur Mélodie. Quelques instants plus tard, il gisait au sol, inconscient. Le procès se conclut sur cette note ridicule. L'exécution aurait lieu immédiatement après. Je pouvais encadrer ce foutu mage mais j'ai jamais aimé ce genre de choses. Me restait plus qu'à rentrer à la Chopine.

A croire que j'y passe le plus clair de mon temps. Remarque, quand je regarde ces derniers jours, c'est pas loin d'être faux. D'ici quelques temps, ce sera peut-être à la cabane que je m'attarderai mais avec le temps qu'on a depuis le début de l'hiver et l'état de ma bourse, j'ai bien peur de ne pouvoir faire travailler le charpentier qu'au printemps. Je réfléchissais à la manière d'obtenir les lions d'or qui me manquaient lorsque Jayth est arrivé. Ce serpent ne savait même pas qu'au moment même où on se parlait, Moth se faisait exécuter. Pendaison je crois. J'en ai donc profité pour tourmenter ce faux mendiant en lui parlant du procès du mage. Ca l'intéressait et pas qu'un peu. C'est marrant mais si j'oublie qu'il a essayé de me tuer, j'en viendrai presque à trouver marrant de discuter avec lui. Il a fallu que du monde, en l'occurrence Sombre, Alton et une jeune femme nouvelle dans le coin, arrive pour qu'il reprenne ses sales habitudes. La donzelle était une adepte de Lathandre. Faut croire que sans le temple, il n'y aurait pas de passage au bourg ou presque. Elle semblait plutôt sympathique mais supportait difficilement la présence de Jayth. L'odeur peut-être.

Le capitaine Flaergan est arrivé un peu plus tard à la Chopine, et spécialement pour me parler en plus. On s'est donc mis un peu à l'écart et il m'a entretenu d'une mission que confiait le temple à la milice. Aliandre avait disparu depuis quelques temps et l'hypothèse la plus probable était qu'il s'était rendu seul dans les catacombes. L'imbécile. Il fallait qu'on le retrouve. Une mission risquée mais le futur prêtre était visiblement apprécié en ville puisqu'en plus de Sombre, Férostil et moi, assignés à la mission, Jayth et la jeune Sana se joignirent à nous, de même qu'Alton, qui en dépit de la méfiance que je lui voue, demeure un sacré atout pour quiconque veut se rendre dans les catacombes.



Le trajet jusqu'à la mine fut rapide. Le temps était toujours aussi déplorable. A la neige succéda la pluie et on était tous à moitié couvert de boue en arrivant à la caverne. Nos premiers pas à l'intérieur furent prudents, de même que les suivants. Nous progressions au pas, de pièce en pièce. Nous n'étions pas encore rendus bien loin lorsqu'on est tombé sur quelques macchabées. Confiants puisque bien armés et plus nombreux, nous n'avons pas reculé. Une sacrée erreur. Ces créatures encaissaient nos coups sans sourciller mais c'était loin d'être notre cas. Je m'étais mis devant pour encaisser à la place des autres, plus frêles que moi, et j'ai été comblé au-delà de mes espérances. Il a pas fallu longtemps pour que je me retrouve au sol, dans un sale état. Je me suis réveillé quelques temps plus tard dans une salle avec les autres. Les autres ne semblaient pas en meilleure forme que moi. On a compris que la seule chose à faire, c'était se tirer bien rapidement. Seulement, Férostil a fait du zèle. Il s'est retrouvé au sol en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Sans Sombre pour le porter, il serait certainement encore dans les catacombes. On peut pas dire que j'ai été d'une grande aide sur ce coup-là. C'est plutôt Alton qui a fait office de sauveur. Il a sorti tout le monde des catacombes en risquant sa vie : j'en avais même du mal à le croire. Au final, on a pu tous repartir, excepté Jayth que j'ai pas vu sortir. Ce qui ne veut pas dire qu'il s'en est pas tiré, d'ailleurs. Le temps de rentrer au temple pour ramener Férostil et bénéficier des soins de Myrkyr, et je pouvais enfin rentrer me reposer. Manque de pot, malgré la fatigue, impossible de dormir."


Leandrys répéta ce qui était presque devenu un rituel pour lui. Il tailla sa plume, réunit les feuilles de son petit carnet, referma la petite fiole d'encre sembienne qu'il utilisait, fourra soigneusement le tout dans son paquetage avant de mettre ce dernier dans le grand coffre au pied de sa couche.
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:19

Leandrys se leva un peu plus tôt que d'habitude ce jour-là, sans vraiment comprendre pourquoi d'ailleurs. Habituellement, le chant du coq et le murmure naissant de l'activité des artisans avait raison de son sommeil seulement un peu plus tard. Mais ce matin-là, il s'était réveillé avec un étrange pressentiment, qu'il interpréta alors comme le présage d'une heureuse journée. Après avoir réuni dans son paquetage la grossière carte qu'il avait faite de la région et son nécessaire à écriture, il descendit dans la salle commune de la Chopine. A cette heure-ci, seuls Dunman et Norema s'y trouvaient déjà, préparant les tables pour les premiers clients de la journée. Le barbare les salua chaleureusement et après avoir avalé un verre de lait de chèvre, il se mit en route.

Vers où exactement, il ne le savait pas encore. Les Rocterres étaient certainement l'endroit qu'il avait le moins exploré dans la région mais s'y rendre seul relevait de la folie pure et simple. La seule fois qu'il s'était un peu enfoncé dans ces landes, c'était avec ce brave Gronthar, dont Leandrys ne savait d'ailleurs pas quoi penser. Ils y avaient rencontré plusieurs féroces créatures, dont un félin d'une puissance impressionnante et une araignée géante, sans compter les gobelins qui semblaient infester les alentours. Et si l'expédition s'était plutôt bien terminée, le vaasien ne tenait pas à tenter sa chance cette fois. Le ciel était clair et malgré la fraîcheur du matin, le soleil luisait à l'horizon, prodiguant une chaleur agréable à quiconque passant sous ses rayons. Leandrys finit donc par prendre la route de l'est. Malheureusement, sa marche ne lui procura guère de satisfaction si ce n'était celle de respirer l'air frais de la campagne. Les plaines environnantes étaient en effet de vastes pâturages, d'un calme à la fois rassurant et inquiétant. Aucun mouvement, aucun bruit ne vint perturber le maître d'armes alors qu'il reportait maladroitement sur sa carte ce qu'il voyait.



Bientôt, il jugea qu'il n'était pas nécessaire de s'éloigner plus avant du bourg et rebroussa chemin, sans toutefois abandonner l'idée de compléter son travail. Quelques jours auparavant, il avait entendu un dragon pourpre mentionner une auberge nommée "L'ogre repu". L'endroit se trouvait selon ce dernier sur la route du sud. Intrigué, Leandrys s'était promis d'y faire un tour dès que possible. Le soleil était alors au zénith et malgré le long trajet qui l'attendait, le barbare ne doutait pas de pouvoir rentrer avant la nuit. Au pire, il envisageait de se reposer dans sa cabane, même si la perspective de dormir à même le plancher avec pour seule couverture un vieux drap troué ne le ravissait guère. Habiter au bord de l'Etoilée le ravirait, mais seulement quand les parois auraient été restaurés et le toit refait. Même s'il craignait moins le froid que les vespériens, Leandrys ne s'en était pas moins habitué au confort de sa chambre d'auberge.

C'est avec ces considérations bien en tête qu'il traversa l'orée de la Forêt Royale au pas de course. Mais courir en tâchant de rester discret n'était pas facile et surtout pour un homme de sa stature. Sachant les dangers que les bois pouvaient présenter, où les orques et les bandits n'étaient pas forcément les adversaires les plus à craindre, le milicien ne désirait en effet pas prendre plus de risques que nécessaire. Le trajet fut somme toute assez rapide, l'auberge étant plus proche qu'il ne l'avait d'abord pensé. Deux ou trois modestes habitations l'entouraient. L'auberge ne semblait guère luxueuse de l'extérieur et cela se confirma lorsqu'il entra. On était vraiment loin de l'atmosphère chaleureuse de la Chopine. Le tenancier tirait une mine revêche et observait Leandrys d'une manière peu amène. Il n'y avait pour ainsi dire pas de clients. Un gamin et un halfelin éveillèrent son attention. Le premier avait essayé de lui soutirer quelques pièces pour un jeu de chance et le second lui raconta ses mésaventures. Le semi-homme s'était en effet fait attaquer par un gnoll dans les bois et ce dernier lui avait dérobé sa lame, un héritage de famille pour ce qu'en avait compris le barbare. Naturellement, le petit voulait la récupérer et voyant la carrure de son interlocuteur, il se risqua à lui demander ce périlleux service, moyennant une poignée de lions d'or. Guère désireux de se faire étriper sans savoir à quoi il s'attaquait, Leandrys laissa entendre à l'halfelin qu'il était possible qu'il l'aide, auquel cas il aurait de ses nouvelles.

Après s'être installé à une des tables de l'auberge et avoir compléter sa carte en buvant une bière de piètre qualité, il fut temps de repartir. Cependant, le maître d'armes avait visiblement mal estimé le temps passé à l'Ogre Repu, certainement à cause l'absence de toute fenêtre, et la nuit le surprit alors qu'il s'approchait du gué de l'Etoilée. Par chance, ce fut la seule à tromper sa vigilance. Il aperçut en effet deux bandits postés sur une butte, qui malgré le froid et l'heure tardive semblait attendre qu'un passant imprudent s'aventure à portée de leurs arcs. Même s'il avait récupéré sa hache, Leandrys avait encore en mémoire la rouste que lui avaient donné deux autres brigands peu de temps auparavant. Profitant donc de l'obscurité, renforcée par les épais flocons qui tombaient désormais du ciel, il passa le gué le plus discrètement possible et gagna le petit bois qui le séparait encore de Soirétoile. Malheureusement, la fin du trajet ne fut pas aussi heureuse. En effet, alors qu'il longeait l'Etoilée, une flèche atteignit Leandrys au poitrail. La blessure était profonde et sans sa vieille armure de cuir elle aurait certainement été fatale. Profitant que toutes ses forces ne l'avaient pas encore abandonné, le barbare chargea les deux orques qu'il aperçut un peu plus loin. Ces derniers, visiblement surpris de l'opiniâtreté de leur adversaire, hésitèrent quelques secondes avant de l'attaquer une nouvelle fois. Ces quelques instants de flottement leur furent fatal. La hache de Leandrys acheva promptement ses deux opposants, et il put finalement regagner le bourg, quoique avec une vilaine blessure dont il se serait volontiers passé.

La soirée était déjà bien avancée lorsque Leandrys redescendit dans la salle commune pour dîner. La plupart des clients avaient déserté pour regagner leur chaumière et il put donc manger en paix, du moins au début car Dunman finit par se joindre à lui et ils passèrent la soirée à discuter. Depuis que le barbare était arrivé à Soirétoile, Dunman était certainement une des personnes à s'être montrer le plus amical et le plus courtois avec lui. Leandrys l'appréciait donc et la réciproque se vérifia lorsque le tenancier de la Chopine lui proposa de lui montrer sa réserve personnelle, située à la cave. Il accepta de bon cœur et suivit Dunman à l'étage inférieur de l'auberge en empruntant qu'il était sûr d'être incapable de retrouver seul tant elle était bien dissimulée.

La réserve était constituée d'objets divers, principalement du matériel oublié là par des aventuriers, généralement plus en état de revenir les récupérer. Après avoir passé un long moment à examiner chacun des objets, les deux hommes, qui progressaient dans la pièce avec précaution en raison des nombreux pièges disposés au sol, finirent par tomber sur une chemise de mailles qui intéressait grandement Leandrys. Il en fit l'acquisition pour une somme raisonnable. Cela entamait nettement l'argent qu'il gardait pour retaper sa cabane mais après tout, les réparations n'auraient pas lieu avant le printemps maintenant, et d'ici là, il aurait bien le temps de récupérer quelques lions d'or ici et là. Le barbare acheta également une lanterne, regrettant alors amèrement la perte de l'anneau-lanterne que lui avait confié Flaergan.

Un peu plus tard dans la soirée encore, alors que les deux hommes étaient remontés dans la salle commune, Tessaril fit son entrée dans la Chopine. La dame venait se restaurer. Elle en profita pour faire la connaissance de maître d'armes de la milice. Leandrys, qui ne savait guère comment se comporter avec une personne de cette importance, se contenta de répondre au question de son interlocutrice, qui paraissait au demeurant fort sympathique. Malgré le froid ambiant, la jeune femme arborait en effet un décolleté plongeant qui fit plus d'effet au barbare qu'il ne l'aurait voulu et il espérait qu'elle n'avait pas aperçu son regard concupiscent se hasarder dans les méandres de sa gorge.

La nuit qui suivit fut agité et Leandrys ne comprit pas pourquoi. Toujours est-il que le matin venu, il se sentait dans une forme éclatante et mu par son instinct, il quitta la Chopine pour se diriger d'un pas décidé vers le pont de la rivière Pâlechance, à l'endroit même où quelques jours auparavant il avait chuté face à ces maudits bandits. Là également où Sombre s'était fait subtiliser l'anneau du maître d'armes. Comme il le subodorait, deux brigands faisaient le gué de l'autre côté du pont. N'hésitant pas un seul instant, Leandrys leur courut sus et comme les orques la veille, les deux compères furent si surpris qu'avant d'avoir eu le temps de jeter leur arc pour s'équiper de leur épée, ils gisaient au sol, face contre terre.



Le milicien les fouilla soigneusement, bien qu'en général le détroussement des cadavres le répugnait, mais ne trouva pas la moindre trace de son anneau. Quelque peu dépité mais toujours excité par le combat qu'il venait de mener, il profita du moment pour aller chasser et la chance lui sourit car il rencontra à l'orée de la forêt un cerf magnifique. A l'inverse des sangliers dont le premier réflexe était en général de tenter d'éventrer Leandrys, les cerfs avaient tendance à fuir. La tâche ne fut donc que trop aisée et il suffit de deux carreaux pour que l'animal succombe. Le dépeçage prit un certain temps et lorsqu'il en vint finalement à bout, Leandrys décida qu'il était grand temps de manger. Il préleva un morceau de sa proie et la fit rôtir au-dessus d'un petit feu de bois. Une fois restauré, il regagna le bourg. La peau de l'animal et sa chair lui rapportèrent quelques pièces.

Alors qu'il remettait la viande du cerf à Pouce-Cailloux à l'entrée de la cuisine de la Chopine, une jeune femme interpella Leandrys. Elle venait d'arriver en ville et cherchait à se rendre au temple. Poussant un soupir en songeant que le bourg regorgeait décidemment de fidèles au Seigneur du Matin, le maître d'armes offrit son aide à la nouvelle arrivante et lui proposa de l'accompagner. Keirianne, puisque c'était son prénom, s'empressa d'accepter et il la mena donc jusqu'à Myrkyr. Ce dernier l'accueillit à bras ouvert et Leandrys allait donc s'éclipser lorsqu'il vit Aliandre s'approcher d'un pas tranquille. Persuadé que le jeune homme avait disparu dans les Catacombes, le barbare ne cacha pas sa surprise. De son côté, Aliandre semblait ne pas comprendre. Après que Myrkyr et sa nouvelle aspirante eurent quitté la pièce, les deux hommes purent enfin s'expliquer. Aliandre ne s'était jamais rendu dans les catacombes et déplora l'expédition aussi inutile que meurtrière que ses compagnons avaient entrepris, à l'initiative du temple. Sachant que le jeune homme n'était pas responsable, Leandrys réprima sa mauvaise humeur, grommelant seulement de temps à autre. Aliandre se montera toutefois particulièrement intéressé par les découvertes du maître d'armes et de ses compagnons. Ces zombies étranges qu'ils avaient rencontrés là-bas étaient non seulement mortellement dangereux mais leur résistance aux armes communes était surnaturelle. Le problème était particulièrement préoccupant pour ces fidèles de Lathandre, nota Leandrys, leur dogme les obligeant à éradiquer les morts-vivants. Toutefois, quand bien même le barbare ne faisait pas montre de la même ferveur à éradiquer ces créatures qu'Aliandre ou le vieil aventurier nommé Jelde, qui avait rejoint la conversation un peu plus tôt, il était conscient du danger qu'elles représentaient et assura son jeune compagnon de son soutien.

Alors que la nuit tombait, Leandrys regagna sa chambre à la Chopine. Il ouvrit son carnet pour y consigner les évènements des deux dernières journées mais se ravisa rapidement. Après tout, il ne s'était pas passé grand-chose...
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:20

"Ca fait quelques temps que j'ai pas pris la plume et déjà les évènements des derniers jours lentement s'effacent dans ma mémoire. Faut dire qu'il s'est passé tellement de trucs... Le temps a passé depuis que je me suis installé à Soirétoile et je saurai toujours pas dire si j'habite une contrée paisible. Des fois, j'ai l'impression que rien ne saura tromper mon ennui et d'autres fois, j'en viens à prier Ulutiu de m'accorder la grâce d'un bon feu de bois, d'une couverture et d'un fauteuil moelleux.

Tout a commencé lorsque je me suis mis en tête de récupérer ma pierre. J'étais presque sûr de l'avoir perdue dans l'expédition qui nous avait mené dans la mine de cuivre des nains. J'avais peu d'espoir de la récupérer mais je m'étais attaché plus que je ne saurai le dire à ce foutu caillou. Je ressentais une espèce de manque en son absence que rien ne parvenait à combler. Trop souvent à mon goût, ma main glissait en vain jusqu'à la poche où j'avais l'habitude de dissimuler l'agate.

Bref, il fallait faire quelque chose. Par chance, y avait quelques aventuriers au bourg : Keirianne, la jeune recrue du temple qui venait également de s'engager dans milice, Alton et un p'tit bout de femme du nom de Su. Tous semblaient ravis à l'idée de m'accompagner quoique je n'ai pas bien cerné les motivations de chacun. Certes, aucun ne connaissait l'endroit et la curiosité devait avoir son rôle là-dedans mais ça ne devait pas être leur seul raison ou alors ils n'avaient rien entendu lorsque je leur avais parlé des dangers de l'endroit.



Nous nous sommes mis en route en fin de matinée. Le trajet jusqu'à la mine n'a évidemment pas été bien long. Elle est à quelques pas seulement du temple, autant dire juste à côté du bourg. Une fois entré, j'ai passé un temps à leur expliquer les dangers qui nous attendaient. En effet, si je voulais seulement explorer la mine pour essayer de retrouver mon agate, je n'en comptais pas moins aller jeter un coup d'œil du côté des duergars. Ethan, me semble-t-il m'avait assuré que les niveaux inférieux étaient condamnés mais je tenais à m'en assurer par moi-même. Après tout, même s'ils ne semblent pas se plaire à leur surface, les duergars pourraient bien y faire un tour à l'occasion et si ça devait être le cas, je donne pas cher de la peau de la moitié des habitants de Soirétoile.

L'exploration de la mine n'a malheureusement pas donné grand-chose. Nous parcourions ses longs couloirs sans que je vois la moindre trace de ma pierre. Tout au plus a-t-on croisé quelques créatures guère dangereuses pour les aventuriers que nous sommes : araignées et striges pour la plupart. Malgré ce que je pensais, les derniers niveaux de la mine n'étaient pas condamnés. L'imbécile qui m'avait dit ça ne devait juste pas savoir quel chemin emprunter. Nous sommes donc parvenus à gagner le niveau le plus bas où se trouve l'entrée du repaire duergar, ainsi que ces espèces de champignons sur pattes que j'ai entendu appeler myconides ou quelque chose dans ce goût-là. Les cadavres des nains auxquels j'avais emprunté mon arbalète gisaient toujours au sol, dans un état de décomposition avancée. Je savais ce que je voulais savoir : Soirétoile était à la merci d'un raid de ses brutes sanguinaires.

Il ne restait plus qu'à remonter quand bien même ma pierre restait introuvable. Pourtant, même si je pensais que mes compagnons seraient dissuadés de continuer par les cadavres, Alton et Su voulurent absolument jeter un coup d'œil au repaire duergar. Autant dire que mon dernier passage dans les parages me poussait à courir dans l'autre sens mais après tout, c'est moi qui les avait amené là : j'aurai l'air malin à les laisser se faire trucider par ces nains, surtout après qu'Alton m'ait sauvé la vie dans les catacombes. Bref, je les ai suivi et Keirianne aussi. Autant dire que les choses ne se sont pas bien passées, comme je m'en doutais. Un groupe de guerriers duergars nous est tombé dessus à peine entrés. La jeune milicienne s'est rapidement effondrée au sol sous les coups qui pleuvaient tandis qu'Alton et Su s'éclipsaient promptement. Par chance, les quelques uns qui nous avaient surpris n'étaient pas assez nombreux et on put en venir à bout. Tymora devait même traîner dans le coin parce que je découvris sur un des cadavres ma pierre. Une fois Keirianne remise sur pieds, les autres ne se sont pas faits priés pour rebrousser chemin et tant mieux. Par chance, et aussi parce que je commence à bien connaître la mine, on a pu remonter à la surface sans plus de souci.



Tout aurait pu s'arrêter là mais il a fallu qu'Alton monte sur ses grands chevaux sous prétexte que je voulais pas lui donner tous les détails de l'affaire concernant le repaire duergar. J'ai eu du mal à me retenir de lui coller mon point dans le nez. L'espèce d'air suffisant qu'il arbore la plupart du temps aurait viré au bleu et ça n'aurait pas été pour me déplaire. Plutôt que d'écouter ses jérémiades, je suis allé à la caserne mais il m'a suivi, exigeant d'avoir à faire en personne au capitaine. Le moment où Flaergan lui a dit de sortir de son bureau et de le laisser seul avec moi a été du genre jouissif. Je voyais la figure de la demi-portion rougir de colère. Bon, par contre, le capitaine n'a pas été beaucoup plus avenant avec moi. Genre il a pas apprécié que j'emmène une milicienne dans une quête personnelle. Pas faute de lui avoir dit qu'elle venait pas en tant que milicienne. Il était aussi contre le fait de rappeler notre existence aux nains des profondeurs. Il espère semble-t-il qu'ils resteront dans le coin et qu'il suffit de ne pas s'en soucier pour qu'ils ne viennent pas nous raboter les sabots. J'ai tendance à penser qu'il se berce de douces illusions mais bon, c'est lui le capitaine...

J'ai donc eu droit à une petite réprimande mais Alton n'avait pas eu gain de cause et ça n'était pas pour me déplaire. Le gnome ou halfelin, quoiqu'il soit, ne s'en est pas moins gêné pour venir me tarabuster au sujet de ma pierre et du repaire duergar quand bien même aucun des deux ne le concernaient. J'ai fini par lui donner quelques bribes d'informations sur ma pierre pour le satisfaire et l'arrivée impromptue de Jayth m'a permis de quitter la salle commune de la Chopine. Je ricanais alors en songeant quelles bêtises allait lui raconter le mage à mon sujet, sachant pertinemment qu'Alton serait, pour une fois, enclin à croire ce mendiant."


Leandrys posa la plume en constatant à quel point sa bouche était pâteuse. La gorge sèche, les mains tremblantes après ce long effort... Les signes ne trompaient pas : il lui fallait boire une ou deux choppes de bière. Le barbare descendit donc dans la salle de la Chopine, bien décidé à se rincer le gosier.
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:20

"Le lendemain, j'ai aussi eu droit à une journée chargée. Tout avait pourtant bien commencé. Même s'il faisait frais, la journée était plutôt ensoleillée et c'en était presque agréable de se balader dans le bourg. C'est d'ailleurs ce que je fis. Je flânais tranquillement
lorsque je suis tombé sur un ivrogne au camp des caravaniers à l'est du village. Si tôt le matin et déjà dans un sale état... Cet imbécile, contrarié que j'ai ricané en le voyant, me fonce dessus, visiblement dans le but de me rosser. Il avait rien compris à la vie celui-là. J'ai vite fait de lui asséner quelques coups pour calmer ses ardeurs : il a du resté couché sur l'herbe un bon moment pour cuver.

Alors que j'allais repartir, je suis tombé sur Keirianne. Cette gourgandine était tombée dans une embuscade de deux brigands un peu plus tôt et y avait laissé une partie de ses maigres possessions. Elle venait donc me demander de l'aide pour leur donner une leçon. Si j'avais su que c'était moi qui en prendrais une, je l'aurai envoyé promener. Je ne voyais toutefois pas grand danger dans les deux bandits que nous devions affronter et acceptait, sans grand enthousiasme toutefois, d'aider la donzelle. Evidemment, nous sommes rapidement arrivés à l'endroit du forfait, le pont de la rivière Pâlechance. Nos ennemis étaient désormais trois mais emportés par l'élan, je n'y prêtais alors guère attention. Quel imbécile je fais par moment... Le troisième était beaucoup plus costaud que ces compagnons et pendant qu'on tentait d'en finir avec lui, ses deux compagnons nous ajustaient avec leurs arcs. Résultat des courses : au bout de quelques instants seulement, Keirianne et moi n'étions plus en état de combattre. Mais alors que je croyais l'heure de la fin venue, le costaud, qui s'avéra être le chef des trois, nous relevait tous les deux et nous exposa ses projets... Je devais rentrer au bourg chercher une rançon de 200 lions d'or et revenir les lui livrer en échange de Keirianne. Je devrai me rendre seul et sans armes dans la Forêt Royale au sud, et un de ses sbires m'indiquerait alors l'endroit à rejoindre.

Evidemment, une fois libéré, je ne songeai qu'à la façon de libérer la milicienne sans payer cette rançon. D'ailleurs, quand bien même, j'aurai bien voulu le faire, je n'aurai pas pu. Je me rendis donc directement à la caserne pour voir Flaergan. Le capitaine prit d'abord le temps de me soigner : j'étais dans un piteux état. Nous nous mîmes ensuite d'accord sur la marche à suivre. Accompagné d'Aliandre, de Férostil et d'un dénommé Tammarth, un sorcier qui faisait partie de l'armée. Malheureusement, nous sommes partis bien tard et la forêt n'est pas l'endroit le plus accueillant pour qui s'y aventure alors que l'obscurité la gagne.



C'est alors qu'on s'est perdu de vue. C'est dire s'il faisait sombre... Quand je pense que sans ses maudits bandits, j'aurai eu mon anneau-lanterne. Ils sont décidément la cause de bien des maux. Je me retrouvais donc seul dans les bois, pas bien fier je dois dire. J'aperçus le bandit qui devait me guider au lieu de rendez-vous. Je n'avais alors pas le moindre lion d'or de la rançon dans la poche et encore moins d'idées sur la manière dont procéder sans mes compagnons. Je fus mené à une espèce de clairière au milieu de laquelle se dressait une colline. L'endroit a visiblement servi de lieu à je ne sais quel culte si j'en crois les rochers disposés au sommet. Là-haut se trouvaient Keirianne et ses ravisseurs. Elle semblait en bonne santé : le brigand avait peut-être une once d'honneur après tout. Il n'en fut pas moins plus que contrarié en apprenant que je n'avais pas l'argent sur moi.

Après maintes discussions, je parvins néanmoins à le convaincre que j'avais dissimuler dans la forêt avant de rencontrer mon guide, et ce pour plus de sûreté : je tenais à m'assurer que Keirianne se portait bien avant de ne lui donner ne serait-ce qu'une pièce de cuivre. Mon mensonge parut le convaincre et je pus fausser compagnie à la troupe pour aller soi-disant chercher l'argent. Je m'étonne encore qu'il ne m'ait pas fait escorté. En tous les cas, ça me permit de retrouver mes compagnons et de mettre au plan avec eux un plan d'attaque. Ils se dissimuleraient tous à l'aide de potions d'invisibilité et me suivraient jusqu'à la clairière en haut de la colline.

Le plan fonctionna pour ainsi dire à la perfection. Une fois arrivés en haut et c'en fut presque surprenant. Il y avait là six ou sept bandits mais pas un n'en réchappa. On put donc libérer Keirianne sans avoir versé le moindre lion d'or. Je retrouvai même mon anneau sur un de ces gredins. J'en venais presque à me demander quand la chance allait se retourner contre moi. Le retour au bourg fut des plus calmes.



Le succès ne nous avait pas fait oublier les dangers de la forêt et nous craignions à tout moment qu'un roublard dissimulé dans l'ombre ne tombe sur nous pour venger ses compagnons. Par chance, rien de tout ceci n'arriva et nous pûmes rallier le bourg sans le moindre souci. Malgré l'heure tardive où nous étions arrivés, j'ai passé un long moment à rédiger mon rapport pour Flaergan. Les attaques des bandits se multipliaient depuis quelques semaines, au point que ça en devenait préoccupant. Il fallait que l'armée ou la milice fassent quelque chose et c'est ce que je conseillai alors au capitaine dans mon rapport, espérant qu'il prendrait cette menace un peu plus au sérieux que celle des duergars."


Le ventre de Leandrys gargouilla bruyamment. Certes, la bière qu'il avait bue était savoureuse mais elle tenait un peu trop au corps à son goût. Grommelant en songeant qu'il n'avait pas fini de consigner ce qu'il voulait, il reposa une nouvelle fois sa plume et s'allongea sur sa couche pour faire une sieste sinon méritée en tout cas bien nécessaire !
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:20

"Je remis le rapport rédigé pendant la nuit au capitaine le lendemain. Autant dire qu'il était satisfait de la manière dont j'avais mené la mission. Il semblait également d'accord avec moi sur le sort à réserver aux bandits : il était plus que temps de mettre fin à cette menace qui pesait sur tous les habitants du bourg et voyageurs étrangers empruntant les routes des environs. Malheureusement, personne n'avait encore pu repérer l'emplacement exact du repaire de ces parasites.

La nouvelle mission de la milice était donc on ne peut plus claire, à défaut d'être simple. Il nous fallait retrouver le camp des bandits pour pouvoir ensuite leur porter un coup fatal. Il était cependant encore bien tôt lorsque je pris cette résolution et pas un milicien n'était trouvable. Je partis donc chasser. Mes devoirs m'avaient empêchés de le faire ces derniers temps et je profitais donc du petit matin pour rejoindre la forêt. J'avais en effet aperçu, alors que nous allions libérer Keirianne, plusieurs empreintes de cerfs dans un endroit que je ne visitais guère d'habitude.

La chasse fut des plus fructueuses, même un peu plus que je ne l'aurai voulu. J'avais récupéré la viande et la fourrure de trois bêtes, lorsqu'une quatrième, visiblement jalouse du sort de ses compagnons, m'a chargé, les bois en avant. Par chance, un carreau bien placé me permit d'en venir à bout et presque à contre cœur, mon couteau se mit à l'œuvre sur elle. De retour au bourg, je constatais avec amertume que Keirianne avait eu la même idée que moi. Je la vis en effet rentrer dans la Chopine, ses bras frêles chargés de viande de cerf. J'étais alors doublement contrarié. Non seulement je n'allais pas pouvoir vendre mes prises à Pouce-Cailloux mais en plus à ce rythme-là, il n'y aurait plus de cerfs dans les environs d'ici quelques mois. Je finis néanmoins par vendre ce que j'avais ramené au boucher. Quant au cerf, je me promettais de les éviter pendant quelques temps et je sermonnerai Keirianne à l'occasion.

Le temps d'aller voir Mélodie pour me faire recenser, et je sortis pour aller retrouver Keirianne. Comme Aliandre avait également fait son apparition, je leur proposai à tout deux de mettre la main sur le camp de ces foutus bandits. Aucun des deux ne se fit prier et nous partîmes donc en fin de matinée ayant bon espoir de trouver ce que l'on cherchait avant la tombée de la nuit.



Malheureusement, notre équipée n'eut qu'un succès relatif, pour ne pas dire nul. J'étais persuadé que le camp devait se trouver au sud-ouest du bourg et quand bien même un brigand qu'on avait croisé s'était enfui à l'est. Aliandre pensa qu'il aurait fallu le suivre mais je restais farouchement convaincu que le camp n'était pas éloignée de la clairière où nous avions libéré Keirianne. En tous les cas, nous ne trouvâmes rien. Tout au plus avons-nous croisé un ours, pas aussi costaud que je l'aurai pensé, et un sanglier, dont l'espèce semblait décidément avoir quelque chose contre moi puisque celui-là avait failli m'éventrer. L'état dans lequel je me trouvais et la nuit tombante nous persuadèrent de rentrer au bourg.

J'étais toutefois toujours aussi décidés à retrouver ce camp et quand bien même mon orgueil devrait en prendre un coup, je décidai de suivre l'avis d'Aliandre et d'aller au sud-est le lendemain."


Leandrys se redressa alors sur son fauteuil. Il savait ce qu'il avait à faire maintenant mais le courage lui manquait. L'expédition dans les Rocterres avait été telle que rien qu'à la pensée de la retranscrire dans son carnet, il était fatigué. Après avoir longuement réfléchi, il opta pour la solution la plus sage selon lui : il allait descendre manger un morceau et il se déciderait ensuite. On ne réfléchit jamais mieux qu'une fois son estomac rempli...
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:21

"C'était un jour comme les autres. La nuit n'avait pas été aussi longue que je l'aurai voulu. La journée de la veille avait été éprouvante. J'avais en effet passé la majeure partie de la journée à errer dans la Forêt Royale. Fait étonnant, j'en étais sorti indemne ou presque et pourtant... Ce n'étaient pas les dangers qui avaient manqué cette fois encore. J'avais en tête de mettra la main sur le repaire des bandits et pour ça, j'avais fait route vers le sud-est. Difficile de parler d'un succès quand j'y repense et pourtant en rentrant au bourg, c'est le sentiment que j'avais.

En partant, je m'étais à nouveau accroché avec cet ivrogne qui traîne près des caravaniers. Seulement, la rixe a été plus loin que la fois précédente et j'ai bien amoché ce pauvre bougre. Le Dragon Pourpre qui passait par là s'en est également rendu compte. Il ferait un rapport au capitaine malgré mes explications, voilà ce qu'il m'avait dit. La journée ne commençait pas glorieusement, il fallait bien l'avouer. Quelques lieues plus loin, je me retrouvai face à un ours noir dans les bois. Je croyais l'heure de mon trépas venu : ses bêtes sont si rapides que fuir était peine perdue. Je la chargeais donc, la hache à la main, pour périr honorablement mais le combat s'acheva avec la mort de l'ours et non la mienne. Sans vraiment réaliser ce que je venais de faire, je crois bien que j'ai dépecé la bête et je suis reparti. Un peu plus loin, à proximité de ma cabane en fait, je suis tombé sur deux éclaireurs orques. Depuis longtemps, je soupçonnais que leur camp ne devait pas être bien loin. J'avais raison. Après m'être facilement débarrasser des deux orques isolés, je continuais au sud-est jusqu'à tomber face à un campement sommaire au bas d'un colline, dissimulé dans la brume.

Dissimulé, je ne l'étais pas moi-même et c'est certainement ce qui m'a valu d'entendre les carreaux orques siffler à mes oreilles quelques instants seulement après m'être approché. Une chance que je courre vite et que je connaisse bien la région sans quoi je ne serait peut-être jamais revenu. Une sentinelle suivait pourtant ma trace. J'ai pu en venir à bout sans trop de problème une fois éloigné du camp. Il fallu que je tombe à ce moment-là sur un sanglier. Je crois bien que c'est la première que j'ai réussi à venir à bout d'un de ces sales cochons sauvages sans qu'il ne m'éventre à moitié. Je suis rentré au bourg peu de temps après. J'avais pas vu l'ombre d'un bandit et pourtant j'étais guilleret comme un soldat en jour de permission. Certainement que l'argent que m'ont rapporté la viande de sanglier et la peau d'ours aidaient....

J'étais tellement confiant que je suis allé voir le capitaine pour régler cette histoire avec l'ivrogne. Flaergan semblait préoccupé mais je pense qu'on peut dire que ça s'est bien passé. L'imbécile que j'avais abîmé recevait les bons soins des prêtres de Lathandre et s'en tirerait donc, quoiqu'il ne fût pas passé loin du trépas. Je partais ensuite faire quelques achats, savourant la quiétude du bourg jusqu'à plus soif.



La fin de la journée aurait été d'un ennui mortel si une espèce d'aventurier à six sous n'était pas venu chercher les services des hommes d'armes du coin à la Chopine. Son compagnon, un certain Warrick, s'était fait capturé par des gobelins dans les Rocterres et il cherchait de l'aide pour le tirer de là. Les autres, Jayth, Alton et Peregrin, ont de suite accepté. J'étais moins enthousiaste ayant déjà eu un aperçu de la dangerosité de l'endroit et quand j'ai réclamé un salaire, ils m'ont tous regardé avec un drôle d'air. Comme si le fait que je sois chef de la milice devait faire de moi la bonne poire du coin, prête à mourir pour le premier imbécile qui passe. Ca doit tout de même être le cas puisque j'ai finalement accepté et sans rien demandé...

Nous revoilà donc à ce fameux matin. Moi, les quelques volontaires ainsi que ce Jimmy qui nous avait embauché étions tous là et Mélodie pour d'obscures raisons se joignit à la troupe avec enthousiasme, alors que ces derniers temps, elle ne sort pas de la maison communale... On s'est donc mis en route, vaille que vaille. Le trajet jusqu'à l'entrée des Rocterres est toujours rapide. Une fois arrivé là-bas, la découverte du repaire gobelin ne le fut pas autant, c'est le moins qu'on puisse dire. En fait, Alton devait nous servir de guide car il disait bien connaître les Rocterres et avoir déjà aperçu le fameux repaire. Suivre ce petit prétentieux ne m'enchantait guère mais je n'avais pas vraiment le choix. Les rares fois où je m'étais aventuré dans le coin, je m'étais retrouvé face à des hôtes peu accueillants : araignées, fauves et autres nuisibles semblaient monnaies courantes par ici. Les Rocterres étaient donc pour ainsi dire la seule région du coin que je n'avais pas cartographiée.

Malheureusement, Alton montra vite ses limites et perdit son arrogance habituelle après nous avoir entraîné dans plusieurs chemins sans issue. Personne ne pipait mot mais je suis certain que tous n'en pensait pas moins après quelques heures : cet imbécile nous avait perdu. Il finit par l'admettre à demi-mot en nous disant qu'il n'avait pas idée du chemin à suivre. Si le voir ainsi ridiculisé ne me déplut pas, je ne me réjouis guère sur le moment : il fallait tout de même sortir de là.



Les heures passèrent sans qu'on entrevoie la moindre bribe de solution. Seuls les problèmes se multipliaient. D'abord une embuscade de gobelins dont certains semblaient monter des araignées. Par chance, nous étions assez nombreux et tous solides et le combat tourna rapidement à notre avantage. Un peu plus tard, un ogre croisa notre chemin. Cette fois-ci, je finis la lutte, étendu au sol. Depuis le début, je leur servais de bouclier humain pendant qu'ils criblaient de projectiles nos ennemis. Par chance, j'étais seulement sonné et je pus me remettre debout sans trop de problème mais à ce moment, je ne manquais pas de noter le manque d'empressement de Mélodie à me soigner, elle qui habituellement prodiguait généreusement sa magie.

La nuit finit par poindre à l'horizon et avec elle la nécessité de se trouver un abri pour se reposer aussi bien que se protéger de tous les prédateurs du coin. Le repaire d'un ours nous servit donc de chambre cette nuit-là, même s'il fallut d'abord déloger son propriétaire et la vermine qui y traînait. Après une bonne nuit de repos, retrouver la trace du repaire gobelin fut tout aussi difficile que la veille. Finalement, Alton retrouva le chemin qui nous mena à l'entrée des Rocterres, là-même d'où nous étions partis, et au lieu de prendre comme la première fois la route de l'ouest, il obliqua au nord. L'ironie du sort fit que l'on trouva le repaire gobelin quelques dizaines de minutes plus tard, à seulement quelques lieues des gorges de l'Etoilée. Quelques sentinelles en gardaient l'entrée mais notre troupe en vint facilement à bout. Il ne restait plus qu'à aller libérer cet imbécile dont nous avions presque oublié l'existence.

Difficile de se rappeler exactement ce qui s'est passé à l'intérieur de cette grotte. Nous avancions et éliminions tous ceux qui s'opposaient à nous, sans trop de problème d'ailleurs. Les choses se gâtèrent lorsqu'on arriva au cœur du repaire, libérant alors le compagnon de Jimmy. Les carreaux commencèrent à pleuvoir de toute part et des hobgobelins nous chargèrent sauvagement. Comment on finit par s'en sortir ? Je ne le sais pas vraiment. Toujours est-il qu'aucun de nous n'y laissa la peau, à l'inverse de nos ennemis, dont les corps jonchaient désormais le sol de la grotte.

On aurait pu s'arrêter là et repartir, notre mission étant accomplie, et je dois dire que je n'étais pas le dernier à prôner cette solution. Mais, d'autres, Alton notamment, voulaient pousser l'exploration plus loin et comprendre pourquoi une telle horde de gobelin était réunie ici. L'exploration du repaire se poursuivit donc tant bien que mal. La personnalité fantasque du fidèle de Tempus que nous avions sauvé n'aidait pas vraiment. Cet imbécile fonçait sur tout ce qu'il voyait, mettant la vie de tous en péril. A plusieurs reprises, la mort manquait étendre son emprise sur l'un ou l'autre d'entre nous. Nous parvînmes néanmoins jusqu'à ce qui ressemblait fortement à la caverne qui abritait les chefs des gobelins. Une première escarmouche eut lieu et étant en première ligne, je sombrai sous les coups assénés par les hobgobelins qu'on affrontait alors. Reprenant mes esprits quelques minutes plus tard, je m'aperçus que Jimmy et son compagnon avait connu le même sort, tandis qu'Alton et Mélodie avaient pris leurs jambes à leur cou. Le petit était semble-t-il venu à bout de nos assaillants par ruse un peu plus loin. Il m'offrit par ailleurs une trousse de soin qui me remit complètement d'aplomb. Arborant un sourire étrange, Mélodie ne dit pas un mot de ce qu'elle avait fait et je la dévisageai avec méfiance, ayant alors l'impression de ne pas la reconnaître.

Alton et elle voulaient qu'on en finisse avec les habitants de la caverne mais tous deux refusaient de bouger d'un pouce, restant à l'arrière pour combattre sans risquer quoique ce soit et ayant ainsi l'opportunité de s'enfuir à nouveau quand ils le désireraient. Warrick semblait apprécier aussi peu que moi ce vilain manège et finit tout simplement par s'enfuir. Un silence pesant s'installait tandis que nous réfléchissions tous. J'essayai alors d'interpréter ce qui se passait mais l'esprit obscurci par le danger, je ne voyais qu'une explication : je devenais gênant, Mélodie et Alton s'arrangeait donc pour que je succombe au combat sans qu'aucun d'eux ne soit soupçonné. Cette pensée s'imposa à moi et finit par me ravager l'esprit. Effrayé plus que je n'aurai su le dire, je m'enfuyais sans un regard pour mes compagnons, comme l'avait fait le compagnon de Jimmy plus tôt.

Plus je m'éloignai du repaire gobelin, plus mon hypothèse me semblait insensée et pourtant, je compris alors que je ne pourrai plus jamais avoir confiance en Mélodie. Je n'avais jamais apprécié Alton et ne m'était jamais fié à lui, quand bien même, à plusieurs reprises, il avait fait preuve de bonne volonté. Pour Mélodie, c'était différent, elle faisait partie des personnes que je connaissais depuis mon arrivée au bourg et malgré son côté mystérieux, elle avait toujours été aimable et bien disposée avec moi. J'avais le sentiment que j'étais trahi et pourtant un doute subsistait. Le poison des paroles de Moth me hantait de plus en plus et je me savais fou de n'y accorder ne serait-ce qu'une once de crédit. Et pourtant...

Je suis rentré au bourg sans problème, la peur de mourir laissant lentement place à une froide colère, autant dirigée contre moi que mes compagnons. La nuit ne m'apporta que guère de repos et encore moins de quiétude. Le lendemain, enfin aujourd'hui, j'ai à peine osé sortir dans le bourg, craignant d'y croiser Mélodie ou Alton et de ne pas savoir comment réagir face à eux. J'ai seulement fait un rapide tour du marché, alors que le soleil se levait à peine, pour vendre quelques unes des trouvailles que j'avais faites. L'air de rien, j'ai réuni un beau pactole et pourtant cela ne me réjouit pas vraiment. Et me voilà cloîtré dans ma chambre après avoir passé la majeure partie de la journée à écrire. Je ne sais pas quand je reprendrai la plume en main, si tant est que je le fasse un jour.

Je suis las.


Leandrys rangea ses affaires et se rendit compte que la nuit devait être tombée. Sachant que le sommeil tarderait une fois de plus, il résolut de profiter de l'anonymat prodigué par l'obscurité pour s'aventurer au dehors.



Il ne se rendit pas bien loin. La nuit était noire et de la lune, aucune trace dans le ciel. A quelques pas de la Chopine se trouvait un camp de caravaniers. Le barbare resta un long moment à les observer avec envie, sachant qu'un jour il partirait.
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:21

"J'ai relu l'intégralité des notes que je prends depuis que je suis arrivé ici. Je ne sais même pas comment je dois les appeler. Pas des mémoires en tout cas, c'est certain : suffit de regarder les âneries que je raconte la plupart du temps et la façon dont je le fais. Certes, il m'a semblé apercevoir des progrès au fur et à mesure que les récits se suivaient, mais rien d'extraordinaire. D'ailleurs, j'ai beau y réfléchir, je n'arrive pas à comprendre ce qui m'a fait prendre la plume et qui me pousse encore à le faire. J'ai trouvé le nécessaire à écriture sur un cadavre quelques jours avant d'arriver au bourg. L'odeur du corps en décomposition m'avait agressé les narines et j'étais allé jeter un coup d'œil par curiosité. Le pauvre bougre était mort depuis plusieurs jours déjà et avait été dévoré en partie par les charognards des alentours. Je ne suis pas du genre à fouiller les affaires d'un macchabée en général mais celui-là portait une sacoche joliment ouvragée d'un genre que je n'avais jamais vu. Je jetai donc un coup d'œil à l'intérieur et découvrit ce qui ressemblait à un nécessaire de scribe : plumes, fioles d'encre et aussi un paquet de feuillets maintenus ensemble par une cordelette et protégés par deux pièces de cuir sur le dessus et le dessous. Le tout a fini dans mon propre paquetage, du moins tout le matériel sauf le sac. Quelques jours plus tard, alors que je venais d'arriver à Soirétoile, j'ai tenté de voir si je savais encore écrire. Des années plus tôt, alors que mon errance m'avait mené dans le Vaste, à proximité de Tantras, j'avais appris tant bien que mal mais n'avais jamais pratiqué depuis. Pourquoi je l'avais fait, c'était une longue histoire mais qui ne mérite pas vraiment d'être racontée et qui m'évitera une digression inutile. Lors de ma première soirée à la Chopine, j'ai donc essayé d'écrire et malgré quelques difficultés en commençant, j'ai fini par trouver ça plutôt amusant et de manière assez naturelle, j'en suis venu à narrer les anecdotes de mon quotidien. Je suppose que je voulais me donner de grands airs : jouer les savants... Le style et l'intérêt des récits sont très relatifs, mais après tout, qu'est-ce que ça peut bien faire : qui à part moi s'embête à les lire ? Ils m'apportent bien souvent repos et paix à l'esprit après les journées difficiles que je vis à Soirétoile.

Difficile. Le mot semble parfois faible pour qualifier mon quotidien. Quand je suis devenu le maître d'armes de cette milice citoyenne, je ne pensais qu'au solde. Les troubles qui pouvaient agiter le bourg me semblaient bien peu de choses ou du moins, Soirétoile ne me semblait pas d'une telle importance qu'il put y avoir ici quoique ce soit qui me causa du souci. J'ai parfois du mal à estimer l'étendu de ma bêtise. Je me retrouve aujourd'hui empêtré dans des intrigues qui me dépassent. Il y a quelques temps, je suppose que j'aurai simplement fait mon paquetage et je serai parti. Mais, aujourd'hui, je n'arrive pas à m'y résoudre. A croire que finalement ce que je fais me tient à cœur. Me voilà bien avancé.

Pas plus tard qu'avant-hier, je me suis porté volontaire pour accompagner Aliandre et quelques autres au Fort-qui-tue. Dire que j'étais de sale humeur, c'est encore être loin de la vérité. Un peu avant de partir, Peregrin, le jeune prêtre, était venu me trouver, soucieux à cause de rumeurs à mon propos qu'il avait entendues. Selon ce qu'on lui avait dit, j'étais un agent zenth. Les problèmes récents me nouaient encore le ventre et voilà qu'un autre s'y ajoutait. J'en étais certain : seules deux personnes étaient capables d'avoir fait courir une telle rumeur. Arrivé depuis peu, Peregrin n'avait évidemment aucune idée d'où il avait mis les pieds. Je le mis donc au courant de ce que je pus, narrant par le menu les relations orageuses que j'entretenais avec Jayth et Alton. Il fallut peu de temps au prêtre pour se rendre compte qu'on l'avait trompé et j'eus confirmation du nom du coupable, qui ne me surprit évidemment pas. L'affaire était donc réglée, du moins avec Peregrin, car je ne doute pas un seul instant que l'histoire se fut répandue au bourg.

J'étais donc de sacrée mauvaise humeur lorsque je rejoignis la troupe au temple. Aliandre, Peregrin, Keirianne et Jayth s'y trouvaient déjà. Sans un mot, j'attendis que tout le monde fût prêt et nous nous mîmes en route pour le Fort. Comme on pouvait s'y attendre, le temps était exécrable : un vent frais et la pluie battante me firent regretter de m'être embarquée dans cette aventure, dont le temple et non la milice était à l'origine d'ailleurs. Un imbécile, je ne le répéterai jamais assez. Du moins, cette fois, la chance nous sourit. Je gardais un souvenir cuisant de la première et seule fois où j'étais entré dans le Fort. J'étais alors accompagné de Jaia, Mélodie et Gronthar et j'avais failli y laisser la peau alors que je venais d'arriver au bourg la veille ! C'est donc avec méfiance que je pénétrais dans ces lieux néfastes. Des morts-vivants hantaient toujours les lieux, des squelettes pour la plupart. Pour ma part, je ne savais pas quel était notre but en venant ici et je suivais donc Aliandre, jouant de ma hache quand c'était nécessaire. Nous progressâmes du premier niveau jusqu'au plus haut. Là, ils trouvèrent une espèce de passage secret qui menait à une pièce dans laquelle se trouvaient quelques menus trésors, dont un drôle de bouclier. Enfin, c'est ce que j'ai entendu, je ne l'ai pas vu. A leurs yeux, je devais simplement être là pour jouer les épouvantails, il n'était donc pas nécessaire de m'informer de leurs trouvailles.



Un peu plus tard, nous reprenions la route du bourg alors que la nuit tombait. Aliandre semblait satisfait : faute de pouvoir en ouvrir la porte, nous n'avions pas inspecter les sous-sol de l'édifice mais, plus une seule créature ne hantait le reste des lieux. Le retour fut aussi rapide que silencieux et mes compagnons ne s'aperçurent même pas de mon départ, lorsque maugréant en apercevant le temple, je bifurquai et me rendis à la Chopine pour savourer une bière au coin du feu. Un plaisir simple qui m'assagit quelque peu et pourtant cela ne dura guère.

Jayth finit en effet par faire son apparition à l'auberge. Cet imbécile se dirigea évidemment vers moi et engagea la conversion d'un air anodin. Je savais qu'il était à l'origine des rumeurs qui faisaient de moi un infâme manipulateur du Zentharim, qui avait, entre autres choses, causé la mort de deux aventuriers du bourg du nom de Keldorn et Owen. Je ne connaissais ni l'un, ni l'autre mais la populace ne s'en souciait pas et à cette pensée, j'adressai un sourire carnassier au mage à l'allure de mendiant. Il nia évidemment en bloc son rôle dans la propagation des rumeurs à mon sujet et lassé de sa mauvaise foi, je profitai de l'arrivée de Keirianne pour regagner ma chambre.

Le moins que je puisse est que la nuit ne fut pas de tout repos. Loin de m'apaiser, l'expédition au Fort-qui-tue n'avait fait qu'exacerber ma colère et l'entretien avec Jayth qui s'en était suivi n'avait évidemment rien arrangé. Je me réveillai donc tôt, en proie à la même nervosité que la veille. Lorsque je les croisai au bourg un peu plus tard, j'ignorai presque Keirianne et Jayth et je décidai de partir jeter un coup d'œil à ma cabane. Si pendant quelques temps, l'idée d'habiter aussi loin du bourg ne m'avait plus paru aussi séduisante, elle me semblait alors parfaite pour m'éloigner des intrigues qui me rongeaient désormais l'esprit.

Alors que je partais, je sentis que Jayth me suivait. Je dus me retenir l'en empêcher par un simple coup de hache et employait alors la ruse pour m'en défaire, ce qui me procura une satisfaction encore plus grande : l'avoir avec ses propres armes, c'est comme ça que je l'ai vu, je suppose. Sur le chemin, je croisai une ourse. J'avais repéré quelques jours plus tôt les traces de l'animal dans les environs et presque inconsciemment, je m'étais dirigé lentement mais sûrement, soucieux de profiter de ces moments de solitude, vers ce qui semblait le terrain de chasse de l'animal. Elle me repéra avant que je le fasse et me chargea furieusement. Ma hache me permit néanmoins de venir à bout de la bête sans encombre et je passai alors un long moment, assis dans l'herbe à la dépecer, récupérant au passage quelques quartiers de viande. Arrivant à la cabane un peu plus tard, je constatai avec amertume l'état dans lequel elle se trouvait : l'hiver n'améliorait certes pas les choses.

Peu de temps après, je me remettais en route vers le bourg. Je restai sur mes gardes et je fis bien car un sanglier m'attaqua alors que je longeai l'Etoilée. Par chance, je m'en sortis avec seulement quelques égratignures et plusieurs morceaux de viande qui promettaient de rapporter, une fois ramenés en ville. A quelques pas seulement, alors que j'allais repartir, j'aperçus ce qui ressemblait à deux sentinelles gnolls. Je me tâtai un moment pour savoir que faire et faute de trouver mieux, je les attaquai et en vint à bout rapidement. Leur présence ici était vraiment curieuse car si j'avais déjà entendu des récits sur leur prétendue présence dans la région, je n'avais jamais aperçu l'ombre de la queue d'un de ces fils de chien.

J'examinai les deux cadavres à la recherche d'indice lorsque j'entendis des bruits de pas à proximité. Pris de court, je ne pus me cacher et fut rassuré de voir qu'il ne s'agissait que de Jayth et Keirianne. Ils me saluèrent chaleureusement, et m'expliquèrent qu'ils parcouraient la forêt à la recherche d'aventures. Ces deux inconscients ne savaient pas qu'ils se dirigeaient alors droit vers le camp orque. Les laisser continuer seuls, c'était signer leur arrêt de mort et je proposai donc de les accompagner et de satisfaire leur curiosité en leur montrant le repaire des ennemis de Soirétoile. Ce dernier se trouvait, à mon grand damne, un peu trop près de l'Etoilée et de ma cabane et le trajet fut donc rapide.

J'avais été clair sur l'attitude à adopter : prudence, discrétion et fuite immédiate si des sentinelles nous repéraient. Pourtant, à peine avait-elle aperçu les tentes sommaires dressées dans le bois que Keirianne s'était approchée. La suite fut catastrophique. Alors que je battais en retraite, suivi de Jayth, elle fonça sur ses assaillants ! Inutile de dire que malgré les longues minutes que nous attendîmes, elle ne réapparut pas à nos côtés. De nombreuses sentinelles patrouillaient désormais aux abords du camp et il nous fallut en venir à bout discrètement pour gagner le sommet de la colline qui surplombait la vallée environnante. Nous vîmes alors Keirianne, inconsciente, au milieu de plusieurs orques qui scrutaient les alentours d'un air méfiant. La magie de Jayth était épuisée et j'avais subi de nombreuses blessures : nous décidâmes donc d'aller récupérer rapidement avant de revenir pour aider notre compagne.



Je pense que si j'avais réfléchi sur le moment à son attitude imbécile et aux risques que nous courrions, je serai rentré à Soirétoile mais aveuglé par je ne sais quel sentiment de devoir, je retournai en compagnie de Jayth, dont l'apparente bonne volonté me surprenait, pour la secourir dès que nous eûmes repris quelques forces. La suite ne fut toutefois guère plus brillante. Nous tentâmes une percée pour parvenir jusqu'au corps de la jeune recrue de la milice mais la retraite fut inévitable lorsque d'autres soldats arrivèrent du camp. Le combat se déplaça derrière la colline et fut acharné. Pendant un temps, j'entretins l'espoir que nous allions parvenir à la sauver mais les minutes passaient et les sentinelles ne cessaient d'affluer. Finalement, le mage s'écroula au sol, victime d'un carreau ennemi et alors que je croyais avoir abattu notre dernier assaillant, une flèche vint se ficher dans mon dos et je m'effondrai à mon tour.

Combien de temps se passa alors, je ne le sais pas. J'en passai la majeure partie dans un état de semi inconscience à me maudire presque autant que je maudissais Jayth et Keirianne de m'avoir entraîné ici. J'ouvris finalement les yeux et aperçus le visage gracieux d'une femme dans la fleur de l'âge. Je ne la reconnus pas immédiatement mais la remerciait chaleureusement de ce qu'elle venait de faire. Le cadavre de l'orque qui m'avait eu par surprise jonchait le sol. Elle se rendit alors auprès de Jayth, qui reposait à quelques pas seulement. Son état semblait aussi grave que le mien quelques instants plus tôt. La jeune femme utilisa sa magie pour le remettre sur pied et je reconnus alors distinctement Tessaril. Un moment, je m'interrogeai sur les raisons de sa présence mais elle relevait tant du miracle que j'abandonnai rapidement toute méfiance. Grâce à elle, secourir Keirianne ne posa pas de problème et nous pûmes alors regagner le bourg sans encombre, même si la nuit était déjà tombée.

Un bon repas à l'auberge s'imposait et Tessaril nous l'offrit de bon cœur. Toutefois, si elle nous avait secouru de bon cœur, elle ne nous ménagea pourtant pas en nous reprochant notre conduite idiote. J'encaissai pendant un moment sans broncher, préférant admirer sur les ravissantes lèvres de la jeune femme, plutôt que des les écouter, jusqu'à ce que Keirianne intervint pour avouer ses erreurs et prendre toute la responsabilité de notre mésaventure. Immédiatement, la jeune milicienne remonta dans mon estime. Elle manquait de sagesse mais savait au moins reconnaître ses torts.

Bien que le repas fût des plus agréables après une telle journée, la fatigue accumulée nous poussa tous rapidement à rejoindre nos couches pour le restant de la nuit. Le lendemain matin, malgré quelques courbatures, je me sentais comme un sou neuf. Une fois mon déjeuner pris, Helm, le dragon pourpre en faction à la Chopine m'informa que Flaergan désirait me voir et je me rendis donc chez le capitaine. Notre entretien fut bref. Il tenait à m'informer qu'il avait embauché une rôdeuse pour retrouver la trace du camp des bandits, car, même s'il ne l'avait pas dit, je m'en étais montré incapable. Une expédition devrait être montée sous peu pour mettre fin à la tyrannie de ces gredins sur nos routes. Pendant un moment ensuite, je lui confiai mes inquiétudes sur l'enquête dont il m'avait chargé. En proie au doute, j'avouai mon impuissance et lui-même ne me réconforta guère.

Je suis donc revenu ici mettre un peu d'ordre dans mes récits. J'espérais trouver l'idée qui me permettrait de régler tous mes problèmes mais rien ne vint et je me résolus donc à simplement continuer mon récit, qui s'achève ainsi aujourd'hui..."


Leandrys rangea rapidement son nécessaire à écriture, ou du moins commença-t-il, car alors qu'il refermait précautionneusement sa fiole d'encre, il entendit le murmure familier des pas de Jayth dans le couloir. Abandonnant sa tâche, il se rua à l'extérieur de sa chambre et aperçut le mage disparaître dans les escaliers. Sans vraiment comprendre ce qu'il faisait, le barbare empoigna sa hache et courut dans sa direction.
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:22

"Ca y est. Nous avons enfin chassé les bandits de la région. Ce ne fut pas une partie de plaisir mais force est de constater que nous y sommes parvenus. Il a pourtant fallu s'y reprendre à deux fois grâce à cette traîtresse je suppose. Lyra, la rôdeuse que Flaergan avait recrutée pour notre expédition, s'était d'abord mis d'accord avec moi sur l'heure et le lieu du départ. Elle avait repéré de nombreuses traces convergeant vers les profondeurs de la forêt et était enthousiaste quant à la suite des opérations. Je ne l'étais pas autant mais j'étais cependant impatient d'en découdre. Rendez-vous fut donné à l'aube dans la salle de la Chopine.

Le mot que j'avais fait circuler parmi les aventuriers de confiance du bourg a eu plus de succès que je ne l'escomptais. Aliandre n'était pas présent, certainement occupé à quelques affaires de bigot, mais Keirianne, Sombre et Germain représentaient la milice. Se joignirent à nous également Peregrin et Aeron, un nouvel arrivant aux manières de courtisan. Nous partîmes donc au petit matin après quelques préparatifs. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Lyra semblait à son aise dans les bois. Elle nous fit prendre de drôles de chemins, prétextant suivre les traces qu'elle avait repérées. Non pas que ça m'ait dérangé mais les exercices d'escalade à laquelle nous dûmes nous livrer n'étaient clairement pas du goût du tous. J'ai fini par croire que Germain ou ce Aeron allaient rentrer estropiés. Par chance, cela fut la seule difficulté du trajet : nous croisâmes bien un ou deux orques isolés et deux brigands qui patrouillaient mais ils ne firent pas le poids face à notre troupe.

Nous avons donc fini par arriver en vue d'une espèce de camp. Rendus méfiants par l'étrange calme qui semblait y régner, nous nous sommes approchés avec la plus grande prudence pour finalement constater que cette quiétude n'était pas apparente : nous nous trouvions bien dans un camp, mais il semblait avoir été déserté quelques heures auparavant et aucune trace claire de ses anciens occupants ne subsistait.



Seul un cadavre jonchait le sol. Tout semblait l'identifier comme un prêtre de Cyric et je trouvais sa présence étrange : les lieux avaient visiblement été nettoyés, pourquoi laisser un cadavre traîner ? Nous passâmes plusieurs heures à inspecter le camp et ses alentours sans rien trouver. Aussi dépités qu'énervés, il nous fallut bien rentrer au bourg. Lyra partit de son côté pour tenter de trouver d'autres traces.

Je ne manquais pas de réfléchir pendant le trajet de retour. Keirianne m'avait rapporté avant l'expédition avoir aperçu Mélodie converser avec des brigands près du gué de l'Etoilée et s'enfoncer ensuite dans la forêt. Je m'étais alors demandé quel mauvais coup elle préparait cette fois, ravi de l'imprudence dont elle avait fait preuve. Je finis par être certain qu'elle avait averti les bandits de notre venue et ainsi avaient-ils pu quitter leur camp sans que notre expédition leur pose le moindre problème.

Une fois rentré au bourg, je laissai les autres profiter d'un repas bien mérité à l'auberge et me rendis chez le capitaine pour lui faire mon rapport. Il semblait aussi peu satisfait que moi du piètre bilan que je lui apportai. Lorsque je m'ouvris à lui des soupçons que je nourrissais à l'encontre de Mélodie, il convoqua Keirianne et sembla tirer, après le récit de cette dernière, les mêmes conclusions que moi, malgré le manque de preuves. Lyra fit irruption dans le bureau alors que nous réfléchissions : elle avait trouvé de nouvelles traces dans les bois ! Tout espoir n'était donc pas perdu et je dus mettre à contre cœur ma rage de côté pour préparer l'expédition que nous mènerions le lendemain.

Nous sommes partis un peu plus tard que la veille. L'expédition était composée de Sombre, Keirianne, Jayth, Warrick et d'une nouvelle arrivante du nom de Josana. Accepter la présence d'inconnus ne me ravissait pas mais je n'avais guère le choix : mieux valait prendre quelques risques sur le choix des compagnons que de ployer sous le nombre face aux brigands. Le trajet fut en tous les cas rapide et une fois arrivés aux abords de ce que Lyra pensait être le repaire de nos ennemis, nous prîmes le temps d'élaborer une stratégie qui tienne la route.



Ainsi préparés, nous pûmes avancer jusqu'au campement et à peine eus-je le temps d'apercevoir une sentinelle que des carreaux sifflèrent dans notre direction. Autant dire que toute stratégie disparut à ce moment-là. Pendant plusieurs minutes, le chaos des armes régna et finalement quand le silence retomba, nous avions vaincu nos ennemis. Une dizaine de corps reposaient à même le sol, morts ou n'ayant pas la force de pousser un dernier râle d'agonie. Tous mes compagnons étaient vivants, à défaut d'être indemnes.

Pendant un temps, nous avons exploré le campement, fouillant les quelques tentes qu'il regroupait. Malheureusement, à part quelques restes de butin, il n'y avait rien d'intéressant. Un sentiment d'inachevé me taraudait : les bandits dont nous étions venus à bout étaient juste des subordonnés et de leurs chefs, aucune trace. Pas le moindre indice non plus de leur motivation ou sur leurs complices. Nous allions finalement repartir quand Lyra découvrit une trappe. Immédiatement, je compris que c'est là que nous allions trouver les réponses à nos questions. Les autres semblaient également de cet avis et nous descendîmes les armes à la main.

Le chef des brigands se trouvait dans le repaire souterrain, et avec lui plusieurs costauds et un mage. Le combat qui s'ensuivit fut aussi rapide que violent. Il aurait pu nous être fatal mais le Seigneur des Batailles nous favorisa et nos ennemis finirent par succomber, non sans nous causer de graves blessures. J'étais moi-même dans un sale état et je ne me rappelle pas bien tout ce qui s'est passé alors. Je me souviens juste que nous avons libéré un petit homme qui prétendait être un messager royal. Le reste est flou et je crois que j'ai vraiment repris mes esprits le lendemain matin après être rentré au bourg et avoir dormi tout mon saoul.

A peine réveillé, j'ai croisé Helm, qui venait chercher Mélodie pour la mener à la maison communale. Je me doutais de la raison de sa convocation mais craignais que cela ne mène à rien. Le Dragon Pourpre m'enjoignit de le suivre également pour assister à ce qui allait se passer. Cela ne me ravissait guère car je n'avais pas totalement récupéré et je ne tenais pas à être associé directement avec la mise en accusation de la prêtresse mais je n'avais pas le choix.



Flaergan, Tessaril et Tzin étaient là et ils firent à peine attention à moi. Comme je le pensais, ils demandèrent à Mélodie de s'expliquer sur sa conduite avec les bandits. La bougresse ne se démonta et bien au contraire, elle affirma qu'elle ne pactisait pas avec eux mais étaient simplement victime des brigands lorsque Keirianne l'avait vue. Sans d'autres preuves, l'affaire me semblait perdue et je voyais déjà Mélodie repartir de la maison communale, blanchie de toute accusation. Mais Tessaril ne l'entendait pas ainsi. Lorsque l'interrogatoire pris fin, elle envoya l'intendante au cachot et je ne pus m'empêcher de jubiler intérieurement. Enfin, elle allait payer pour sa trahison. Je quittais ensuite les lieux après avoir assuré Flaergan que je lui remettrai mon rapport sous peu. Il savait que notre expédition avait été un succès mais n'en connaissait pas les détails : pas le genre de choses qu'un officier apprécie.

Le reste de la journée fut presque morose. Dans un premier temps, je montrai les environs au jeune Aeron. Une tête brûlée semble-t-il qui ne se fit pas prier lorsque Jayth pénétra dans une grotte dont j'avais entendu dire qu'elle abritait des trolls. J'ai fini par les suivre pour éviter qu'ils n'y laissent leur peau. Evidemment, c'est moi qui en ait fait les frais : un troll nous prit en chasse et je ne sais pas ce qui serait advenu de nous sans l'intervention de deux dragons pourpres en faction, non loin de là.

De retour au bourg, je rencontrai un nouvel arrivant, encore un, du nom de Bullin. Il m'a inspiré une sacrée antipathie. Ce nain vient du nord et semble être passionné de chasse. Jayth et lui m'ont suivi alors que je regagnais la Chopine pour faire une sieste au coin du feu. Ces imbéciles semblaient n'avoir rien de mieux à faire que m'empêcher de dormir. J'ai fini par monter dans ma chambre mais pas moyen de me reposer. Je me suis donc mis à écrire mais je me rends compte maintenant que j'aurais peut-être du éviter. Mes yeux persistent à vouloir se fermer depuis quelques minutes déjà et je crains que mon récit ne soit guère cohérent. Le rapport de Flaergan attendra."


Et Leandrys s'endormit.
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Lun 30 Avr - 17:22

Installé devant le bureau de sa modeste chambre, Leandrys observait la feuille de parchemin vierge qui lui faisait face en se frottant les mains. Cela faisait déjà quelques minutes que ce curieux manège durait. L'ennui était tel depuis quelques temps à Soirétoile qu'écrire était la seule occupation qui pouvait distraire le barbare de son morne quotidien. D'humeur bougonne, Leandrys pestait contre le froid et l'idée même de prendre la plume le faisait frissonner. Non pas qu'il ait fait particulièrement froid dans sa chambre, mais la chaleur rassurante de la grande salle de l'auberge et une cervoise tiède l'attiraient irrémédiablement. S'avachir et boire pendant des heures plutôt que de courir le gibier ou de partir en reconnaissance : une habitude à la fois si confortable et si détestable, qu'il avait prise durant ces dernières semaines. Après de longues minutes d'un conflit intérieur acharné, il finit par trouver un compromis satisfaisant : pour une fois, il descendrait écrire dans la salle, près du feu - comme il n'y avait personne à la Chopine, cela ne poserait pas de problème - et après ça, il viderait quelques chopines. Le devoir attendrait.

"Je ne me rappelais pas avoir vécu un hiver aussi vigoureux depuis des années. Pour un peu, je me croirais presque revenu dans ma Vaasie natale. Insidieux, le froid a vraisemblablement paralysé le bourg et ses alentours sans que personne ne s'en rende compte. Les gens ne sortent plus de chez eux. Les seuls à s'aventurer encore à l'extérieur sont les Dragons Pourpres et rien que pour cela, il faut reconnaître un certain courage. De toute façon, ce n'est pas comme si cela servait à quelque chose. Les orques n'ont jamais été aussi calmes.

Il y a quelques jours déjà, j'ai profité d'une journée où un temps un peu plus clément s'était installé pour faire une sorte de patrouille de reconnaissance. J'en ai parlé à personne, ni aux miliciens et encore moins au capitaine. Je suis certain qu'ils m'auraient tous ri au nez. Je suis donc parti en milieu de matinée en direction du sud. Ma première destination a été ma cabane. L'hiver ne l'a pas épargné. Elle est dans un triste état et j'en viens même à douter de pouvoir m'y établir une fois le printemps revenu. Je pourrai pas supporter bien longtemps encore de vivre à l'auberge. C'est certainement cette pensée qui m'a poussé inconsciemment à m'attarder un peu pour mettre en ordre ce que je pouvais, même si les intempéries et les orques réduiraient à n'en pas douter ces efforts au néant. Finalement, je quittai les lieux le cœur en berne et m'enfonçai dans les bois sans d'autre espoir que d'y trouver quoique ce soit qui puisse justifier cette ridicule patrouille. Mais, à part une poignée de sentinelles orques, aussi frigorifiées que moi, et quelques furtifs rongeurs, la forêt semblait désespérément déserte.



Je crois bien que c'est la dernière fois que je me suis risqué hors du bourg, ou du moins dans les bois parce que j'ai également été dans les catacombes. Je n'arrive pas à comprendre ce qui me pousse à retourner dans ce lieu maudit. La mort se rapproche à chaque fois un peu plus quand je m'y aventure. Cette fois, c'est parce que j'ai accepté de suivre Aliandre et Keirianne. J'avais croisé les deux lathandrites à la Chopine alors que je savourai mon repas près de la cheminée. Une tourte ou quelque chose dans ce goût-là.

Comme chaque fois qu'il m'apercevait, Aliandre s'était senti obligé de venir me saluer, puis de tailler un brin de causette. Le bougre n'est pas pénible à proprement parler mais il semblait alors dans un état d'euphorie agaçant, qui me coupa l'appétit, ou qui y parvient presque du moins. Il avait réussi les épreuves imposées par son dieu et était devenu, officiellement, une espèce de chevalier servant. Je n'ai pas bien saisi les explications. Sans doute parce que je me concentrais sur mon plat. Il me semble bien qu'Ethan est passé durant la soirée. Ca faisait une paye que je ne l'avais pas vu. Parti étudier quelque chose quelque part. Rien de bien intéressant. Fort heureusement, son récit ne fut pas bien long. Je ne sais pas ce que j'ai contre lui. Il ne m'a jamais fait de tort pourtant mais il m'agace. Un peu plus tard, une nouvelle arrivante fit son apparition. Je ne me rappelle pas son prénom. En tous les cas, il fit forte impression sur Aliandre. Je ne me rappelle plus vraiment à quoi elle ressemblait.

Bizarre que je me souvienne de rien. En fin de compte, c'est peut-être l'alcool et pas mon manque d'intérêt qui me brouille la mémoire. Toujours est-il que je me souviens vaguement qu'elle s'est présentée et ensuite, Keirianne a fait son apparition. Je ne l'avais pas vu depuis quelques jours. Ca, je m'en rappelle bien par contre. Faut dire aussi qu'elle était en jupe et qu'elle marchait en compagnie d'un bellâtre que j'ai déjà aperçu au temple. C'est là que je me suis rendu compte que j'avais presque complètement oublié que Keirianne était une femme. Etrange. Il y avait finalement pas mal de monde dans la salle de la Chopine et c'était la première fois depuis quelques temps. Dunman arborait la mine des bons jours et je suis presque certain que c'est de voir des gens son auberge, et pas de récupérer leur argent, qui lui mettait du baume au cœur.

Je me plains pas mal du calme de ces derniers temps et pourtant alors qu'il y avait pour une fois un peu d'activité, je me suis mis à l'écart. Je dois être tordu. J'aime bien être seul quand il y a du monde autour de moi. Mais rester vraiment seul me fiche le bourdon. Heureusement la bière est là. Satanée bière. Je finissais une dernière choppe avant d'aller me coucher quand Keirianne et Aliandre, les derniers encore présents dans la salle, sont venus me voir. A leur trogne, j'ai de suite compris qu'ils voulaient me demander quelque chose. L'alcool ou la fatigue peut-être, voire les deux... J'ai accepté de les accompagner le lendemain pour une expédition dans les catacombes. Tu parles d'un imbécile.

Après une nuit agitée et un déjeuner frugal, l'heure est venue de se mettre en route. A nouveau sobre et en pleine possession de mes moyens, je regrettai désormais amèrement de devoir m'aventurer hors du bourg. Mes deux comparses ont d'ailleurs du le remarquer : je ne crois pas avoir décroché plus de dix mots pendant le trajet. Comment narrer ce qui suivit ? Les dangers des catacombes de Soirétoile ne sont pas fictifs. Je ne sais pas exactement combien de temps nous sommes restés à l'intérieur mais cela m'a paru bien trop long. Des araignées, des morts-vivants, des pièges, des passages dissimulés dans l'ombre... Tous aussi périlleux les uns que les autres.

C'est à la sortie d'un de ses passages que j'ai bien cru que mon heure était venue. Aliandre et Keirianne s'étaient retrouvés coincés, je n'ai toujours pas compris comment, et je faisais le guet dans ce qui ressemblait à une salle du trône. Un peu plus tôt, on y avait éliminé quelques squelettes dont les coups m'endolorissaient encore les bras et le dos. En attendant que les deux autres s'en sortent, je m'étais finalement assis sur l'espèce de trône et j'essayais de rafistoler sommairement mes blessures. C'est à ce moment que plusieurs longs râles retentirent à proximité. Leur origine ne faisait pas de doute : des zombies se dirigeaient vers nous. J'exhortai mes compagnons mais quelque chose les retenait. Je me retrouvai donc seul et blessée face à l'entrée de la salle, hache à la main et bouclier levé lorsque pas loin d'une dizaine de zombies entrèrent d'un pas lent. Sans que l'idée de fuir ne m'effleura l'esprit, je me jetai au milieu et frappait de taille et d'estoc jusqu'à ne plus rien voir bouger autour de moi. J'étais alors couvert d'immondices, de saletés, et de sang visqueux, et plusieurs nouvelles blessures me striaient le corps.

Plusieurs autres zombies firent irruption dans la salle mais par chance, Aliandre et Keirianne purent cette fois m'épauler et nous en vînmes à bout sans mal. Néanmoins, au vu de nos états respectifs, il était dorénavant impératif de rebrousser chemin jusqu'au bourg. Par chance, sortir des catacombes fut plus facile que de s'y introduire et bientôt nous fûmes dans les Gorges de l'Etoilée.



Il faisait déjà nuit noire, preuve que l'on était resté plusieurs heures à l'intérieur, mais nous pûmes rentrer sans encombre. Je ne remerciai ni Aliandre, ni Keirianne pour l'excursion et je rentrai directement à la Chopine pour un repos somme toute bien mérité. Il a fallu plusieurs jours pour que toutes mes plaies se referment. Depuis, je crois bien que je ne suis plus sorti du bourg.

Foutu hiver."
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MessageSujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon   Mar 14 Juil - 3:19

Les longs mois de l'hiver touchaient finalement à leur fin et le bourg de Soirétoile semblait sortir doucement, presque à contre coeur, du doux état de somnolence dans lequel il s'était plongé à l'arrivée des premières gelées. Les indices ne trompaient pas : la place du marché se regarnissaient lentement en marchands, fournitures et clients ; Durthal s'était remis à travailler en plein air ; les Dragons Pourpres patrouillaient à nouveau sur les sentiers du bourg et des alentours ; seul Dunman semblait encore nier obstinément l'arrivée des beaux jours et passait ainsi son temps à pester contre les clients paresseux qui laissaient ouverte la porte de sa fière Chopine. Ce dont Leandrys se serait bien passé d'ailleurs ! Il dormait encore de temps à autre à la Chopine et les cris de l'aubergiste n'avait rien d'une berceuse. Le barbare se réveilla donc pour changer en grommelant.



Malheureusement, les Vespériens n'étaient vraisemblablement pas les seuls à sortir de leur hibernation. Les autres habitants de la région étaient également de retour. Leandrys l'avait constaté dès son réveil : le bourg était en proie à une agitation inhabituelle et pour cause, le moulin de Deltar était en train de brûler. Le premier réflexe du Vaasien fut de se rendre sur place mais la dissolution de la milice lui revint à l'esprit et il se résolut, l'âme en berne, à se contenter d'un tour au marché, admettant malgré lui que le capitaine Flaergan ferait de toute façon un bien meilleur travail que le sien.

Flâner dans le bourg n'était pas l'activité préférée de Leandrys mais même lui devait admettre qu'il était agréable de s'y promener à nouveau et de saluer les habitants perdus de vue pendant ce long hiver, voire même de faire de nouvelles rencontres. Car, effectivement, les routes du Cormyr étant certainement redevenus praticables, elles avaient apportés leur lot de voyageurs, marchands et aventuriers en tout genre. Malgré le réveil agité du matin, la journée se déroulait donc sous les meilleures auspices.

Cela ne dura évidemment pas. Un garde fit le tour du bourg à la recherche des quelques aventuriers trainant leurs guêtres ici et là, leur demandant de bien vouloir se rendre séance tenante à la Maison Communale pour y retrouver Dame Tessaril, qui, semble-t-il, avait un message de la plus haute importance à leur transmettre. Poussé autant par la curiosité que l'ennui, le barbare s'y rendit donc, croisant notamment au passage Aliandre, Alton et deux jeunes femmes qu'il ne lui semblait pas avoir déjà croisé à Soirétoile.



Le lendemain soir, Leandrys était installé confortablement dans un fauteuil faisant face à la cheminée du dortoir de la Chopine. Il regrettait son ancienne chambre et son bureau mais après tout, c'était de sa faute s'il avait oublié sa bourse à la cabane. Et la politique de Dunman quant au crédit aux clients était on ne peut plus clair. Alors qu'il soupirait à cette pensée, Leandrys calla son carnet sur ses jambes et commença à écrire.

Les jours, les mois, les années se ressemblent à Soirétoile. A croire que jamais le bourg ne sera tranquille. Dame Tessaril a fait chercher les aventuriers trainant au village hier pour une affaire urgente : le capitaine Hondh avait disparu après être allé enquêté au moulin de Deltar. Lui et quatre Dragons Pourpres. Évidemment, là, la Dame avait besoin d'aventuriers... Pour aller voir ce qui s'était passé. Elle avait l'air plutôt inquiète, même qu'elle a proposé une récompense.

Toujours est-il qu'avec quelques autres, on s'est aventuré au nord. Puisque c'est là que les traces repérées au moulin semblaient mener. J'ai jamais beaucoup aimé les Gorges de l'Etoilée. J'me sens bien plus à mon aise dans la forêt. Faut dire que les gobelins qui trainaient hier étaient pas là pour que j'm'y sente mieux. On s'est fait attaqué dès qu'on a commencé à s'enfoncer dans les Gorges. Par chance ou par malchance d'ailleurs, une fois débarrassé de cette vermine, on a découvert le corps d'un garde. En piteux état. Autant dire que ça n'augurait rien de bon. Entre ça, les quelques blessures déjà récoltées et l'orage qui s'en donnait à coeur joie, je serai bien rentré au bourg. Mais mes compagnons ne voulaient pas en rester là. On a donc continué à suivre les traces. Qui évidemment nous ont amené dans un endroit charmant : Fort-qui-tue.

J'ai toujours détesté cet endroit et pourtant j'y ai pas beaucoup mis les pieds. Toujours est-il qu'après être passé sur le corps de quelques gobelins qui faisaient le guet, puis d'une poignée de bandits à l'intérieur du fort, on a enfin trouvé Flaergan. Entre temps, on avait trouvé le corps de deux Dragons Pourpre. Le corps du dernier se trouvait avec le capitaine. Faut croire que lui avait eu de la chance. Chance dont il comptait bien profiter en ne s'attardant pas. Ce que nous autres approuvions complètement. Tout aurait été parfait si à la sortie une forte troupe, mené par un foutu mage, ne nous attendait pas, bien décidés à nous empêcher de quitter les lieux sans les "saluer". Le combat a été aussi court que violent. Je crois bien qu'une bonne partie de notre groupe de fortune a mordu la poussière. Mais, loué soit Ulutiu, nos adversaires n'ont pas eu plus de veine. Ceux qui ne se sont pas effondrés se sont enfuis, surpris que le combat ne tourne pas de suite à leur avantage.

On a donc pu retourner au bourg, se portant et se supportant les uns les autres. Les visages changent mais les jours, les mois, les années se ressemblent à Soirétoile. Arrivé au temple de Lathandre, j'avais l'impression d'avoir vécu cette situation bien trop de fois. Je me suis reposé depuis, me hasardant seulement au bourg pour saluer quelques connaissances, Ethan et Sombre notamment.



Je me demande parfois ce qui me pousse encore et encore à aller risquer ma peau dans des missions plus foutrement dangereuses les unes que les autres. Je crois avoir enfin trouvé la réponse.

Faut croire que j'aime ça."
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