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| | [Récit] Méditations d'un barbare bougon | |
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| Auteur | Message |
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Leandrys

Age : 26 Inscrit le : 12 Avr 2007 Messages : 51 Localisation : Soirétoile
 | Sujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon Lun 30 Avr - 16:19 | |
| "J'en étais presque à me plaindre des quelques jours tranquilles qu'on avait ces derniers temps à Soirétoile. Si j'avais su que la mort pointerai à nouveau son nez si vite, j'aurai au moins un peu essayé d'apprécier à sa juste valeur mon ennui. Quand je me suis levé ce matin, tout avait pourtant plutôt bien commencé. Un lait de chèvre chaud, quelques tranches de pain et j'étais parti pour me la couler douce auprès du feu à la Chopine. Faut dire que le temps de ses derniers jours en vient presque à me rappeler celui de Delhalls. Un vent pas possible, de la neige presque en permanence : rien de bien réjouissant. Personne me croirait si je leur disais que je suis dans le genre frileux. La seule chose qu'il y a de bien avec le froid, c'est qu'il suffit de se coller dos à un bon feu de cheminée pour revivre. Le peu de fois où j'ai traîné mes guêtres dans des contrées chaudes, j'ai bien cru que j'allais y laisser ma peau. Ca tanne la peau comme si on voulait en faire un manteau et pour se rafraîchir, il faut avoir la chance de trouver un point d'eau dans lequel on peut plonger sans avoir l'impression de barboter dans la pisse d'âne. La fraîcheur, c'est pas si mal après tout. Reste à voir si ce satané temps va durer. Hier encore, je suis allé dans les bois voir si je trouvais pas une bricole dans les bois pour Pouce-Cailloux. Non seulement j'ai rien trouvé mais en plus, je me suis fait surprendre par la nuit et la neige. J'en menais pas large en rentrant au bourg.

Installé bien confortablement dans le canapé de la Chopine, j'ai aperçu Sombre. Une sacrée chance. Ca faisait une paye que je l'avais pas vu et en plus, c'est lui qui avait récupéré mes affaires lors de l'affaire des bandits. Visiblement, il n'en avait pour ainsi dire pas parlé autour de lui, si ce n'est à Dunman. Deux raisons d'être content de lui. Après une rapide discussion, il m'a remis quelques unes de mes affaires, oubliant seulement l'anneau-lanterne que m'avait confié Flaergan. Sur le coup, ça ne m'a guère perturbé mais lorsqu'un peu plus tard dans la journée, il me dit l'avoir perdu pendant une escarmouche avec des bandits, j'ai regretté de pas lui avoir réclamé plus tôt. Je vais avoir l'air malin si le capitaine me parle de l'anneau. J'ai croisé Mélodie un peu plus tard. Toujours aussi peu affable. Peut-être moi qu'elle a du mal à supporter. Aucune idée. En tous les cas, elle s'était décarcassée pour avoir mon information. Elle a en effet retrouvé la trace d'Anabelle. Paraissait-il qu'elle passait pas mal de temps dans le coin de la quincaillerie. Après l'avoir remercié, j'ai enfin pu aller me débarrasser de cette lettre qui traînait dans mon coffre depuis déjà quelques temps maintenant. La donzelle fut plutôt reconnaissante d'avoir enfin des nouvelles de son fiancé. Je me suis attardé un peu, le temps de la rassurer sur la santé de ce dernier - c'est le messager et pas le fiancé qui s'était fait alpaguer par les bandits, encore eux - et je suis ensuite rentré au bourg. J'ai fait un arrêt rapide chez le capitaine et le temps d'échanger quelques idées avec lui en buvant un verre, j'étais reparti.
J'étais donc de nouveau dans le canapé de la Chopine lorsque j'ai appris que c'est aujourd'hui qu'aurait lieu le procès de Moth. Le temps de saluer Dunman et j'étais en route pour la maison communale. Ils allaient commencer lorsque j'ai frappé à la porte. J'ai senti quelques regards surpris mais ils ont accepté que j'assiste au procès, en tant que maître d'armes de la milice, alors qu'il se tenait à huis clos. Y avait pas grand monde. Un garde ou deux, Flaergan, Tzin, sa seigneurie au nom imprononçable et Mélodie. Elle était assise dans un coin pour coucher sur papier tout ce qui se passait. Que de dire de ce qui s'est passé ? Une mascarade : peut-être. Une perte de temps : à n'en pas douter. La culpabilité de cette saleté de mage n'était pas à prouver. J'aurai bien aimé avoir quelques informations sur ses fameux collaborateurs, mais cet imbécile s'est contenté de jeter leurs noms au visage des juges, sans apporter la moindre preuve. Mélodie et Alton. Devais-je m'en étonner ? Ca ne pouvait être qu'eux. Reste que sans aucune preuve à réfuter, l'intendante n'a eu qu'à inventer une minable histoire de soupirant éconduit. Autant dire que la révélation de Moth n'a donc pas servi à grand-chose. Visiblement déçu qu'on n'accorde aucune considération à ces paroles, le bougre s'est jeté sur Mélodie. Quelques instants plus tard, il gisait au sol, inconscient. Le procès se conclut sur cette note ridicule. L'exécution aurait lieu immédiatement après. Je pouvais encadrer ce foutu mage mais j'ai jamais aimé ce genre de choses. Me restait plus qu'à rentrer à la Chopine.
A croire que j'y passe le plus clair de mon temps. Remarque, quand je regarde ces derniers jours, c'est pas loin d'être faux. D'ici quelques temps, ce sera peut-être à la cabane que je m'attarderai mais avec le temps qu'on a depuis le début de l'hiver et l'état de ma bourse, j'ai bien peur de ne pouvoir faire travailler le charpentier qu'au printemps. Je réfléchissais à la manière d'obtenir les lions d'or qui me manquaient lorsque Jayth est arrivé. Ce serpent ne savait même pas qu'au moment même où on se parlait, Moth se faisait exécuter. Pendaison je crois. J'en ai donc profité pour tourmenter ce faux mendiant en lui parlant du procès du mage. Ca l'intéressait et pas qu'un peu. C'est marrant mais si j'oublie qu'il a essayé de me tuer, j'en viendrai presque à trouver marrant de discuter avec lui. Il a fallu que du monde, en l'occurrence Sombre, Alton et une jeune femme nouvelle dans le coin, arrive pour qu'il reprenne ses sales habitudes. La donzelle était une adepte de Lathandre. Faut croire que sans le temple, il n'y aurait pas de passage au bourg ou presque. Elle semblait plutôt sympathique mais supportait difficilement la présence de Jayth. L'odeur peut-être.
Le capitaine Flaergan est arrivé un peu plus tard à la Chopine, et spécialement pour me parler en plus. On s'est donc mis un peu à l'écart et il m'a entretenu d'une mission que confiait le temple à la milice. Aliandre avait disparu depuis quelques temps et l'hypothèse la plus probable était qu'il s'était rendu seul dans les catacombes. L'imbécile. Il fallait qu'on le retrouve. Une mission risquée mais le futur prêtre était visiblement apprécié en ville puisqu'en plus de Sombre, Férostil et moi, assignés à la mission, Jayth et la jeune Sana se joignirent à nous, de même qu'Alton, qui en dépit de la méfiance que je lui voue, demeure un sacré atout pour quiconque veut se rendre dans les catacombes.

Le trajet jusqu'à la mine fut rapide. Le temps était toujours aussi déplorable. A la neige succéda la pluie et on était tous à moitié couvert de boue en arrivant à la caverne. Nos premiers pas à l'intérieur furent prudents, de même que les suivants. Nous progressions au pas, de pièce en pièce. Nous n'étions pas encore rendus bien loin lorsqu'on est tombé sur quelques macchabées. Confiants puisque bien armés et plus nombreux, nous n'avons pas reculé. Une sacrée erreur. Ces créatures encaissaient nos coups sans sourciller mais c'était loin d'être notre cas. Je m'étais mis devant pour encaisser à la place des autres, plus frêles que moi, et j'ai été comblé au-delà de mes espérances. Il a pas fallu longtemps pour que je me retrouve au sol, dans un sale état. Je me suis réveillé quelques temps plus tard dans une salle avec les autres. Les autres ne semblaient pas en meilleure forme que moi. On a compris que la seule chose à faire, c'était se tirer bien rapidement. Seulement, Férostil a fait du zèle. Il s'est retrouvé au sol en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Sans Sombre pour le porter, il serait certainement encore dans les catacombes. On peut pas dire que j'ai été d'une grande aide sur ce coup-là. C'est plutôt Alton qui a fait office de sauveur. Il a sorti tout le monde des catacombes en risquant sa vie : j'en avais même du mal à le croire. Au final, on a pu tous repartir, excepté Jayth que j'ai pas vu sortir. Ce qui ne veut pas dire qu'il s'en est pas tiré, d'ailleurs. Le temps de rentrer au temple pour ramener Férostil et bénéficier des soins de Myrkyr, et je pouvais enfin rentrer me reposer. Manque de pot, malgré la fatigue, impossible de dormir."
Leandrys répéta ce qui était presque devenu un rituel pour lui. Il tailla sa plume, réunit les feuilles de son petit carnet, referma la petite fiole d'encre sembienne qu'il utilisait, fourra soigneusement le tout dans son paquetage avant de mettre ce dernier dans le grand coffre au pied de sa couche. |
|  | | Leandrys

Age : 26 Inscrit le : 12 Avr 2007 Messages : 51 Localisation : Soirétoile
 | Sujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon Lun 30 Avr - 16:19 | |
| Leandrys se leva un peu plus tôt que d'habitude ce jour-là, sans vraiment comprendre pourquoi d'ailleurs. Habituellement, le chant du coq et le murmure naissant de l'activité des artisans avait raison de son sommeil seulement un peu plus tard. Mais ce matin-là, il s'était réveillé avec un étrange pressentiment, qu'il interpréta alors comme le présage d'une heureuse journée. Après avoir réuni dans son paquetage la grossière carte qu'il avait faite de la région et son nécessaire à écriture, il descendit dans la salle commune de la Chopine. A cette heure-ci, seuls Dunman et Norema s'y trouvaient déjà, préparant les tables pour les premiers clients de la journée. Le barbare les salua chaleureusement et après avoir avalé un verre de lait de chèvre, il se mit en route.
Vers où exactement, il ne le savait pas encore. Les Rocterres étaient certainement l'endroit qu'il avait le moins exploré dans la région mais s'y rendre seul relevait de la folie pure et simple. La seule fois qu'il s'était un peu enfoncé dans ces landes, c'était avec ce brave Gronthar, dont Leandrys ne savait d'ailleurs pas quoi penser. Ils y avaient rencontré plusieurs féroces créatures, dont un félin d'une puissance impressionnante et une araignée géante, sans compter les gobelins qui semblaient infester les alentours. Et si l'expédition s'était plutôt bien terminée, le vaasien ne tenait pas à tenter sa chance cette fois. Le ciel était clair et malgré la fraîcheur du matin, le soleil luisait à l'horizon, prodiguant une chaleur agréable à quiconque passant sous ses rayons. Leandrys finit donc par prendre la route de l'est. Malheureusement, sa marche ne lui procura guère de satisfaction si ce n'était celle de respirer l'air frais de la campagne. Les plaines environnantes étaient en effet de vastes pâturages, d'un calme à la fois rassurant et inquiétant. Aucun mouvement, aucun bruit ne vint perturber le maître d'armes alors qu'il reportait maladroitement sur sa carte ce qu'il voyait.

Bientôt, il jugea qu'il n'était pas nécessaire de s'éloigner plus avant du bourg et rebroussa chemin, sans toutefois abandonner l'idée de compléter son travail. Quelques jours auparavant, il avait entendu un dragon pourpre mentionner une auberge nommée "L'ogre repu". L'endroit se trouvait selon ce dernier sur la route du sud. Intrigué, Leandrys s'était promis d'y faire un tour dès que possible. Le soleil était alors au zénith et malgré le long trajet qui l'attendait, le barbare ne doutait pas de pouvoir rentrer avant la nuit. Au pire, il envisageait de se reposer dans sa cabane, même si la perspective de dormir à même le plancher avec pour seule couverture un vieux drap troué ne le ravissait guère. Habiter au bord de l'Etoilée le ravirait, mais seulement quand les parois auraient été restaurés et le toit refait. Même s'il craignait moins le froid que les vespériens, Leandrys ne s'en était pas moins habitué au confort de sa chambre d'auberge.
C'est avec ces considérations bien en tête qu'il traversa l'orée de la Forêt Royale au pas de course. Mais courir en tâchant de rester discret n'était pas facile et surtout pour un homme de sa stature. Sachant les dangers que les bois pouvaient présenter, où les orques et les bandits n'étaient pas forcément les adversaires les plus à craindre, le milicien ne désirait en effet pas prendre plus de risques que nécessaire. Le trajet fut somme toute assez rapide, l'auberge étant plus proche qu'il ne l'avait d'abord pensé. Deux ou trois modestes habitations l'entouraient. L'auberge ne semblait guère luxueuse de l'extérieur et cela se confirma lorsqu'il entra. On était vraiment loin de l'atmosphère chaleureuse de la Chopine. Le tenancier tirait une mine revêche et observait Leandrys d'une manière peu amène. Il n'y avait pour ainsi dire pas de clients. Un gamin et un halfelin éveillèrent son attention. Le premier avait essayé de lui soutirer quelques pièces pour un jeu de chance et le second lui raconta ses mésaventures. Le semi-homme s'était en effet fait attaquer par un gnoll dans les bois et ce dernier lui avait dérobé sa lame, un héritage de famille pour ce qu'en avait compris le barbare. Naturellement, le petit voulait la récupérer et voyant la carrure de son interlocuteur, il se risqua à lui demander ce périlleux service, moyennant une poignée de lions d'or. Guère désireux de se faire étriper sans savoir à quoi il s'attaquait, Leandrys laissa entendre à l'halfelin qu'il était possible qu'il l'aide, auquel cas il aurait de ses nouvelles.
Après s'être installé à une des tables de l'auberge et avoir compléter sa carte en buvant une bière de piètre qualité, il fut temps de repartir. Cependant, le maître d'armes avait visiblement mal estimé le temps passé à l'Ogre Repu, certainement à cause l'absence de toute fenêtre, et la nuit le surprit alors qu'il s'approchait du gué de l'Etoilée. Par chance, ce fut la seule à tromper sa vigilance. Il aperçut en effet deux bandits postés sur une butte, qui malgré le froid et l'heure tardive semblait attendre qu'un passant imprudent s'aventure à portée de leurs arcs. Même s'il avait récupéré sa hache, Leandrys avait encore en mémoire la rouste que lui avaient donné deux autres brigands peu de temps auparavant. Profitant donc de l'obscurité, renforcée par les épais flocons qui tombaient désormais du ciel, il passa le gué le plus discrètement possible et gagna le petit bois qui le séparait encore de Soirétoile. Malheureusement, la fin du trajet ne fut pas aussi heureuse. En effet, alors qu'il longeait l'Etoilée, une flèche atteignit Leandrys au poitrail. La blessure était profonde et sans sa vieille armure de cuir elle aurait certainement été fatale. Profitant que toutes ses forces ne l'avaient pas encore abandonné, le barbare chargea les deux orques qu'il aperçut un peu plus loin. Ces derniers, visiblement surpris de l'opiniâtreté de leur adversaire, hésitèrent quelques secondes avant de l'attaquer une nouvelle fois. Ces quelques instants de flottement leur furent fatal. La hache de Leandrys acheva promptement ses deux opposants, et il put finalement regagner le bourg, quoique avec une vilaine blessure dont il se serait volontiers passé.
La soirée était déjà bien avancée lorsque Leandrys redescendit dans la salle commune pour dîner. La plupart des clients avaient déserté pour regagner leur chaumière et il put donc manger en paix, du moins au début car Dunman finit par se joindre à lui et ils passèrent la soirée à discuter. Depuis que le barbare était arrivé à Soirétoile, Dunman était certainement une des personnes à s'être montrer le plus amical et le plus courtois avec lui. Leandrys l'appréciait donc et la réciproque se vérifia lorsque le tenancier de la Chopine lui proposa de lui montrer sa réserve personnelle, située à la cave. Il accepta de bon cœur et suivit Dunman à l'étage inférieur de l'auberge en empruntant qu'il était sûr d'être incapable de retrouver seul tant elle était bien dissimulée.
La réserve était constituée d'objets divers, principalement du matériel oublié là par des aventuriers, généralement plus en état de revenir les récupérer. Après avoir passé un long moment à examiner chacun des objets, les deux hommes, qui progressaient dans la pièce avec précaution en raison des nombreux pièges disposés au sol, finirent par tomber sur une chemise de mailles qui intéressait grandement Leandrys. Il en fit l'acquisition pour une somme raisonnable. Cela entamait nettement l'argent qu'il gardait pour retaper sa cabane mais après tout, les réparations n'auraient pas lieu avant le printemps maintenant, et d'ici là, il aurait bien le temps de récupérer quelques lions d'or ici et là. Le barbare acheta également une lanterne, regrettant alors amèrement la perte de l'anneau-lanterne que lui avait confié Flaergan.
Un peu plus tard dans la soirée encore, alors que les deux hommes étaient remontés dans la salle commune, Tessaril fit son entrée dans la Chopine. La dame venait se restaurer. Elle en profita pour faire la connaissance de maître d'armes de la milice. Leandrys, qui ne savait guère comment se comporter avec une personne de cette importance, se contenta de répondre au question de son interlocutrice, qui paraissait au demeurant fort sympathique. Malgré le froid ambiant, la jeune femme arborait en effet un décolleté plongeant qui fit plus d'effet au barbare qu'il ne l'aurait voulu et il espérait qu'elle n'avait pas aperçu son regard concupiscent se hasarder dans les méandres de sa gorge.
La nuit qui suivit fut agité et Leandrys ne comprit pas pourquoi. Toujours est-il que le matin venu, il se sentait dans une forme éclatante et mu par son instinct, il quitta la Chopine pour se diriger d'un pas décidé vers le pont de la rivière Pâlechance, à l'endroit même où quelques jours auparavant il avait chuté face à ces maudits bandits. Là également où Sombre s'était fait subtiliser l'anneau du maître d'armes. Comme il le subodorait, deux brigands faisaient le gué de l'autre côté du pont. N'hésitant pas un seul instant, Leandrys leur courut sus et comme les orques la veille, les deux compères furent si surpris qu'avant d'avoir eu le temps de jeter leur arc pour s'équiper de leur épée, ils gisaient au sol, face contre terre.

Le milicien les fouilla soigneusement, bien qu'en général le détroussement des cadavres le répugnait, mais ne trouva pas la moindre trace de son anneau. Quelque peu dépité mais toujours excité par le combat qu'il venait de mener, il profita du moment pour aller chasser et la chance lui sourit car il rencontra à l'orée de la forêt un cerf magnifique. A l'inverse des sangliers dont le premier réflexe était en général de tenter d'éventrer Leandrys, les cerfs avaient tendance à fuir. La tâche ne fut donc que trop aisée et il suffit de deux carreaux pour que l'animal succombe. Le dépeçage prit un certain temps et lorsqu'il en vint finalement à bout, Leandrys décida qu'il était grand temps de manger. Il préleva un morceau de sa proie et la fit rôtir au-dessus d'un petit feu de bois. Une fois restauré, il regagna le bourg. La peau de l'animal et sa chair lui rapportèrent quelques pièces.
Alors qu'il remettait la viande du cerf à Pouce-Cailloux à l'entrée de la cuisine de la Chopine, une jeune femme interpella Leandrys. Elle venait d'arriver en ville et cherchait à se rendre au temple. Poussant un soupir en songeant que le bourg regorgeait décidemment de fidèles au Seigneur du Matin, le maître d'armes offrit son aide à la nouvelle arrivante et lui proposa de l'accompagner. Keirianne, puisque c'était son prénom, s'empressa d'accepter et il la mena donc jusqu'à Myrkyr. Ce dernier l'accueillit à bras ouvert et Leandrys allait donc s'éclipser lorsqu'il vit Aliandre s'approcher d'un pas tranquille. Persuadé que le jeune homme avait disparu dans les Catacombes, le barbare ne cacha pas sa surprise. De son côté, Aliandre semblait ne pas comprendre. Après que Myrkyr et sa nouvelle aspirante eurent quitté la pièce, les deux hommes purent enfin s'expliquer. Aliandre ne s'était jamais rendu dans les catacombes et déplora l'expédition aussi inutile que meurtrière que ses compagnons avaient entrepris, à l'initiative du temple. Sachant que le jeune homme n'était pas responsable, Leandrys réprima sa mauvaise humeur, grommelant seulement de temps à autre. Aliandre se montera toutefois particulièrement intéressé par les découvertes du maître d'armes et de ses compagnons. Ces zombies étranges qu'ils avaient rencontrés là-bas étaient non seulement mortellement dangereux mais leur résistance aux armes communes était surnaturelle. Le problème était particulièrement préoccupant pour ces fidèles de Lathandre, nota Leandrys, leur dogme les obligeant à éradiquer les morts-vivants. Toutefois, quand bien même le barbare ne faisait pas montre de la même ferveur à éradiquer ces créatures qu'Aliandre ou le vieil aventurier nommé Jelde, qui avait rejoint la conversation un peu plus tôt, il était conscient du danger qu'elles représentaient et assura son jeune compagnon de son soutien.
Alors que la nuit tombait, Leandrys regagna sa chambre à la Chopine. Il ouvrit son carnet pour y consigner les évènements des deux dernières journées mais se ravisa rapidement. Après tout, il ne s'était pas passé grand-chose... |
|  | | Leandrys

Age : 26 Inscrit le : 12 Avr 2007 Messages : 51 Localisation : Soirétoile
 | Sujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon Lun 30 Avr - 16:20 | |
| "Ca fait quelques temps que j'ai pas pris la plume et déjà les évènements des derniers jours lentement s'effacent dans ma mémoire. Faut dire qu'il s'est passé tellement de trucs... Le temps a passé depuis que je me suis installé à Soirétoile et je saurai toujours pas dire si j'habite une contrée paisible. Des fois, j'ai l'impression que rien ne saura tromper mon ennui et d'autres fois, j'en viens à prier Ulutiu de m'accorder la grâce d'un bon feu de bois, d'une couverture et d'un fauteuil moelleux.
Tout a commencé lorsque je me suis mis en tête de récupérer ma pierre. J'étais presque sûr de l'avoir perdue dans l'expédition qui nous avait mené dans la mine de cuivre des nains. J'avais peu d'espoir de la récupérer mais je m'étais attaché plus que je ne saurai le dire à ce foutu caillou. Je ressentais une espèce de manque en son absence que rien ne parvenait à combler. Trop souvent à mon goût, ma main glissait en vain jusqu'à la poche où j'avais l'habitude de dissimuler l'agate.
Bref, il fallait faire quelque chose. Par chance, y avait quelques aventuriers au bourg : Keirianne, la jeune recrue du temple qui venait également de s'engager dans milice, Alton et un p'tit bout de femme du nom de Su. Tous semblaient ravis à l'idée de m'accompagner quoique je n'ai pas bien cerné les motivations de chacun. Certes, aucun ne connaissait l'endroit et la curiosité devait avoir son rôle là-dedans mais ça ne devait pas être leur seul raison ou alors ils n'avaient rien entendu lorsque je leur avais parlé des dangers de l'endroit.

Nous nous sommes mis en route en fin de matinée. Le trajet jusqu'à la mine n'a évidemment pas été bien long. Elle est à quelques pas seulement du temple, autant dire juste à côté du bourg. Une fois entré, j'ai passé un temps à leur expliquer les dangers qui nous attendaient. En effet, si je voulais seulement explorer la mine pour essayer de retrouver mon agate, je n'en comptais pas moins aller jeter un coup d'œil du côté des duergars. Ethan, me semble-t-il m'avait assuré que les niveaux inférieux étaient condamnés mais je tenais à m'en assurer par moi-même. Après tout, même s'ils ne semblent pas se plaire à leur surface, les duergars pourraient bien y faire un tour à l'occasion et si ça devait être le cas, je donne pas cher de la peau de la moitié des habitants de Soirétoile.
L'exploration de la mine n'a malheureusement pas donné grand-chose. Nous parcourions ses longs couloirs sans que je vois la moindre trace de ma pierre. Tout au plus a-t-on croisé quelques créatures guère dangereuses pour les aventuriers que nous sommes : araignées et striges pour la plupart. Malgré ce que je pensais, les derniers niveaux de la mine n'étaient pas condamnés. L'imbécile qui m'avait dit ça ne devait juste pas savoir quel chemin emprunter. Nous sommes donc parvenus à gagner le niveau le plus bas où se trouve l'entrée du repaire duergar, ainsi que ces espèces de champignons sur pattes que j'ai entendu appeler myconides ou quelque chose dans ce goût-là. Les cadavres des nains auxquels j'avais emprunté mon arbalète gisaient toujours au sol, dans un état de décomposition avancée. Je savais ce que je voulais savoir : Soirétoile était à la merci d'un raid de ses brutes sanguinaires.
Il ne restait plus qu'à remonter quand bien même ma pierre restait introuvable. Pourtant, même si je pensais que mes compagnons seraient dissuadés de continuer par les cadavres, Alton et Su voulurent absolument jeter un coup d'œil au repaire duergar. Autant dire que mon dernier passage dans les parages me poussait à courir dans l'autre sens mais après tout, c'est moi qui les avait amené là : j'aurai l'air malin à les laisser se faire trucider par ces nains, surtout après qu'Alton m'ait sauvé la vie dans les catacombes. Bref, je les ai suivi et Keirianne aussi. Autant dire que les choses ne se sont pas bien passées, comme je m'en doutais. Un groupe de guerriers duergars nous est tombé dessus à peine entrés. La jeune milicienne s'est rapidement effondrée au sol sous les coups qui pleuvaient tandis qu'Alton et Su s'éclipsaient promptement. Par chance, les quelques uns qui nous avaient surpris n'étaient pas assez nombreux et on put en venir à bout. Tymora devait même traîner dans le coin parce que je découvris sur un des cadavres ma pierre. Une fois Keirianne remise sur pieds, les autres ne se sont pas faits priés pour rebrousser chemin et tant mieux. Par chance, et aussi parce que je commence à bien connaître la mine, on a pu remonter à la surface sans plus de souci.

Tout aurait pu s'arrêter là mais il a fallu qu'Alton monte sur ses grands chevaux sous prétexte que je voulais pas lui donner tous les détails de l'affaire concernant le repaire duergar. J'ai eu du mal à me retenir de lui coller mon point dans le nez. L'espèce d'air suffisant qu'il arbore la plupart du temps aurait viré au bleu et ça n'aurait pas été pour me déplaire. Plutôt que d'écouter ses jérémiades, je suis allé à la caserne mais il m'a suivi, exigeant d'avoir à faire en personne au capitaine. Le moment où Flaergan lui a dit de sortir de son bureau et de le laisser seul avec moi a été du genre jouissif. Je voyais la figure de la demi-portion rougir de colère. Bon, par contre, le capitaine n'a pas été beaucoup plus avenant avec moi. Genre il a pas apprécié que j'emmène une milicienne dans une quête personnelle. Pas faute de lui avoir dit qu'elle venait pas en tant que milicienne. Il était aussi contre le fait de rappeler notre existence aux nains des profondeurs. Il espère semble-t-il qu'ils resteront dans le coin et qu'il suffit de ne pas s'en soucier pour qu'ils ne viennent pas nous raboter les sabots. J'ai tendance à penser qu'il se berce de douces illusions mais bon, c'est lui le capitaine...
J'ai donc eu droit à une petite réprimande mais Alton n'avait pas eu gain de cause et ça n'était pas pour me déplaire. Le gnome ou halfelin, quoiqu'il soit, ne s'en est pas moins gêné pour venir me tarabuster au sujet de ma pierre et du repaire duergar quand bien même aucun des deux ne le concernaient. J'ai fini par lui donner quelques bribes d'informations sur ma pierre pour le satisfaire et l'arrivée impromptue de Jayth m'a permis de quitter la salle commune de la Chopine. Je ricanais alors en songeant quelles bêtises allait lui raconter le mage à mon sujet, sachant pertinemment qu'Alton serait, pour une fois, enclin à croire ce mendiant."
Leandrys posa la plume en constatant à quel point sa bouche était pâteuse. La gorge sèche, les mains tremblantes après ce long effort... Les signes ne trompaient pas : il lui fallait boire une ou deux choppes de bière. Le barbare descendit donc dans la salle de la Chopine, bien décidé à se rincer le gosier. |
|  | | Leandrys

Age : 26 Inscrit le : 12 Avr 2007 Messages : 51 Localisation : Soirétoile
 | Sujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon Lun 30 Avr - 16:20 | |
| "Le lendemain, j'ai aussi eu droit à une journée chargée. Tout avait pourtant bien commencé. Même s'il faisait frais, la journée était plutôt ensoleillée et c'en était presque agréable de se balader dans le bourg. C'est d'ailleurs ce que je fis. Je flânais tranquillement lorsque je suis tombé sur un ivrogne au camp des caravaniers à l'est du village. Si tôt le matin et déjà dans un sale état... Cet imbécile, contrarié que j'ai ricané en le voyant, me fonce dessus, visiblement dans le but de me rosser. Il avait rien compris à la vie celui-là. J'ai vite fait de lui asséner quelques coups pour calmer ses ardeurs : il a du resté couché sur l'herbe un bon moment pour cuver.
Alors que j'allais repartir, je suis tombé sur Keirianne. Cette gourgandine était tombée dans une embuscade de deux brigands un peu plus tôt et y avait laissé une partie de ses maigres possessions. Elle venait donc me demander de l'aide pour leur donner une leçon. Si j'avais su que c'était moi qui en prendrais une, je l'aurai envoyé promener. Je ne voyais toutefois pas grand danger dans les deux bandits que nous devions affronter et acceptait, sans grand enthousiasme toutefois, d'aider la donzelle. Evidemment, nous sommes rapidement arrivés à l'endroit du forfait, le pont de la rivière Pâlechance. Nos ennemis étaient désormais trois mais emportés par l'élan, je n'y prêtais alors guère attention. Quel imbécile je fais par moment... Le troisième était beaucoup plus costaud que ces compagnons et pendant qu'on tentait d'en finir avec lui, ses deux compagnons nous ajustaient avec leurs arcs. Résultat des courses : au bout de quelques instants seulement, Keirianne et moi n'étions plus en état de combattre. Mais alors que je croyais l'heure de la fin venue, le costaud, qui s'avéra être le chef des trois, nous relevait tous les deux et nous exposa ses projets... Je devais rentrer au bourg chercher une rançon de 200 lions d'or et revenir les lui livrer en échange de Keirianne. Je devrai me rendre seul et sans armes dans la Forêt Royale au sud, et un de ses sbires m'indiquerait alors l'endroit à rejoindre.
Evidemment, une fois libéré, je ne songeai qu'à la façon de libérer la milicienne sans payer cette rançon. D'ailleurs, quand bien même, j'aurai bien voulu le faire, je n'aurai pas pu. Je me rendis donc directement à la caserne pour voir Flaergan. Le capitaine prit d'abord le temps de me soigner : j'étais dans un piteux état. Nous nous mîmes ensuite d'accord sur la marche à suivre. Accompagné d'Aliandre, de Férostil et d'un dénommé Tammarth, un sorcier qui faisait partie de l'armée. Malheureusement, nous sommes partis bien tard et la forêt n'est pas l'endroit le plus accueillant pour qui s'y aventure alors que l'obscurité la gagne.

C'est alors qu'on s'est perdu de vue. C'est dire s'il faisait sombre... Quand je pense que sans ses maudits bandits, j'aurai eu mon anneau-lanterne. Ils sont décidément la cause de bien des maux. Je me retrouvais donc seul dans les bois, pas bien fier je dois dire. J'aperçus le bandit qui devait me guider au lieu de rendez-vous. Je n'avais alors pas le moindre lion d'or de la rançon dans la poche et encore moins d'idées sur la manière dont procéder sans mes compagnons. Je fus mené à une espèce de clairière au milieu de laquelle se dressait une colline. L'endroit a visiblement servi de lieu à je ne sais quel culte si j'en crois les rochers disposés au sommet. Là-haut se trouvaient Keirianne et ses ravisseurs. Elle semblait en bonne santé : le brigand avait peut-être une once d'honneur après tout. Il n'en fut pas moins plus que contrarié en apprenant que je n'avais pas l'argent sur moi.
Après maintes discussions, je parvins néanmoins à le convaincre que j'avais dissimuler dans la forêt avant de rencontrer mon guide, et ce pour plus de sûreté : je tenais à m'assurer que Keirianne se portait bien avant de ne lui donner ne serait-ce qu'une pièce de cuivre. Mon mensonge parut le convaincre et je pus fausser compagnie à la troupe pour aller soi-disant chercher l'argent. Je m'étonne encore qu'il ne m'ait pas fait escorté. En tous les cas, ça me permit de retrouver mes compagnons et de mettre au plan avec eux un plan d'attaque. Ils se dissimuleraient tous à l'aide de potions d'invisibilité et me suivraient jusqu'à la clairière en haut de la colline.
Le plan fonctionna pour ainsi dire à la perfection. Une fois arrivés en haut et c'en fut presque surprenant. Il y avait là six ou sept bandits mais pas un n'en réchappa. On put donc libérer Keirianne sans avoir versé le moindre lion d'or. Je retrouvai même mon anneau sur un de ces gredins. J'en venais presque à me demander quand la chance allait se retourner contre moi. Le retour au bourg fut des plus calmes.

Le succès ne nous avait pas fait oublier les dangers de la forêt et nous craignions à tout moment qu'un roublard dissimulé dans l'ombre ne tombe sur nous pour venger ses compagnons. Par chance, rien de tout ceci n'arriva et nous pûmes rallier le bourg sans le moindre souci. Malgré l'heure tardive où nous étions arrivés, j'ai passé un long moment à rédiger mon rapport pour Flaergan. Les attaques des bandits se multipliaient depuis quelques semaines, au point que ça en devenait préoccupant. Il fallait que l'armée ou la milice fassent quelque chose et c'est ce que je conseillai alors au capitaine dans mon rapport, espérant qu'il prendrait cette menace un peu plus au sérieux que celle des duergars."
Le ventre de Leandrys gargouilla bruyamment. Certes, la bière qu'il avait bue était savoureuse mais elle tenait un peu trop au corps à son goût. Grommelant en songeant qu'il n'avait pas fini de consigner ce qu'il voulait, il reposa une nouvelle fois sa plume et s'allongea sur sa couche pour faire une sieste sinon méritée en tout cas bien nécessaire ! |
|  | | Leandrys

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 | Sujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon Lun 30 Avr - 16:20 | |
| "Je remis le rapport rédigé pendant la nuit au capitaine le lendemain. Autant dire qu'il était satisfait de la manière dont j'avais mené la mission. Il semblait également d'accord avec moi sur le sort à réserver aux bandits : il était plus que temps de mettre fin à cette menace qui pesait sur tous les habitants du bourg et voyageurs étrangers empruntant les routes des environs. Malheureusement, personne n'avait encore pu repérer l'emplacement exact du repaire de ces parasites.
La nouvelle mission de la milice était donc on ne peut plus claire, à défaut d'être simple. Il nous fallait retrouver le camp des bandits pour pouvoir ensuite leur porter un coup fatal. Il était cependant encore bien tôt lorsque je pris cette résolution et pas un milicien n'était trouvable. Je partis donc chasser. Mes devoirs m'avaient empêchés de le faire ces derniers temps et je profitais donc du petit matin pour rejoindre la forêt. J'avais en effet aperçu, alors que nous allions libérer Keirianne, plusieurs empreintes de cerfs dans un endroit que je ne visitais guère d'habitude.
La chasse fut des plus fructueuses, même un peu plus que je ne l'aurai voulu. J'avais récupéré la viande et la fourrure de trois bêtes, lorsqu'une quatrième, visiblement jalouse du sort de ses compagnons, m'a chargé, les bois en avant. Par chance, un carreau bien placé me permit d'en venir à bout et presque à contre cœur, mon couteau se mit à l'œuvre sur elle. De retour au bourg, je constatais avec amertume que Keirianne avait eu la même idée que moi. Je la vis en effet rentrer dans la Chopine, ses bras frêles chargés de viande de cerf. J'étais alors doublement contrarié. Non seulement je n'allais pas pouvoir vendre mes prises à Pouce-Cailloux mais en plus à ce rythme-là, il n'y aurait plus de cerfs dans les environs d'ici quelques mois. Je finis néanmoins par vendre ce que j'avais ramené au boucher. Quant au cerf, je me promettais de les éviter pendant quelques temps et je sermonnerai Keirianne à l'occasion.
Le temps d'aller voir Mélodie pour me faire recenser, et je sortis pour aller retrouver Keirianne. Comme Aliandre avait également fait son apparition, je leur proposai à tout deux de mettre la main sur le camp de ces foutus bandits. Aucun des deux ne se fit prier et nous partîmes donc en fin de matinée ayant bon espoir de trouver ce que l'on cherchait avant la tombée de la nuit.

Malheureusement, notre équipée n'eut qu'un succès relatif, pour ne pas dire nul. J'étais persuadé que le camp devait se trouver au sud-ouest du bourg et quand bien même un brigand qu'on avait croisé s'était enfui à l'est. Aliandre pensa qu'il aurait fallu le suivre mais je restais farouchement convaincu que le camp n'était pas éloignée de la clairière où nous avions libéré Keirianne. En tous les cas, nous ne trouvâmes rien. Tout au plus avons-nous croisé un ours, pas aussi costaud que je l'aurai pensé, et un sanglier, dont l'espèce semblait décidément avoir quelque chose contre moi puisque celui-là avait failli m'éventrer. L'état dans lequel je me trouvais et la nuit tombante nous persuadèrent de rentrer au bourg.
J'étais toutefois toujours aussi décidés à retrouver ce camp et quand bien même mon orgueil devrait en prendre un coup, je décidai de suivre l'avis d'Aliandre et d'aller au sud-est le lendemain."
Leandrys se redressa alors sur son fauteuil. Il savait ce qu'il avait à faire maintenant mais le courage lui manquait. L'expédition dans les Rocterres avait été telle que rien qu'à la pensée de la retranscrire dans son carnet, il était fatigué. Après avoir longuement réfléchi, il opta pour la solution la plus sage selon lui : il allait descendre manger un morceau et il se déciderait ensuite. On ne réfléchit jamais mieux qu'une fois son estomac rempli... |
|  | | Leandrys

Age : 26 Inscrit le : 12 Avr 2007 Messages : 51 Localisation : Soirétoile
 | Sujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon Lun 30 Avr - 16:21 | |
| "C'était un jour comme les autres. La nuit n'avait pas été aussi longue que je l'aurai voulu. La journée de la veille avait été éprouvante. J'avais en effet passé la majeure partie de la journée à errer dans la Forêt Royale. Fait étonnant, j'en étais sorti indemne ou presque et pourtant... Ce n'étaient pas les dangers qui avaient manqué cette fois encore. J'avais en tête de mettra la main sur le repaire des bandits et pour ça, j'avais fait route vers le sud-est. Difficile de parler d'un succès quand j'y repense et pourtant en rentrant au bourg, c'est le sentiment que j'avais.
En partant, je m'étais à nouveau accroché avec cet ivrogne qui traîne près des caravaniers. Seulement, la rixe a été plus loin que la fois précédente et j'ai bien amoché ce pauvre bougre. Le Dragon Pourpre qui passait par là s'en est également rendu compte. Il ferait un rapport au capitaine malgré mes explications, voilà ce qu'il m'avait dit. La journée ne commençait pas glorieusement, il fallait bien l'avouer. Quelques lieues plus loin, je me retrouvai face à un ours noir dans les bois. Je croyais l'heure de mon trépas venu : ses bêtes sont si rapides que fuir était peine perdue. Je la chargeais donc, la hache à la main, pour périr honorablement mais le combat s'acheva avec la mort de l'ours et non la mienne. Sans vraiment réaliser ce que je venais de faire, je crois bien que j'ai dépecé la bête et je suis reparti. Un peu plus loin, à proximité de ma cabane en fait, je suis tombé sur deux éclaireurs orques. Depuis longtemps, je soupçonnais que leur camp ne devait pas être bien loin. J'avais raison. Après m'être facilement débarrasser des deux orques isolés, je continuais au sud-est jusqu'à tomber face à un campement sommaire au bas d'un colline, dissimulé dans la brume.
Dissimulé, je ne l'étais pas moi-même et c'est certainement ce qui m'a valu d'entendre les carreaux orques siffler à mes oreilles quelques instants seulement après m'être approché. Une chance que je courre vite et que je connaisse bien la région sans quoi je ne serait peut-être jamais revenu. Une sentinelle suivait pourtant ma trace. J'ai pu en venir à bout sans trop de problème une fois éloigné du camp. Il fallu que je tombe à ce moment-là sur un sanglier. Je crois bien que c'est la première que j'ai réussi à venir à bout d'un de ces sales cochons sauvages sans qu'il ne m'éventre à moitié. Je suis rentré au bourg peu de temps après. J'avais pas vu l'ombre d'un bandit et pourtant j'étais guilleret comme un soldat en jour de permission. Certainement que l'argent que m'ont rapporté la viande de sanglier et la peau d'ours aidaient....
J'étais tellement confiant que je suis allé voir le capitaine pour régler cette histoire avec l'ivrogne. Flaergan semblait préoccupé mais je pense qu'on peut dire que ça s'est bien passé. L'imbécile que j'avais abîmé recevait les bons soins des prêtres de Lathandre et s'en tirerait donc, quoiqu'il ne fût pas passé loin du trépas. Je partais ensuite faire quelques achats, savourant la quiétude du bourg jusqu'à plus soif.

La fin de la journée aurait été d'un ennui mortel si une espèce d'aventurier à six sous n'était pas venu chercher les services des hommes d'armes du coin à la Chopine. Son compagnon, un certain Warrick, s'était fait capturé par des gobelins dans les Rocterres et il cherchait de l'aide pour le tirer de là. Les autres, Jayth, Alton et Peregrin, ont de suite accepté. J'étais moins enthousiaste ayant déjà eu un aperçu de la dangerosité de l'endroit et quand j'ai réclamé un salaire, ils m'ont tous regardé avec un drôle d'air. Comme si le fait que je sois chef de la milice devait faire de moi la bonne poire du coin, prête à mourir pour le premier imbécile qui passe. Ca doit tout de même être le cas puisque j'ai finalement accepté et sans rien demandé...
Nous revoilà donc à ce fameux matin. Moi, les quelques volontaires ainsi que ce Jimmy qui nous avait embauché étions tous là et Mélodie pour d'obscures raisons se joignit à la troupe avec enthousiasme, alors que ces derniers temps, elle ne sort pas de la maison communale... On s'est donc mis en route, vaille que vaille. Le trajet jusqu'à l'entrée des Rocterres est toujours rapide. Une fois arrivé là-bas, la découverte du repaire gobelin ne le fut pas autant, c'est le moins qu'on puisse dire. En fait, Alton devait nous servir de guide car il disait bien connaître les Rocterres et avoir déjà aperçu le fameux repaire. Suivre ce petit prétentieux ne m'enchantait guère mais je n'avais pas vraiment le choix. Les rares fois où je m'étais aventuré dans le coin, je m'étais retrouvé face à des hôtes peu accueillants : araignées, fauves et autres nuisibles semblaient monnaies courantes par ici. Les Rocterres étaient donc pour ainsi dire la seule région du coin que je n'avais pas cartographiée.
Malheureusement, Alton montra vite ses limites et perdit son arrogance habituelle après nous avoir entraîné dans plusieurs chemins sans issue. Personne ne pipait mot mais je suis certain que tous n'en pensait pas moins après quelques heures : cet imbécile nous avait perdu. Il finit par l'admettre à demi-mot en nous disant qu'il n'avait pas idée du chemin à suivre. Si le voir ainsi ridiculisé ne me déplut pas, je ne me réjouis guère sur le moment : il fallait tout de même sortir de là.

Les heures passèrent sans qu'on entrevoie la moindre bribe de solution. Seuls les problèmes se multipliaient. D'abord une embuscade de gobelins dont certains semblaient monter des araignées. Par chance, nous étions assez nombreux et tous solides et le combat tourna rapidement à notre avantage. Un peu plus tard, un ogre croisa notre chemin. Cette fois-ci, je finis la lutte, étendu au sol. Depuis le début, je leur servais de bouclier humain pendant qu'ils criblaient de projectiles nos ennemis. Par chance, j'étais seulement sonné et je pus me remettre debout sans trop de problème mais à ce moment, je ne manquais pas de noter le manque d'empressement de Mélodie à me soigner, elle qui habituellement prodiguait généreusement sa magie.
La nuit finit par poindre à l'horizon et avec elle la nécessité de se trouver un abri pour se reposer aussi bien que se protéger de tous les prédateurs du coin. Le repaire d'un ours nous servit donc de chambre cette nuit-là, même s'il fallut d'abord déloger son propriétaire et la vermine qui y traînait. Après une bonne nuit de repos, retrouver la trace du repaire gobelin fut tout aussi difficile que la veille. Finalement, Alton retrouva le chemin qui nous mena à l'entrée des Rocterres, là-même d'où nous étions partis, et au lieu de prendre comme la première fois la route de l'ouest, il obliqua au nord. L'ironie du sort fit que l'on trouva le repaire gobelin quelques dizaines de minutes plus tard, à seulement quelques lieues des gorges de l'Etoilée. Quelques sentinelles en gardaient l'entrée mais notre troupe en vint facilement à bout. Il ne restait plus qu'à aller libérer cet imbécile dont nous avions presque oublié l'existence.
Difficile de se rappeler exactement ce qui s'est passé à l'intérieur de cette grotte. Nous avancions et éliminions tous ceux qui s'opposaient à nous, sans trop de problème d'ailleurs. Les choses se gâtèrent lorsqu'on arriva au cœur du repaire, libérant alors le compagnon de Jimmy. Les carreaux commencèrent à pleuvoir de toute part et des hobgobelins nous chargèrent sauvagement. Comment on finit par s'en sortir ? Je ne le sais pas vraiment. Toujours est-il qu'aucun de nous n'y laissa la peau, à l'inverse de nos ennemis, dont les corps jonchaient désormais le sol de la grotte.
On aurait pu s'arrêter là et repartir, notre mission étant accomplie, et je dois dire que je n'étais pas le dernier à prôner cette solution. Mais, d'autres, Alton notamment, voulaient pousser l'exploration plus loin et comprendre pourquoi une telle horde de gobelin était réunie ici. L'exploration du repaire se poursuivit donc tant bien que mal. La personnalité fantasque du fidèle de Tempus que nous avions sauvé n'aidait pas vraiment. Cet imbécile fonçait sur tout ce qu'il voyait, mettant la vie de tous en péril. A plusieurs reprises, la mort manquait étendre son emprise sur l'un ou l'autre d'entre nous. Nous parvînmes néanmoins jusqu'à ce qui ressemblait fortement à la caverne qui abritait les chefs des gobelins. Une première escarmouche eut lieu et étant en première ligne, je sombrai sous les coups assénés par les hobgobelins qu'on affrontait alors. Reprenant mes esprits quelques minutes plus tard, je m'aperçus que Jimmy et son compagnon avait connu le même sort, tandis qu'Alton et Mélodie avaient pris leurs jambes à leur cou. Le petit était semble-t-il venu à bout de nos assaillants par ruse un peu plus loin. Il m'offrit par ailleurs une trousse de soin qui me remit complètement d'aplomb. Arborant un sourire étrange, Mélodie ne dit pas un mot de ce qu'elle avait fait et je la dévisageai avec méfiance, ayant alors l'impression de ne pas la reconnaître.
Alton et elle voulaient qu'on en finisse avec les habitants de la caverne mais tous deux refusaient de bouger d'un pouce, restant à l'arrière pour combattre sans risquer quoique ce soit et ayant ainsi l'opportunité de s'enfuir à nouveau quand ils le désireraient. Warrick semblait apprécier aussi peu que moi ce vilain manège et finit tout simplement par s'enfuir. Un silence pesant s'installait tandis que nous réfléchissions tous. J'essayai alors d'interpréter ce qui se passait mais l'esprit obscurci par le danger, je ne voyais qu'une explication : je devenais gênant, Mélodie et Alton s'arrangeait donc pour que je succombe au combat sans qu'aucun d'eux ne soit soupçonné. Cette pensée s'imposa à moi et finit par me ravager l'esprit. Effrayé plus que je n'aurai su le dire, je m'enfuyais sans un regard pour mes compagnons, comme l'avait fait le compagnon de Jimmy plus tôt.
Plus je m'éloignai du repaire gobelin, plus mon hypothèse me semblait insensée et pourtant, je compris alors que je ne pourrai plus jamais avoir confiance en Mélodie. Je n'avais jamais apprécié Alton et ne m'était jamais fié à lui, quand bien même, à plusieurs reprises, il avait fait preuve de bonne volonté. Pour Mélodie, c'était différent, elle faisait partie des personnes que je connaissais depuis mon arrivée au bourg et malgré son côté mystérieux, elle avait toujours été aimable et bien disposée avec moi. J'avais le sentiment que j'étais trahi et pourtant un doute subsistait. Le poison des paroles de Moth me hantait de plus en plus et je me savais fou de n'y accorder ne serait-ce qu'une once de crédit. Et pourtant...
Je suis rentré au bourg sans problème, la peur de mourir laissant lentement place à une froide colère, autant dirigée contre moi que mes compagnons. La nuit ne m'apporta que guère de repos et encore moins de quiétude. Le lendemain, enfin aujourd'hui, j'ai à peine osé sortir dans le bourg, craignant d'y croiser Mélodie ou Alton et de ne pas savoir comment réagir face à eux. J'ai seulement fait un rapide tour du marché, alors que le soleil se levait à peine, pour vendre quelques unes des trouvailles que j'avais faites. L'air de rien, j'ai réuni un beau pactole et pourtant cela ne me réjouit pas vraiment. Et me voilà cloîtré dans ma chambre après avoir passé la majeure partie de la journée à écrire. Je ne sais pas quand je reprendrai la plume en main, si tant est que je le fasse un jour.
Je suis las.
Leandrys rangea ses affaires et se rendit compte que la nuit devait être tombée. Sachant que le sommeil tarderait une fois de plus, il résolut de profiter de l'anonymat prodigué par l'obscurité pour s'aventurer au dehors.

Il ne se rendit pas bien loin. La nuit était noire et de la lune, aucune trace dans le ciel. A quelques pas de la Chopine se trouvait un camp de caravaniers. Le barbare resta un long moment à les observer avec envie, sachant qu'un jour il partirait. |
|  | | Leandrys

Age : 26 Inscrit le : 12 Avr 2007 Messages : 51 Localisation : Soirétoile
 | Sujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon Lun 30 Avr - 16:21 | |
| "J'ai relu l'intégralité des notes que je prends depuis que je suis arrivé ici. Je ne sais même pas comment je dois les appeler. Pas des mémoires en tout cas, c'est certain : suffit de regarder les âneries que je raconte la plupart du temps et la façon dont je le fais. Certes, il m'a semblé apercevoir des progrès au fur et à mesure que les récits se suivaient, mais rien d'extraordinaire. D'ailleurs, j'ai beau y réfléchir, je n'arrive pas à comprendre ce qui m'a fait prendre la plume et qui me pousse encore à le faire. J'ai trouvé le nécessaire à écriture sur un cadavre quelques jours avant d'arriver au bourg. L'odeur du corps en décomposition m'avait agressé les narines et j'étais allé jeter un coup d'œil par curiosité. Le pauvre bougre était mort depuis plusieurs jours déjà et avait été dévoré en partie par les charognards des alentours. Je ne suis pas du genre à fouiller les affaires d'un macchabée en général mais celui-là portait une sacoche joliment ouvragée d'un genre que je n'avais jamais vu. Je jetai donc un coup d'œil à l'intérieur et découvrit ce qui ressemblait à un nécessaire de scribe : plumes, fioles d'encre et aussi un paquet de feuillets maintenus ensemble par une cordelette et protégés par deux pièces de cuir sur le dessus et le dessous. Le tout a fini dans mon propre paquetage, du moins tout le matériel sauf le sac. Quelques jours plus tard, alors que je venais d'arriver à Soirétoile, j'ai tenté de voir si je savais encore écrire. Des années plus tôt, alors que mon errance m'avait mené dans le Vaste, à proximité de Tantras, j'avais appris tant bien que mal mais n'avais jamais pratiqué depuis. Pourquoi je l'avais fait, c'était une longue histoire mais qui ne mérite pas vraiment d'être racontée et qui m'évitera une digression inutile. Lors de ma première soirée à la Chopine, j'ai donc essayé d'écrire et malgré quelques difficultés en commençant, j'ai fini par trouver ça plutôt amusant et de manière assez naturelle, j'en suis venu à narrer les anecdotes de mon quotidien. Je suppose que je voulais me donner de grands airs : jouer les savants... Le style et l'intérêt des récits sont très relatifs, mais après tout, qu'est-ce que ça peut bien faire : qui à part moi s'embête à les lire ? Ils m'apportent bien souvent repos et paix à l'esprit après les journées difficiles que je vis à Soirétoile.
Difficile. Le mot semble parfois faible pour qualifier mon quotidien. Quand je suis devenu le maître d'armes de cette milice citoyenne, je ne pensais qu'au solde. Les troubles qui pouvaient agiter le bourg me semblaient bien peu de choses ou du moins, Soirétoile ne me semblait pas d'une telle importance qu'il put y avoir ici quoique ce soit qui me causa du souci. J'ai parfois du mal à estimer l'étendu de ma bêtise. Je me retrouve aujourd'hui empêtré dans des intrigues qui me dépassent. Il y a quelques temps, je suppose que j'aurai simplement fait mon paquetage et je serai parti. Mais, aujourd'hui, je n'arrive pas à m'y résoudre. A croire que finalement ce que je fais me tient à cœur. Me voilà bien avancé.
Pas plus tard qu'avant-hier, je me suis porté volontaire pour accompagner Aliandre et quelques autres au Fort-qui-tue. Dire que j'étais de sale humeur, c'est encore être loin de la vérité. Un peu avant de partir, Peregrin, le jeune prêtre, était venu me trouver, soucieux à cause de rumeurs à mon propos qu'il avait entendues. Selon ce qu'on lui avait dit, j'étais un agent zenth. Les problèmes récents me nouaient encore le ventre et voilà qu'un autre s'y ajoutait. J'en étais certain : seules deux personnes étaient capables d'avoir fait courir une telle rumeur. Arrivé depuis peu, Peregrin n'avait évidemment aucune idée d'où il avait mis les pieds. Je le mis donc au courant de ce que je pus, narrant par le menu les relations orageuses que j'entretenais avec Jayth et Alton. Il fallut peu de temps au prêtre pour se rendre compte qu'on l'avait trompé et j'eus confirmation du nom du coupable, qui ne me surprit évidemment pas. L'affaire était donc réglée, du moins avec Peregrin, car je ne doute pas un seul instant que l'histoire se fut répandue au bourg.
J'étais donc de sacrée mauvaise humeur lorsque je rejoignis la troupe au temple. Aliandre, Peregrin, Keirianne et Jayth s'y trouvaient déjà. Sans un mot, j'attendis que tout le monde fût prêt et nous nous mîmes en route pour le Fort. Comme on pouvait s'y attendre, le temps était exécrable : un vent frais et la pluie battante me firent regretter de m'être embarquée dans cette aventure, dont le temple et non la milice était à l'origine d'ailleurs. Un imbécile, je ne le répéterai jamais assez. Du moins, cette fois, la chance nous sourit. Je gardais un souvenir cuisant de la première et seule fois où j'étais entré dans le Fort. J'étais alors accompagné de Jaia, Mélodie et Gronthar et j'avais failli y laisser la peau alors que je venais d'arriver au bourg la veille ! C'est donc avec méfiance que je pénétrais dans ces lieux néfastes. Des morts-vivants hantaient toujours les lieux, des squelettes pour la plupart. Pour ma part, je ne savais pas quel était notre but en venant ici et je suivais donc Aliandre, jouant de ma hache quand c'était nécessaire. Nous progressâmes du premier niveau jusqu'au plus haut. Là, ils trouvèrent une espèce de passage secret qui menait à une pièce dans laquelle se trouvaient quelques menus trésors, dont un drôle de bouclier. Enfin, c'est ce que j'ai entendu, je ne l'ai pas vu. A leurs yeux, je devais simplement être là pour jouer les épouvantails, il n'était donc pas nécessaire de m'informer de leurs trouvailles.

Un peu plus tard, nous reprenions la route du bourg alors que la nuit tombait. Aliandre semblait satisfait : faute de pouvoir en ouvrir la porte, nous n'avions pas inspecter les sous-sol de l'édifice mais, plus une seule créature ne hantait le reste des lieux. Le retour fut aussi rapide que silencieux et mes compagnons ne s'aperçurent même pas de mon départ, lorsque maugréant en apercevant le temple, je bifurquai et me rendis à la Chopine pour savourer une bière au coin du feu. Un plaisir simple qui m'assagit quelque peu et pourtant cela ne dura guère.
Jayth finit en effet par faire son apparition à l'auberge. Cet imbécile se dirigea évidemment vers moi et engagea la conversion d'un air anodin. Je savais qu'il était à l'origine des rumeurs qui faisaient de moi un infâme manipulateur du Zentharim, qui avait, entre autres choses, causé la mort de deux aventuriers du bourg du nom de Keldorn et Owen. Je ne connaissais ni l'un, ni l'autre mais la populace ne s'en souciait pas et à cette pensée, j'adressai un sourire carnassier au mage à l'allure de mendiant. Il nia évidemment en bloc son rôle dans la propagation des rumeurs à mon sujet et lassé de sa mauvaise foi, je profitai de l'arrivée de Keirianne pour regagner ma chambre.
Le moins que je puisse est que la nuit ne fut pas de tout repos. Loin de m'apaiser, l'expédition au Fort-qui-tue n'avait fait qu'exacerber ma colère et l'entretien avec Jayth qui s'en était suivi n'avait évidemment rien arrangé. Je me réveillai donc tôt, en proie à la même nervosité que la veille. Lorsque je les croisai au bourg un peu plus tard, j'ignorai presque Keirianne et Jayth et je décidai de partir jeter un coup d'œil à ma cabane. Si pendant quelques temps, l'idée d'habiter aussi loin du bourg ne m'avait plus paru aussi séduisante, elle me semblait alors parfaite pour m'éloigner des intrigues qui me rongeaient désormais l'esprit.
Alors que je partais, je sentis que Jayth me suivait. Je dus me retenir l'en empêcher par un simple coup de hache et employait alors la ruse pour m'en défaire, ce qui me procura une satisfaction encore plus grande : l'avoir avec ses propres armes, c'est comme ça que je l'ai vu, je suppose. Sur le chemin, je croisai une ourse. J'avais repéré quelques jours plus tôt les traces de l'animal dans les environs et presque inconsciemment, je m'étais dirigé lentement mais sûrement, soucieux de profiter de ces moments de solitude, vers ce qui semblait le terrain de chasse de l'animal. Elle me repéra avant que je le fasse et me chargea furieusement. Ma hache me permit néanmoins de venir à bout de la bête sans encombre et je passai alors un long moment, assis dans l'herbe à la dépecer, récupérant au passage quelques quartiers de viande. Arrivant à la cabane un peu plus tard, je constatai avec amertume l'état dans lequel elle se trouvait : l'hiver n'améliorait certes pas les choses.
Peu de temps après, je me remettais en route vers le bourg. Je restai sur mes gardes et je fis bien car un sanglier m'attaqua alors que je longeai l'Etoilée. Par chance, je m'en sortis avec seulement quelques égratignures et plusieurs morceaux de viande qui promettaient de rapporter, une fois ramenés en ville. A quelques pas seulement, alors que j'allais repartir, j'aperçus ce qui ressemblait à deux sentinelles gnolls. Je me tâtai un moment pour savoir que faire et faute de trouver mieux, je les attaquai et en vint à bout rapidement. Leur présence ici était vraiment curieuse car si j'avais déjà entendu des récits sur leur prétendue présence dans la région, je n'avais jamais aperçu l'ombre de la queue d'un de ces fils de chien.
J'examinai les deux cadavres à la recherche d'indice lorsque j'entendis des bruits de pas à proximité. Pris de court, je ne pus me cacher et fut rassuré de voir qu'il ne s'agissait que de Jayth et Keirianne. Ils me saluèrent chaleureusement, et m'expliquèrent qu'ils parcouraient la forêt à la recherche d'aventures. Ces deux inconscients ne savaient pas qu'ils se dirigeaient alors droit vers le camp orque. Les laisser continuer seuls, c'était signer leur arrêt de mort et je proposai donc de les accompagner et de satisfaire leur curiosité en leur montrant le repaire des ennemis de Soirétoile. Ce dernier se trouvait, à mon grand damne, un peu trop près de l'Etoilée et de ma cabane et le trajet fut donc rapide.
J'avais été clair sur l'attitude à adopter : prudence, discrétion et fuite immédiate si des sentinelles nous repéraient. Pourtant, à peine avait-elle aperçu les tentes sommaires dressées dans le bois que Keirianne s'était approchée. La suite fut catastrophique. Alors que je battais en retraite, suivi de Jayth, elle fonça sur ses assaillants ! Inutile de dire que malgré les longues minutes que nous attendîmes, elle ne réapparut pas à nos côtés. De nombreuses sentinelles patrouillaient désormais aux abords du camp et il nous fallut en venir à bout discrètement pour gagner le sommet de la colline qui surplombait la vallée environnante. Nous vîmes alors Keirianne, inconsciente, au milieu de plusieurs orques qui scrutaient les alentours d'un air méfiant. La magie de Jayth était épuisée et j'avais subi de nombreuses blessures : nous décidâmes donc d'aller récupérer rapidement avant de revenir pour aider notre compagne.

Je pense que si j'avais réfléchi sur le moment à son attitude imbécile et aux risques que nous courrions, je serai rentré à Soirétoile mais aveuglé par je ne sais quel sentiment de devoir, je retournai en compagnie de Jayth, dont l'apparente bonne volonté me surprenait, pour la secourir dès que nous eûmes repris quelques forces. La suite ne fut toutefois guère plus brillante. Nous tentâmes une percée pour parvenir jusqu'au corps de la jeune recrue de la milice mais la retraite fut inévitable lorsque d'autres soldats arrivèrent du camp. Le combat se déplaça derrière la colline et fut acharné. Pendant un temps, j'entretins l'espoir que nous allions parvenir à la sauver mais les minutes passaient et les sentinelles ne cessaient d'affluer. Finalement, le mage s'écroula au sol, victime d'un carreau ennemi et alors que je croyais avoir abattu notre dernier assaillant, une flèche vint se ficher dans mon dos et je m'effondrai à mon tour.
Combien de temps se passa alors, je ne le sais pas. J'en passai la majeure partie dans un état de semi inconscience à me maudire presque autant que je maudissais Jayth et Keirianne de m'avoir entraîné ici. J'ouvris finalement les yeux et aperçus le visage gracieux d'une femme dans la fleur de l'âge. Je ne la reconnus pas immédiatement mais la remerciait chaleureusement de ce qu'elle venait de faire. Le cadavre de l'orque qui m'avait eu par surprise jonchait le sol. Elle se rendit alors auprès de Jayth, qui reposait à quelques pas seulement. Son état semblait aussi grave que le mien quelques instants plus tôt. La jeune femme utilisa sa magie pour le remettre sur pied et je reconnus alors distinctement Tessaril. Un moment, je m'interrogeai sur les raisons de sa présence mais elle relevait tant du miracle que j'abandonnai rapidement toute méfiance. Grâce à elle, secourir Keirianne ne posa pas de problème et nous pûmes alors regagner le bourg sans encombre, même si la nuit était déjà tombée.
Un bon repas à l'auberge s'imposait et Tessaril nous l'offrit de bon cœur. Toutefois, si elle nous avait secouru de bon cœur, elle ne nous ménagea pourtant pas en nous reprochant notre conduite idiote. J'encaissai pendant un moment sans broncher, préférant admirer sur les ravissantes lèvres de la jeune femme, plutôt que des les écouter, jusqu'à ce que Keirianne intervint pour avouer ses erreurs et prendre toute la responsabilité de notre mésaventure. Immédiatement, la jeune milicienne remonta dans mon estime. Elle manquait de sagesse mais savait au moins reconnaître ses torts.
Bien que le repas fût des plus agréables après une telle journée, la fatigue accumulée nous poussa tous rapidement à rejoindre nos couches pour le restant de la nuit. Le lendemain matin, malgré quelques courbatures, je me sentais comme un sou neuf. Une fois mon déjeuner pris, Helm, le dragon pourpre en faction à la Chopine m'informa que Flaergan désirait me voir et je me rendis donc chez le capitaine. Notre entretien fut bref. Il tenait à m'informer qu'il avait embauché une rôdeuse pour retrouver la trace du camp des bandits, car, même s'il ne l'avait pas dit, je m'en étais montré incapable. Une expédition devrait être montée sous peu pour mettre fin à la tyrannie de ces gredins sur nos routes. Pendant un moment ensuite, je lui confiai mes inquiétudes sur l'enquête dont il m'avait chargé. En proie au doute, j'avouai mon impuissance et lui-même ne me réconforta guère.
Je suis donc revenu ici mettre un peu d'ordre dans mes récits. J'espérais trouver l'idée qui me permettrait de régler tous mes problèmes mais rien ne vint et je me résolus donc à simplement continuer mon récit, qui s'achève ainsi aujourd'hui..."
Leandrys rangea rapidement son nécessaire à écriture, ou du moins commença-t-il, car alors qu'il refermait précautionneusement sa fiole d'encre, il entendit le murmure familier des pas de Jayth dans le couloir. Abandonnant sa tâche, il se rua à l'extérieur de sa chambre et aperçut le mage disparaître dans les escaliers. Sans vraiment comprendre ce qu'il faisait, le barbare empoigna sa hache et courut dans sa direction. |
|  | | Leandrys

Age : 26 Inscrit le : 12 Avr 2007 Messages : 51 Localisation : Soirétoile
 | Sujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon Lun 30 Avr - 16:22 | |
| "Ca y est. Nous avons enfin chassé les bandits de la région. Ce ne fut pas une partie de plaisir mais force est de constater que nous y sommes parvenus. Il a pourtant fallu s'y reprendre à deux fois grâce à cette traîtresse je suppose. Lyra, la rôdeuse que Flaergan avait recrutée pour notre expédition, s'était d'abord mis d'accord avec moi sur l'heure et le lieu du départ. Elle avait repéré de nombreuses traces convergeant vers les profondeurs de la forêt et était enthousiaste quant à la suite des opérations. Je ne l'étais pas autant mais j'étais cependant impatient d'en découdre. Rendez-vous fut donné à l'aube dans la salle de la Chopine.
Le mot que j'avais fait circuler parmi les aventuriers de confiance du bourg a eu plus de succès que je ne l'escomptais. Aliandre n'était pas présent, certainement occupé à quelques affaires de bigot, mais Keirianne, Sombre et Germain représentaient la milice. Se joignirent à nous également Peregrin et Aeron, un nouvel arrivant aux manières de courtisan. Nous partîmes donc au petit matin après quelques préparatifs. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Lyra semblait à son aise dans les bois. Elle nous fit prendre de drôles de chemins, prétextant suivre les traces qu'elle avait repérées. Non pas que ça m'ait dérangé mais les exercices d'escalade à laquelle nous dûmes nous livrer n'étaient clairement pas du goût du tous. J'ai fini par croire que Germain ou ce Aeron allaient rentrer estropiés. Par chance, cela fut la seule difficulté du trajet : nous croisâmes bien un ou deux orques isolés et deux brigands qui patrouillaient mais ils ne firent pas le poids face à notre troupe.
Nous avons donc fini par arriver en vue d'une espèce de camp. Rendus méfiants par l'étrange calme qui semblait y régner, nous nous sommes approchés avec la plus grande prudence pour finalement constater que cette quiétude n'était pas apparente : nous nous trouvions bien dans un camp, mais il semblait avoir été déserté quelques heures auparavant et aucune trace claire de ses anciens occupants ne subsistait.

Seul un cadavre jonchait le sol. Tout semblait l'identifier comme un prêtre de Cyric et je trouvais sa présence étrange : les lieux avaient visiblement été nettoyés, pourquoi laisser un cadavre traîner ? Nous passâmes plusieurs heures à inspecter le camp et ses alentours sans rien trouver. Aussi dépités qu'énervés, il nous fallut bien rentrer au bourg. Lyra partit de son côté pour tenter de trouver d'autres traces.
Je ne manquais pas de réfléchir pendant le trajet de retour. Keirianne m'avait rapporté avant l'expédition avoir aperçu Mélodie converser avec des brigands près du gué de l'Etoilée et s'enfoncer ensuite dans la forêt. Je m'étais alors demandé quel mauvais coup elle préparait cette fois, ravi de l'imprudence dont elle avait fait preuve. Je finis par être certain qu'elle avait averti les bandits de notre venue et ainsi avaient-ils pu quitter leur camp sans que notre expédition leur pose le moindre problème.
Une fois rentré au bourg, je laissai les autres profiter d'un repas bien mérité à l'auberge et me rendis chez le capitaine pour lui faire mon rapport. Il semblait aussi peu satisfait que moi du piètre bilan que je lui apportai. Lorsque je m'ouvris à lui des soupçons que je nourrissais à l'encontre de Mélodie, il convoqua Keirianne et sembla tirer, après le récit de cette dernière, les mêmes conclusions que moi, malgré le manque de preuves. Lyra fit irruption dans le bureau alors que nous réfléchissions : elle avait trouvé de nouvelles traces dans les bois ! Tout espoir n'était donc pas perdu et je dus mettre à contre cœur ma rage de côté pour préparer l'expédition que nous mènerions le lendemain.
Nous sommes partis un peu plus tard que la veille. L'expédition était composée de Sombre, Keirianne, Jayth, Warrick et d'une nouvelle arrivante du nom de Josana. Accepter la présence d'inconnus ne me ravissait pas mais je n'avais guère le choix : mieux valait prendre quelques risques sur le choix des compagnons que de ployer sous le nombre face aux brigands. Le trajet fut en tous les cas rapide et une fois arrivés aux abords de ce que Lyra pensait être le repaire de nos ennemis, nous prîmes le temps d'élaborer une stratégie qui tienne la route.

Ainsi préparés, nous pûmes avancer jusqu'au campement et à peine eus-je le temps d'apercevoir une sentinelle que des carreaux sifflèrent dans notre direction. Autant dire que toute stratégie disparut à ce moment-là. Pendant plusieurs minutes, le chaos des armes régna et finalement quand le silence retomba, nous avions vaincu nos ennemis. Une dizaine de corps reposaient à même le sol, morts ou n'ayant pas la force de pousser un dernier râle d'agonie. Tous mes compagnons étaient vivants, à défaut d'être indemnes.
Pendant un temps, nous avons exploré le campement, fouillant les quelques tentes qu'il regroupait. Malheureusement, à part quelques restes de butin, il n'y avait rien d'intéressant. Un sentiment d'inachevé me taraudait : les bandits dont nous étions venus à bout étaient juste des subordonnés et de leurs chefs, aucune trace. Pas le moindre indice non plus de leur motivation ou sur leurs complices. Nous allions finalement repartir quand Lyra découvrit une trappe. Immédiatement, je compris que c'est là que nous allions trouver les réponses à nos questions. Les autres semblaient également de cet avis et nous descendîmes les armes à la main.
Le chef des brigands se trouvait dans le repaire souterrain, et avec lui plusieurs costauds et un mage. Le combat qui s'ensuivit fut aussi rapide que violent. Il aurait pu nous être fatal mais le Seigneur des Batailles nous favorisa et nos ennemis finirent par succomber, non sans nous causer de graves blessures. J'étais moi-même dans un sale état et je ne me rappelle pas bien tout ce qui s'est passé alors. Je me souviens juste que nous avons libéré un petit homme qui prétendait être un messager royal. Le reste est flou et je crois que j'ai vraiment repris mes esprits le lendemain matin après être rentré au bourg et avoir dormi tout mon saoul.
A peine réveillé, j'ai croisé Helm, qui venait chercher Mélodie pour la mener à la maison communale. Je me doutais de la raison de sa convocation mais craignais que cela ne mène à rien. Le Dragon Pourpre m'enjoignit de le suivre également pour assister à ce qui allait se passer. Cela ne me ravissait guère car je n'avais pas totalement récupéré et je ne tenais pas à être associé directement avec la mise en accusation de la prêtresse mais je n'avais pas le choix.

Flaergan, Tessaril et Tzin étaient là et ils firent à peine attention à moi. Comme je le pensais, ils demandèrent à Mélodie de s'expliquer sur sa conduite avec les bandits. La bougresse ne se démonta et bien au contraire, elle affirma qu'elle ne pactisait pas avec eux mais étaient simplement victime des brigands lorsque Keirianne l'avait vue. Sans d'autres preuves, l'affaire me semblait perdue et je voyais déjà Mélodie repartir de la maison communale, blanchie de toute accusation. Mais Tessaril ne l'entendait pas ainsi. Lorsque l'interrogatoire pris fin, elle envoya l'intendante au cachot et je ne pus m'empêcher de jubiler intérieurement. Enfin, elle allait payer pour sa trahison. Je quittais ensuite les lieux après avoir assuré Flaergan que je lui remettrai mon rapport sous peu. Il savait que notre expédition avait été un succès mais n'en connaissait pas les détails : pas le genre de choses qu'un officier apprécie.
Le reste de la journée fut presque morose. Dans un premier temps, je montrai les environs au jeune Aeron. Une tête brûlée semble-t-il qui ne se fit pas prier lorsque Jayth pénétra dans une grotte dont j'avais entendu dire qu'elle abritait des trolls. J'ai fini par les suivre pour éviter qu'ils n'y laissent leur peau. Evidemment, c'est moi qui en ait fait les frais : un troll nous prit en chasse et je ne sais pas ce qui serait advenu de nous sans l'intervention de deux dragons pourpres en faction, non loin de là.
De retour au bourg, je rencontrai un nouvel arrivant, encore un, du nom de Bullin. Il m'a inspiré une sacrée antipathie. Ce nain vient du nord et semble être passionné de chasse. Jayth et lui m'ont suivi alors que je regagnais la Chopine pour faire une sieste au coin du feu. Ces imbéciles semblaient n'avoir rien de mieux à faire que m'empêcher de dormir. J'ai fini par monter dans ma chambre mais pas moyen de me reposer. Je me suis donc mis à écrire mais je me rends compte maintenant que j'aurais peut-être du éviter. Mes yeux persistent à vouloir se fermer depuis quelques minutes déjà et je crains que mon récit ne soit guère cohérent. Le rapport de Flaergan attendra."
Et Leandrys s'endormit. |
|  | | Leandrys

Age : 26 Inscrit le : 12 Avr 2007 Messages : 51 Localisation : Soirétoile
 | Sujet: Re: [Récit] Méditations d'un barbare bougon Lun 30 Avr - 16:22 | |
| Installé devant le bureau de sa modeste chambre, Leandrys observait la feuille de parchemin vierge qui lui faisait face en se frottant les mains. Cela faisait déjà quelques minutes que ce curieux manège durait. L'ennui était tel depuis quelques temps à Soirétoile qu'écrire était la seule occupation qui pouvait distraire le barbare de son morne quotidien. D'humeur bougonne, Leandrys pestait contre le froid et l'idée même de prendre la plume le faisait frissonner. Non pas qu'il ait fait particulièrement froid dans sa chambre, mais la chaleur rassurante de la grande salle de l'auberge et une cervoise tiède l'attiraient irrémédiablement. S'avachir et boire pendant des heures plutôt que de courir le gibier ou de partir en reconnaissance : une habitude à la fois si confortable et si détestable, qu'il avait prise durant ces dernières semaines. Après de longues minutes d'un conflit intérieur acharné, il finit par trouver un compromis satisfaisant : pour une fois, il descendrait écrire dans la salle, près du feu - comme il n'y avait personne à la Chopine, cela ne poserait pas de problème - et après ça, il viderait quelques chopines. Le devoir attendrait.
"Je ne me rappelais pas avoir vécu un hiver aussi vigoureux depuis des années. Pour un peu, je me croirais presque revenu dans ma Vaasie natale. Insidieux, le froid a vraisemblablement paralysé le bourg et ses alentours sans que personne ne s'en rende compte. Les gens ne sortent plus de chez eux. Les seuls à s'aventurer encore à l'extérieur sont les Dragons Pourpres et rien que pour cela, il faut reconnaître un certain courage. De toute façon, ce n'est pas comme si cela servait à quelque chose. Les orques n'ont jamais été aussi calmes.
Il y a quelques jours déjà, j'ai profité d'une journée où un temps un peu plus clément s'était installé pour faire une sorte de patrouille de reconnaissance. J'en ai parlé à personne, ni aux miliciens et encore moins au capitaine. Je suis certain qu'ils m'auraient tous ri au nez. Je suis donc parti en milieu de matinée en direction du sud. Ma première destination a été ma cabane. L'hiver ne l'a pas épargné. Elle est dans un triste état et j'en viens même à douter de pouvoir m'y établir une fois le printemps revenu. Je pourrai pas supporter bien longtemps encore de vivre à l'auberge. C'est certainement cette pensée qui m'a poussé inconsciemment à m'attarder un peu pour mettre en ordre ce que je pouvais, même si les intempéries et les orques réduiraient à n'en pas douter ces efforts au néant. Finalement, je quittai les lieux le cœur en berne et m'enfonçai dans les bois sans d'autre espoir que d'y trouver quoique ce soit qui puisse justifier cette ridicule patrouille. Mais, à part une poignée de sentinelles orques, aussi frigorifiées que moi, et quelques furtifs rongeurs, la forêt semblait désespérément déserte.

Je crois bien que c'est la dernière fois que je me suis risqué hors du bourg, ou du moins dans les bois parce que j'ai également été dans les catacombes. Je n'arrive pas à comprendre ce qui me pousse à retourner dans ce lieu maudit. La mort se rapproche à chaque fois un peu plus quand je m'y aventure. Cette fois, c'est parce que j'ai accepté de suivre Aliandre et Keirianne. J'avais croisé les deux lathandrites à la Chopine alors que je savourai mon repas près de la cheminée. Une tourte ou quelque chose dans ce goût-là.
Comme chaque fois qu'il m'apercevait, Aliandre s'était senti obligé de venir me saluer, puis de tailler un brin de causette. Le bougre n'est pas pénible à proprement parler mais il semblait alors dans un état d'euphorie agaçant, qui me coupa l'appétit, ou qui y parvient presque du moins. Il avait réussi les épreuves imposées par son dieu et était devenu, officiellement, une espèce de chevalier servant. Je n'ai pas bien saisi les explications. Sans doute parce que je me concentrais sur mon plat. Il me semble bien qu'Ethan est passé durant la soirée. Ca faisait une paye que je ne l'avais pas vu. Parti étudier quelque chose quelque part. Rien de bien intéressant. Fort heureusement, son récit ne fut pas bien long. Je ne sais pas ce que j'ai contre lui. Il ne m'a jamais fait de tort pourtant mais il m'agace. Un peu plus tard, une nouvelle arrivante fit son apparition. Je ne me rappelle pas son prénom. En tous les cas, il fit forte impression sur Aliandre. Je ne me rappelle plus vraiment à quoi elle ressemblait.
Bizarre que je me souvienne de rien. En fin de compte, c'est peut-être l'alcool et pas mon manque d'intérêt qui me brouille la mémoire. Toujours est-il que je me souviens vaguement qu'elle s'est présentée et ensuite, Keirianne a fait son apparition. Je ne l'avais pas vu depuis quelques jours. Ca, je m'en rappelle bien par contre. Faut dire aussi qu'elle était en jupe et qu'elle marchait en compagnie d'un bellâtre que j'ai déjà aperçu au temple. C'est là que je me suis rendu compte que j'avais presque complètement oublié que Keirianne était une femme. Etrange. Il y avait finalement pas mal de monde dans la salle de la Chopine et c'était la première fois depuis quelques temps. Dunman arborait la mine des bons jours et je suis presque certain que c'est de voir des gens son auberge, et pas de récupérer leur argent, qui lui mettait du baume au cœur.
Je me plains pas mal du calme de ces derniers temps et pourtant alors qu'il y avait pour une fois un peu d'activité, je me suis mis à l'écart. Je dois être tordu. J'aime bien être seul quand il y a du monde autour de moi. Mais rester vraiment seul me fiche le bourdon. Heureusement la bière est là. Satanée bière. Je finissais une dernière choppe avant d'aller me coucher quand Keirianne et Aliandre, les derniers encore présents dans la salle, sont venus me voir. A leur trogne, j'ai de suite compris qu'ils voulaient me demander quelque chose. L'alcool ou la fatigue peut-être, voire les deux... J'ai accepté de les accompagner le lendemain pour une expédition dans les catacombes. Tu parles d'un imbécile.
Après une nuit agitée et un déjeuner frugal, l'heure est venue de se mettre en route. A nouveau sobre et en pleine possession de mes moyens, je regrettai désormais amèrement de devoir m'aventurer hors du bourg. Mes deux comparses ont d'ailleurs du le remarquer : je ne crois pas avoir décroché plus de dix mots pendant le trajet. Comment narrer ce qui suivit ? Les dangers des catacombes de Soirétoile ne sont pas fictifs. Je ne sais pas exactement combien de temps nous sommes restés à l'intérieur mais cela m'a paru bien trop long. Des araignées, des morts-vivants, des pièges, des passages dissimulés dans l'ombre... Tous aussi périlleux les uns que les autres.
C'est à la sortie d'un de ses passages que j'ai bien cru que mon heure était venue. Aliandre et Keirianne s'étaient retrouvés coincés, je n'ai toujours pas compris comment, et je faisais le guet dans ce qui ressemblait à une salle du trône. Un peu plus tôt, on y avait éliminé quelques squelettes dont les coups m'endolorissaient encore les bras et le dos. En attendant que les deux autres s'en sortent, je m'étais finalement assis sur l'espèce de trône et j'essayais de rafistoler sommairement mes blessures. C'est à ce moment que plusieurs longs râles retentirent à proximité. Leur origine ne faisait pas de doute : des zombies se dirigeaient vers nous. J'exhortai mes compagnons mais quelque chose les retenait. Je me retrouvai donc seul et blessée face à l'entrée de la salle, hache à la main et bouclier levé lorsque pas loin d'une dizaine de zombies entrèrent d'un pas lent. Sans que l'idée de fuir ne m'effleura l'esprit, je me jetai au milieu et frappait de taille et d'estoc jusqu'à ne plus rien voir bouger autour de moi. J'étais alors couvert d'immondices, de saletés, et de sang visqueux, et plusieurs nouvelles blessures me striaient le corps.
Plusieurs autres zombies firent irruption dans la salle mais par chance, Aliandre et Keirianne purent cette fois m'épauler et nous en vînmes à bout sans mal. Néanmoins, au vu de nos états respectifs, il était dorénavant impératif de rebrousser chemin jusqu'au bourg. Par chance, sortir des catacombes fut plus facile que de s'y introduire et bientôt nous fûmes dans les Gorges de l'Etoilée.

Il faisait déjà nuit noire, preuve que l'on était resté plusieurs heures à l'intérieur, mais nous pûmes rentrer sans encombre. Je ne remerciai ni Aliandre, ni Keirianne pour l'excursion et je rentrai directement à la Chopine pour un repos somme toute bien mérité. Il a fallu plusieurs jours pour que toutes mes plaies se referment. Depuis, je crois bien que je ne suis plus sorti du bourg.
Foutu hiver." |
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